Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

C'est une expression désuète titrant certains ouvrages anciens, imprimés sur des papiers fragiles que je n'ose à peine feuilleter avec les mains pleines de terre, humides, les doigts gourds au printemps en pleine saison de semence.

Je me souviens qu'en parlant « bois » avec mon beau-père, nous n'avions pas la même notion de « travail ».

Quand il était « au bois », son temps était du temps de travail sur les 12 ou 13 heures que fait un agriculteur dans son exploitation. J'avais la chance d'avoir un travail en journée continue, je ne passais pas 2 heures à côté du tracteur qui « tourne » à attendre mon tour au silo de maïs.

Les procédures de mon métier comptabilisent les gestes et les relations humaines, négociation, enseignement, lavage des mains, préparation des soins, tâches sérielles et personnalisées...Pas de temps mort.

« Économie familiale ».

En poste du soir j'avais la matinée jusqu'à 12h30 pour des « loisirs » comme le disait mon beau-père : jardinage, conserves, cuisine, confitures. En horaire du matin je sortais à 14h45 et j'avais donc l'après-midi pour me faire plaisir à faire du bois, scier des bûches, les rentrer, couper l'herbe, débroussailler.

Travaillant de nuit, c'était la journée de « vacances », emmener les enfants à l'école, préparer le repas, aller les attendre au car le soir et surveiller les devoirs avant d'aller prendre le boulot à 20h30. Étendre une lessive,vaisselle, mettre la table, passer l'aspirateur et mettre un coup de serpillière, faire les vitres.... poser les pneus neige, faire la vidange, faire la passe du toit, enlever les feuilles des chenaux, tailler les haies, remuer le compost que du bonheur.

Je plaisante, tout ça pour poser la question du « travail » une activité peut paraître ludique, devenir une corvée selon le point de vue de l'observateur. Un body-builder payera pour soulever de la fonte dans une salle de musculation, je fais les mêmes mouvements en montant l'eau du puits avec un sceau et une poulie lorsque les étés sont secs.

Le fauchage des ronces et des « nouvelles invasives » procure des joies que celui qui n'a jamais manié de faux ne peut pas connaître, ni le geste lent et répétitif du piochon pour biner. Le « bigât » disait les anciens en Dauphiné, l'outil à même donné son nom au piolet dans l'Oisans, forme et geste si proches entre loisir et travail.

Le Père Gaspard a vaincu la Meije , il est mort dans le Vallon de la Selle en gardant les moutons

J'ai retrouvé dans des fonds de tiroirs de vieux livres sur le jardinage et la gestion dite « du foyer ». ce genre de bouquins étaient parfois offert par les associations agricoles naissantes lors d'un mariage. En période de crises, guerres, chômage dans le passé les gens plutôt ruraux se recentraient sur le jardin pour s'en sortir.

Les jardins dit « ouvriers » avaient leur place proche des cités et il était de bon ton de dire que le travailleurs pouvait prendre l'air, s’aérer les poumons dans le jardin. Mon grand-père fondeur était un spécialiste du jardin familial et sa femme a continué à le faire jusqu'à plus de 80 ans. Les jardins « partagés » reprennent cet état d'esprit dans un modèle conceptuel basé sur le contact humain, la solidarité, l'échange.

Les mots ne sont plus les mêmes , mais au final rien n'a tant changé que cela, les réseaux sociaux permettent de partager les savoirs.

Fin novembre, les gelées sont arrivées. Au jardin il reste les poireaux, les choux d'hiver, le rutabaga, les radis noirs et les raves. La poirée à couper, les carottes et les salades d'hiver sont protégées par des châssis. J'ai fait l'essai cette année d'ensiler les carottes dans la cave dans du sable. Le dessicateur solaire a permis de mettre en pots les herbes : persil, thym, romarin, bien assez pour faire un pot de « sel fou » aux herbes.

Les cardons blanchis depuis 3 semaines dans leur manteau de papier kraft ou cartons, ont été mis en conserve. Ici le gel en-dessous de - 10°C ne permet pas de les laisser au jardin.

« Économie familiale ».

Je vais au garage et je contemple mes « loisirs » de l'été : confitures et bocaux pour faire face à l'hiver. Heures de détente aux beaux jours à bêcher, semer, repiquer, désherber, tailler, récolter, cueillir, je sens que je suis un privilégié d’avoir pu éponger la sueur de mon front, allonger ma colonne sur le banc de bois quand le squelette ne voulait plus suivre, accrocher mes mains à la branche du chêne pour faire passer les douleurs aux épaules, faire le dos rond au soleil de juillet en guise de thalassothérapie, tremper les pieds dans la bassine d'eau et de gros sel, prendre un moment de repos à côté du broyeur pour faire du paillis, ramasser les pommes de terre à genoux le lendemain d'une grosse rando et penser aux bouquetins de la veille, s'asseoir devant le Tour de France (les étapes de montagne surtout) pour équeuter les haricots verts.

