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Publié par FMarmotte5

Qui m'aurait dit ?

 

Qui m'aurait dit quand en 1969, à 17 ans fort des conquêtes de mes aînés l'année d'avant, j'avais laissé pousser mes cheveux, dépensé tout mon argent de poche gagné péniblement l'été en triant des bouteilles dans une arrière cours de super-marché dans les relents du resto chinois voisin pour acheter une guitare ?

Qui m'aurait dit quand je grattouillais la version Hugues Aufray de « With god on our side » de Bob Dylan ?

Qui m'aurait dit ?

Qui m'aurait dit lorsque je suis parti en stop à Stuttgart revoir un amour d'été, dormi dans les bouches d'aération du parking de la Kleiner Shloss Platz, demandé « Wo ist der banhoff » pour passer 3 jours chez papa et maman avec deux étudiantes en musique originaires d'Alaska ?

Qui m'aurait dit pendant un concert de La Chiffonie ou bien de Malicorne dans le Diois, une tournée de François Béranger, un bœuf de jazz à Châteauvallon, un festival folk-rock à Plumpton en 71 ?

Qui m'aurait dit, bandana sur la tête dans la 2CV décapotée en route pour la Tina Dale de Presles en écoutant « No woman no cry » le coffre rempli de cordes, casques et dégaines et finalement faire la voie « Bim, Bam,Boum » et penser que le 5+ était un max pour nous ?

Qui m'aurait dit en regardant un coucher de soleil à la Pointe du Raz devant le phare de la Vielle et au loin l'Île de Sein ?

Qui m'aurait dit à une terrasse de Llanès devant un verre de cidre ?

Une virée en bateau à la Statue de la Liberté, une marche dans la neige des Catskills.

Une petite mousse à La Grave au retour des Ecrins.

Une nuit dans la mansarde de ma fille Rue des Boulangers l'année de la canicule.

Une tête à Narbonne-Plage.

Une fête « flamenco ».

Une soirée « Théâtre ».

Un vin de noix maison, un gâteau d'anniversaire.

La relecture de Walden à portée de main sous le lit défait à moins que ce soit la « Trilogie New-yorkaise » ou « Zazie dans le métro » ?

Un livre emprunté à la bibliothèque, une journée de poésie sous le charme près du puits, « le Spleen de Paris » ou Edgar Poe.

Qui m'aurait dit ?

Une virée en vélo à Sarrebruck le long du Canal de la Sarre.

A genou pour désherber un carré de légumes, remplir un panier de fraises, dénoyauter 3 kilos de cerises pour les mettre en bocaux.

Descendre au travail en vélo, fêter le départ en retraite de collègues, s'inscrire au cours de danse « de salon » de l'amicale, acheter des parts de pizza au stand du « Sou des écoles », faire le clown sur scène.

Qui m'aurait dit quand je faisais le mur de la pension pour aller voir chanter Joan Baez, Pink-Floyd ou simplement jouer « La mégère apprivoisée » aux Célestins ?

Boire un café en croquant un carré de chocolat, reprendre «Motherless child» en chœur au fin fond d'une vallée perdue des P.O.

Aller faire une visite à l'hôpital, téléphoner sa joie lors d'une naissance, accrocher son manteau à la patère d'un bistrot années 60, poser un vinyl sur une platine poussiéreuse et jubiler aux craquements vintages, faire un petite chaume sur le canapé...

Lire «Sur la route » ou « Voyage avec un âne dans les Cévennes », découvrir « La vie rêvée de Walter Mitty », rire de blagues d'infirmier(e)s.

Qui m'aurait dit ?

Qui m'aurait dit que je pavoiserais d'un drapeau bleu blanc rouge un 27 novembre en hommage aux victimes du 13 novembre 2015 ?

Qui m'aurait dit que l'histoire n'avait pas de fin et que je n'étais pas de la « Génération perdue » ?

Qui m'aurait dit que ces gestes simples et quotidiens que je pensais être des droits deviendraient des devoirs citoyens, des actes de résistance, des poings levés, des barricades contre l'intolérance et les intégrismes de tous bords.

