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Publié par FMarmotte5

« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.

 

Une pleine lune pour la nuit de Noël, c'était la nuit ou jamais d'aller aux « Roches qui dansent ».

On l'appelle aussi la « Lune froide » ou « Lune de la plus longue nuit »

 

Je ne sais pas si je vous raconte ces heures de ténèbres éclairées par le seul reflet blafard du visage pâle de Séléné, fille d'Hypérion et sœur d'Hélios?

C'était il y a bien longtemps , un temps où les hommes et les fées cohabitaient sans trop se fréquenter mais un temps où la frontière entre le réel et l'imaginaire était floue.

 

Nul ne peut dire si l'imaginaire est une fuite ou un repli ?

Quoi qu'il en soit quand l'adversité fait rage, que la solitude et l'isolement marginalise un être sensible, quand la raison ne suffit plus à expliquer l'inexplicable, certains se tournent vers le surnaturel.

C'est sans doute ce qu'il advint à cette pauvre mère, que j'imagine célibataire à une période où être femme devait être bien difficile quand on avait la noblesse du cœur et non le titre.

 

Elle s'est avancée sur le sentier qui monte du village vers le château, laissant à droite en haut du vallon les contours de la citadelle que la lune se levant soulignait en ombres chinoises sur le fond mauve du crépuscule .

« Entre chien et loup » dit-on. Le loup ne lui faisait pas peur, elle s'enfonça à gauche dans les taillis, entre les chênes et les fayards en quête de la « Roche branlante ».

« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.
« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.

 

Déjà se dessinaient les masses verticales dressées vers le ciel, enfant elle y était venue avec ses parents disparus pour jouer à grimper avec la bande de garnements du hameau.

Le plus vieux d'entre eux avait raconté cette légende.

« Quand le cœur est bien seul et que tu n'a pas d'autres recours, si tu viens ici une nuit de solstice d'hiver, si la pleine lune luit, ton vœu le plus cher sera exaucé au moment où sonnent les douze coups de minuit. »

 

La nuit était fraîche mais la voûte céleste dégagée, il avait fallu qu'elle attende 30 ans pour que les conjonctions du ciel et du calendrier coïncident.

30 ans !

Qui aurait pu lui dire que pour ses trente ans elle aurait cette enfant, une fille de 4 mois ? Emmaillotée dans des langes blancs, l'enfant venait de faire sa tétée, elle dormait dans les bras de sa mère bercée par le rythme apaisant de la marche. Elle portait sur la tête une petite coiffe de laine bariolée, de la laine récupérée qu'une vieille tante lui avait tricotée et offerte lors de sa dernière visite un peu avant les fêtes. A ses pieds deux petits chaussons écrus et chauds, pour tenir ses jambes selon la tradition un long ruban de satin blanc, noué sur la poitrine.

On ne gigotait pas en ce temps là mesdames et messieurs.

 

La « Roche branlante » était difficile à trouver, la mousse et les lichens, parfois une vieille racine venait la coincer et l'immobiliser comme pour cacher le sortilège. Dans la pénombre, la multitude des roches prenait des airs et des formes fabuleuses, éléphants, perroquets, tortues, le « signe des temps », la sorcière, le nez ... tels étaient les noms que les habitants du lieu avaient donnés à ces rochers fréquentés depuis des temps immémoriaux, par les druides, les chamanes et autres médiateurs bien avant que les noms des saints et vierges ne soient écrits dans les almanachs rythmant les saisons et les travaux des champs, rogations, « Quatre-temps », Pâques et Rameaux autant d'empreintes de l’Église toute puissante.

 

L'heure avançait, bientôt au zénith l'astre nocturne répandait sa lumière blanche et bleue, le vent s'était posé, pas un souffle, pas un bruit, la jeune femme dut gratter la mousse et pousser cette pierre de plusieurs tonnes de son épaule.

C'était bien l'endroit, elle entendit plusieurs fois le « toc-toc » caractéristique que produit le choc sourd et tellurique des blocs de rochers en mouvement.