Le congélateur est plein, le verre des bocaux brille d'opulence bourgeoise, au plafond du grenier les noix sèchent dans les sacs en prévision de bonnes heures de mondage près du feu qui crépite. J'écoute France-Culture quand la neige tombe et interdit les sorties natures sauf peut-être les heures matinales, la pelle à neige à la main dans le froid vif du jour qui se lève pour faire « la trace » le nez face à la bise.

Cette année la neige a été lourde, le chêne comme dans la fable a eu des branches cassées dans le champ du voisin, il va falloir que j'aille nettoyer, ça fera du bois pour le feu. La terre est encore humide et avec le froid, la neige tient, il n'a pas encore pu semer le blé avant l'hiver.

La Sainte Catherine est passée et le mirabellier de Nancy attend d'être planté, le dicton du passé n'est plus une référence.

Les vieux livres deviennent caduques, ils perdent leurs feuilles.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

virginie 15/07/2014 13:17

merci bcp de nous faire partagez votre savoir ,tres jolie site ,je reviendrai voir vos petites merveilles .

Marie poupée 02/12/2013 21:27

Quel courage Pierre mais j'avoue que c'est tellement beau à voir et agréable à faire! j'imagine le plaisir quand tu vas les déguster ... Merci pour ces souvenirs du passé
Belle soirée , et pour t'endormir tu peux les compter !!!

Joëlle 30/11/2013 23:08

Quel travail !... de quoi se régaler tout le long de l'année, bravo !

écureuil bleu 30/11/2013 16:19

Bonsoir Pierre. Tu as bien travaillé cet été et préparé ton hiver. Ton texte est comme un poème, une belle invite à réfléchir à nos loisirs...

ja 28/11/2013 22:30

toujours aussi merveilleux

Zazou 28/11/2013 20:47

Voilà de bien belles étagères gourmandes pour passer un bel hiver tout en sucre.
Bravo à la famille Marmotte pour toute cette mise en bocaux.
Bonne soirée Pierre, bizzz

marinelou 27/11/2013 19:31

Il y a en effet souvent beaucoup de plaisir à accomplir plein de petites tâches essentielles et qui pourraient paraître ennuyeuses et répétitives mais tout est dans l'esprit que l'on y met et aussi se répartir les travaux est très important utile et même gratifiant ! Et voir ces rangées de confitures hummmm, et un beau jardin en été c'est chouette sans parler du tas de bois pour passer l'hiver !

La Vieille Marmotte 27/11/2013 19:29

Tout comme les étagères que j'ai connues dans mon enfance lorsque nous habitions à la campagne. Tout comme les étagères de mon frère qui, à la campagne aussi cultive un grand jardin, et pratique l'échange avec les fermiers du coin : Tu me donnes de ta soupe de courgettes ; je te donne du lait de mes vaches pour faire tes fromages !
Bien vu l'évolution des notions Travail-Loisir ....
Mais on va y revenir à ce que tu nommes "l'économie familiale", il faudra bien, comment vont les choses aujourd'hui ......

claudia 27/11/2013 14:41

Et bien dit donc, vous avez pas chaumé ! Comme tu l'écris si bien, vous vous embourgeoisez du côté du grenier à grain :-) Nous avons juste une quinzaine de pots (confiture de melon, de raisin, de compote, de chutney... J'ai vu que tu avais lu le livre du poète Alexandre Romanès, je t'ai répondu, tu pourras me dire ce que tu en penses. Merci. Claudia

midolu 27/11/2013 13:49

Les étagères sont garnies et, pour le bonheur des yeux avant celui de la bouche, les couleurs apportent déjà un réconfort, en plus de la satisfaction du travail accompli.
Les bocaux de ratatouille me font de l'oeil et ceux de cardons ravivent le souvenir des plats de ma grand-mère paternelle qui en cuisinait souvent, pour le plaisir de la tablée familiale.
Pierre, merci pour cette chronique partagée.
Pensées amicales.

Eglantine lilas 27/11/2013 11:51

comme j'aime cette vie que tu racontes si bien et comme sont sympathiques ces pots :-)
je reviendrai à une autre heure de la journée ...faut que je file en cuisine ...
m’imprégner de tes mots ...

Quichottine 27/11/2013 11:30

Tu as bien profité de ton été... j'admire ces alignements de conserves et de confitures... Tu auras un bel hiver. :)

Merci pour ces partages entre souvenirs et savoirs, savoirs-faire. J'aime beaucoup.

Passe une douce journée. Amitiés.

annielamarmotte 27/11/2013 11:20

on dirait les étagères de ma maman..... en ce moment elle fait les pommes.....