Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Hôtel du « cul-tourné».

 

« Je suis toute décoiffée. »

« Tu n'avais qu'à pas sortir par un temps pareil. »

« Tu crois que je m'amuse toute la journée dans ces brumes des Terres froides. »

«Au début ça te plaisait, le calme, le silence, la tranquillité ? »

« En ce temps là tu me faisais rire, les enfants jouaient dans l'herbe, le chat et le chien gambadaient dans le jardin. »

 

« La roue tourne, les petits ont grandi, ils volent de leurs propres ailes, le chat s'est fait écrasé par une voiture et le chien avec ses rhumatismes passe ses jours et ses nuits sur le tapis près de la cheminée. »

« Je n'ai pas envie de finir mes jours dans ces coteaux austères et désolés, à attendre le passage des corbeaux le soir, sais-tu ce que les gens disent ?

« Ce pays est ravitaillé par les corbeaux. »

« Je sais et la Margot en rajoute... »

« En plus ils volent à l'envers pour ne pas voir la misère qu'il y a dessous. »

 

« Dans le passé nous allions en Afrique, en Israël, en Orient, nous partions en groupes animés vers des cieux plus bleus, des terres clémentes, des étendues d'eaux poissonneuses, des marais

luxuriants, même l'Espagne et ses châteaux c'était bien, d'ailleurs certaines se sont installées vers Manzanarès ou bien sur les bords du Douro, encore mieux dans le Delta du Guadalquivir où en une journée on peut faire une virée au Maroc.»

« Nous sommes vieux, crois-tu que nos ailes puissent encore nous porter vers ces contrées lointaines ? »

 

« Qu'avons nous à manger ici ? Des grenouilles, des vers de terre, des mulots glanés en suivant un tracteur au moment des labours, de maigres sauterelles en fin d'été. Où sont les gras criquets du Maghreb, les perches vives du Victoria, les lézards dodus du Néguev ? »

« Les hommes nous aident ici, on ne nous chasse pas à cause de la disette. »

 

« Si tu crois qu'une poignée de granulés insipides vont me faire taire.  Je préfère cent fois connaître un peu la privation mais être libre, voir le soleil, craquetter en bandes sonores les pattes dans l'eau, claquetter à tue-tête, glouttorer des banalités sans importance. »

 

« ... »

« ... »

« Excuse-moi je suis un peu chiffonnée. »

« Approche toi, que dirais-tu d'une douzaine d'escargots, dans la combe près du ruisseau avant les gelées, je connais un endroit secret, l'eau y est encore limpide. Seul le renard y vient en maraude mais ce n'est qu'à la nuit tombée. »

« Je te suis. »

 

 

PF le 9 décembre 2014

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

wolfe 15/12/2014 14:54

Bonjour
J'ai beaucoup aimé ce texte!
Bisous

Quichottine 12/12/2014 14:24

C'est un très beau dialogue, Pierre. J'ai beaucoup aimé.
Je voudrais tant que nous puissions tous continuer à aller partout, sans rien craindre, et à être accueillis comme des amis...

Que le renard reste dans son terrier... et que les loups ne surgissent jamais à l'improviste.

Passe une douce journée. Amitiés.

marine D: 12/12/2014 08:18

J'ai passé un bien bon moment avec tes dames qui craquettent, claquettent ou gloutorent...
Ici les garde-boeufs sont revenus et parfois on croise un héron cendré qui semble en pleine contemplation , très zen, un philosophe sans doute...
Pour les escargots ça ne me privera pas, les grenouilles non plus ...
Un bien joli texte Pierre
Je t'embrasse

Joëlle 10/12/2014 17:35

Un titre qui m'a fait sourire et un texte bien mené une fois de plus Pierre !

Mahina 10/12/2014 08:17

Un bien joli texte...
Les migrations se font moins, il faut voir le nombre de grues qui restent au Der... parce que le climat change et que l'hiver ne les chasse plus, mais pour sûr, qu'elles préfèreraient repartir comme dans le temps, même si le voyage est long et difficile mais que de belles choses à voir et à découvrir quand on quitte son chez-soi douillet....

écureuil bleu 09/12/2014 19:18

Elles font parfois un arrêt dans ma région où elles se plaisent bien. Ton conte m'a bien plu.

claudia 09/12/2014 18:17

C'est vrai qu'elles restent sur nos côtes. Elles sont vers Oléron (17) C'est bizarre ? le réchauffement ?