Elle, je dis elle, car nul n'a pu me dire ni son nom, ni son prénom, une Jeannette, Delphine, Marianne, Sarah , quelle importance ? Elle déposa son enfant au pied de la roche , attendit quelques minutes et quand venant du village retentirent les douze coups de minuit, elle formula son vœu dans son cœur, car tout le monde sait qu'un vœu ne doit pas être dit pour être exhaussé.

 

Sa tête se mis à tourner, sa vue devint trouble, devant elle un spectacle hallucinant se déroulait, les pierres se mirent à danser, faisant des rondes, martelant le sol au rythme d'un tambour profond venu des entrailles de la terre. Elle ne savait pas si elle était spectatrice ou actrice dans cette sarabande où le ciel et la terre se rejoignaient. Au seuil de la conscience ses perceptions franchir des portes jusque là ignorées, visitant des mondes inconnus, des espaces surgit de passés lointains, se projetant dans des futurs incertains mais beaux.

Dans un « lâché-prise » étourdissant, son corps s'affaissa dans un profond sommeil, ce n'est qu'au lever du jour qu'un faible rayon de soleil éclaira son visage et lui fit cligner des yeux. Sa première réaction fut de regarder à ses côtés pour y prendre son enfant. Elle avait disparue, en quête sous les branches, entre les bruyères, les feuilles mortes, elle ne put que se rendre à l'évidence; sa petite fille n'était plus là.

En ces temps obscurs, il se disait que les fées volaient parfois les bébés des hommes afin de les entretenir de tous les mystères de leur monde pour que le vrai savoir, la connaissance ultime ne se perde pas ?

C'est donc seule qu'elle rentra au village où curieusement personne ne lui posa de questions sur le devenir de sa fille.

 

Durant cette année, son vœu se réalisa, je vous laisse deviner son destin et sans doute votre imagination et vos souhaits vous guideront vers ce secret : amour, richesse, santé, amitié, sagesse que chacun y trouve son compte et son conte.

L'année s'écoula donc dans un bonheur neuf, sans ombre aucune que celle enfouit dans son cœur d'avoir perdu son enfant chérie. La vieille tante sa marraine revint la voir début décembre au alentours de la Saint Nicolas, vous savez celui qui sauva du saloir du charcutier les 3 petits enfants, et lui offrit cette fois-ci un bonnet de laine blanche avec un beau cordon de soie rouge à nouer sous le cou.

C'était du 4 mois, elle n'osa rien dire que "merci " en embrassant son unique parente au moment du départ. Animée d'une espérance certaine comme poussée par une foi sans pareil le soir du 24 décembre elle remonta vers les « Roches qui dansent », pas de pleine lune cette fois ci, la neige était tombée en grande quantité, ses galoches devaient faire la trace dans la combe, malgré la nuit noire d'encre, le vent qui soufflait en rafales infernales, elle put retrouver juste à temps la «Pierre branlante ».

Les cloches étaient loin de pouvoir porter le son des douze coups de minuit comme l'an passé, qu'importe son cœur n'avait nul besoin d'horloge. Elle s'agenouilla au pied de la roche imposante augmentant de sa masse l'ombre et les ténèbres. Le froid envahit son corps chétif, elle perdit connaissance.

 

C'est dans le silence blanc de la neige, ce silence bien connu des montagnards qu'au matin elle revint à elle, le froid avait disparu, dans ses bras elle tenait sa fille chérie, le même bonnet de laine bigarrée, les mêmes chaussons, le même ruban de satin blanc, l'enfant tendit les bras à la recherche de son sein tarit depuis un an. Sa poitrine se gonfla autant de lait que d'amour, des larmes chaudes et salées qu'elle n'avait pas pu verser pendant un an coulèrent sur ses joues redevenues roses. Dégrafant son corsage, elle fit boire l'enfant nullement affamée mais tendrement câline.

Lui ôtant le vieux bonnet couvert de mousses et de lichens, elle lui enfila délicatement le bonnet blanc que sa tante lui avait offert, attachant la soie écarlate sous le petit cou grassouillet de sa fille revenue.