 

PF le 28 novembre 2015

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Martine 09/01/2016 21:01

Moi aussi, je ressens la même chose que Quichottine. J'en frissonne
merci Pierre

Quichottine 03/12/2015 12:19

Je reste presque muette devant ce bel, ce magnifique hommage à la vie.
Merci, Pierre.
Pour tout ce que j'ai ressenti en te lisant.

flipperine 01/12/2015 13:52

on ne connaît pas l'avenir et on est obligé de subir tout ce qui se passe

Mahina 01/12/2015 11:43

Je crois que l'on peut tous partager quelques uns de ces souvenirs.... et de ce quotidien récent...
Je n'ai pas mis de drapeaux mais le 8 décembre, ne pouvant mettre une bougie à la fenêtre, étant à des milliers de km, ce sera une bougie du cœur...

Marie-Christine 30/11/2015 09:25

Ce coup de canon a déchiré le silence et m'a fait tomber de mon nuage. Je ne serais jamais comme eux et ils ne seront jamais comme moi. J'ai eu quelques malheurs, mais si petits, un peu comme tous, cela fait partie d'une vie...normale.
Je me suis fait un cocon dans lequel je suis bien, la nature, les animaux, les petites fleurs, les insectes, les papillons. Une dérision dans ce monde de brutes, je serais bien prête à prendre quelques individus en stage pour qu'ils changent d'optique mais nous ne parlons pas le même langage. Il faudrait pourtant trouver une solution à cette situation intolérable. Mes pensées vont à ceux qui sont morts pour rien, à ceux dont la vie est toujours en suspens, à ceux qui souffrent encore et à ceux qui les entouraient et les aimaient.

wolfe 29/11/2015 10:31

Bonjour
En effet, qui t'aurait dit?
Mais je pense qu'il vaut mieux vivre sa vie sans savoir ce qui arrivera!
Bisous

Marie poupée 28/11/2015 20:11

Quel plaisir de te lire , je reste sans mot!
Je n'ai pas mis de drapeau mais la terre entourée d'un arc en ciel , voilà à quoi je rêve aujourd'hui ...
Merci Pierre

claudia 28/11/2015 19:26

Très émouvant. Je te dirai que je suis un peu perdu face au monde. Ici pas trop de drapeau aux fenêtre. Des tracts FN au marché ce matin tendu par des gamins qui m'ont fait un coup d’épée au cœur qui m'ont renvoyé à ces images d'horreur des jeunes S.S. J'ai peur quand j'entends la majorité. Nous ne sommes pas assez nombreux pour que le monde change. Je ne suis pas sûr que dans les campagnes profondes de la France, les attentas ont engrangé la démocratie. Alors oui, j'ai peur pour demain, pour nos enfants. Bise

écureuil bleu 28/11/2015 18:29

Ton beau texte me rappelle bien des souvenirs : disques et lectures, voile et vélo, liberté. Bel hommage aux victimes de ces odieux attentats du 13 novembre !

Martine27 28/11/2015 15:38

Comment commenter ce beau texte ? Ne pas baisser les bras, résister et continuer à chanter

marine D 28/11/2015 14:36

Ah je l'aime ta rétrospective Pierre, j'y retrouves tant de choses, tant de souvenirs, entre moi, souvent coincée et mes fils, avides de liberté, nous étions un peu "à cheval" sur tout ça ! Comme tu exprimes bien cette longue vie d'enthousiasmes, d'amour, d'envie de vivre, de découvertes, de rencontres, si riche finalement !
Tu avais une bonne bouille à l'époque Pierre ! Merci, c'est un régal ton texte !

midolu 28/11/2015 11:22

Qui m'aurait dit que je sentirais la vie aussi forte ?
Tu le dis si bien, Pierre. Merci.

Joëlle 28/11/2015 10:18

Oui qui m'aurait dit...
Merci pour ce partage Pierre.

jeandler 28/11/2015 09:58

Qui m'aurait dit que je vous lirai avec autant de plaisir ?