Du 4 mois, elle n'avait pas grandi .

 

Comme dans les contes et les « Il était une fois » je vous laisse imaginer la suite de l'histoire, des « Ils vécurent heureux ...» , nulle leçon à tirer, pas de morale de fables, chacun sait dans le plus profond de son être que malgré les adversités et le malheur, une part de rêve brille et brûle. Il suffit de lever la tête une nuit de pleine lune et d'y croire.

Comme dit le poète :

« Parce que c'est tellement beau tout cela. Quand on croit que c'est vrai » . Jacques Brel

« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.

 

Ceci est bien sûr une « entrée » pour comprendre le phénomène des « Roches qui dansent », une entrée littéraire, mythologique.

Les autres entrées peuvent être géologiques, archéologiques, et même sportives.

 

Les « Roches qui dansent » sont les restes du massif hercynien vieux de 180 millions d'années dont l'altitude était de 3 à 4000 mètres.

Après la glaciation du quaternaire, le Rhône s'est frayé un lit dans une faille au niveau de Saint-Vallier en aval de la confluence avec la Galaure.

La carte 25 000 IGN 3035 E St Donat sur Herbasse et 3035 O Tournon sur Rhône indique Cromlech

De l'ombre à la lumière, Janus.De l'ombre à la lumière, Janus.

De l'ombre à la lumière, Janus.

« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.

 

Plusieurs versions.

Le référent « patrimoine national » qui a classé le site des « Roches qui dansent » note, après des fouilles, qu'aucune sépulture n'y a été mis à jour et qu'aucune roche ne bouge.

Si comme le supposent certains sites genre « new-age », les Roches qui dansent furent un site druidique ou néolithique ce serait le seul cromlech sur la rive gauche du Rhône.

« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.
« Les Roches qui dansent ». Saint Barthélémy de Vals, Drôme.

 

Sur le plan sportif, cet endroit est un site d'escalade que l'on nomme parcours de « Blocs » comme on en trouve dans la forêt de Fontainebleau.

Très fréquenté en été, tables de pique-nique et ombrage, c'est un lieu d'entraînement idéal pour l'escalade à la mi-saison et même en hiver dans la « Drôme des Collines » à 255 mètres d'altitude.

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wolfe 28/12/2015 08:27

Bonjour
J'ai aimé la légende!
J'espère que tu as passé un bon noël.
Bisous

écureuil bleu 26/12/2015 20:04

Bonsoir Pierre. J'ai bien aimé cette légende que tu nous contes. Bonne soirée

Marie poupée 26/12/2015 15:55

Ta légende et ton récit sont captivants et suis heureuse d'avoir eu enfin le temps de rêver ! merci beaucoup Pierre !
Bonne fin d'année à toi

Quichottine 26/12/2015 13:33

Le conte est merveilleux... et j'y crois, bien sûr. Comment ne pas y croire alors que tout finit bien ?
Merci pour le partage et pour ces magnifiques images.
Bises amicales et bon bout d'an, Pierre.
Navrée de ne pas avoir pu te souhaiter un joyeux Noël et temps et heure.

marine D 26/12/2015 13:23

J'aimerais bien les voir danser une nuit de pleine lune, pour annoncer de bonnes nouvelles, Pierre, ce conte est bien plaisant, j'aime découvrir ce genre de site !
Bises et Joyeuses Fêtes

sylviedam 26/12/2015 06:30

Un récit captivant et magique, qui rappelle un peu la légende de la "Rue des Masques" de Guillestre... Bon bout d'an, comme on dit dans le Sud...
Sylvie

flipperine 25/12/2015 16:37

une belle histoire
Bon Noël

SOURICETTE38 25/12/2015 16:09

24/12/ nuit de pleine lune,c'était vraiment beau.
Beau conte de NOEL,merci PIERRE.

fmarmotte5 26/12/2015 11:53

Joyeuses Fêtes, content que cette histoire t'ait plu.