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Publié par FMarmotte5

Le mur de la peste, lecture.

 

C'est grâce à un commentaire de Mimi sur un article de janvier 2016 que j'ai découvert André Brink, l'auteur du roman

« Le mur de la peste ».

 

Merci à Mimi, j'ai pourtant eu du mal à me le procurer car le roman de 1983 n'était plus en librairie.

 

Vous avez du remarquer que j'aime me promener et découvrir de nouveaux paysages avec un support littéraire.

Pour n'en citer que quelques uns :

 

« Voyages avec un âne dans les Cévennes », RL.Stevenson.

« La bonne rosée » de Jean Anglade pour les couteliers et rémouleurs de Thiers.

Jean Giono me fait parcourir la Provence et les Alpes.

« Une soupe aux herbes sauvages » avec Emilie Carles pour marcher dans la vallée de la Clarée.

Errer sur la plage de Gruissan avec « 37°2 le matin » de P.Djian.

Emmener un Sylvain Tesson dans un sac à dos de montagne, un Lionel Daudet.

Flâner en Chartreuse avec « Un médecin de campagne » de Balzac.

Grimper au Margeriaz dans les Bauges à la recherche de la tannes d' « Alpes noires » de Philippe Paternolli.

 

Certains sont classés dans la catégorie « Régionalisme ».

En ce qui concerne André Brink pour « Le mur de la peste », il n'en est rien.

La Provence et les noms de lieux pourraient bien être à la fin du « Provence » de Giono dans un lexique géographique, mais là s'arrête la comparaison.

 

La carte, le territoire.La carte, le territoire.

La carte, le territoire.

 

Citons Michel Houellebecq, chapitre V , « La carte et le territoire »

 

« L'entrée de la salle était barrée par un grand panneau, laissant sur le côté des passages de deux mètres, où Jed avait affiché côte à côte une photo satellite prise aux alentours du ballon de Guebwiller et l'agrandissement d'une carte Michelin « Départements » de la même zone. Le contraste était frappant : alors que la photo satellite ne laissait apparaître qu'une soupe de verts plus ou moins uniformes parsemée de vagues taches bleues, la carte développait un fascinant lacis de départementales, de routes pittoresques, de points de vue, de forêts, de lacs et de cols. Au-dessus des deux agrandissements, en capitales noires, figurait le titre de l'exposition : « LA CARTE EST PLUS INTERESSANTE QUE LE TERRITOIRE ».

 

« La carte et le territoire » Michel Houellebecq

Page 80 de l'édition de février 2012 chez J'ai lu.

 

Revenons à la Provence de André Brink, il faut parfois délaisser la carte Michelin et prendre la carte 25 000 IGN Cavaillon-Fontaine de Vaucluse 3142 OT pour monter à pied de la Fontaine de Vaucluse à Cabrières d'Avignon.

 

C'est sur le GR6 avant la cote 312 proche du Mur de la peste que nous avons croisé des touristes d'Afrique du Sud. Ils cherchaient des champs de lavande. Je ne connaissais pas André Brink ni son roman. Si j'avais su j'aurais pu engager une conversation plus approfondie avec ces personnes qui disaient venir du pays Zoulou ?

Je me suis plus tard posé la question :

« Qu'est ce qui peut bien amener des touristes d'Afrique du Sud à venir marcher en Provence et chercher la Mur de la Peste ? »

 

En lisant le roman je commence à comprendre.

En 1983, l'Afrique du sud est encore sous le régime de l'apartheid, Nelson Mandela est en prison , l'ANC est clandestin, des règles raciales empêchent noirs, métis et blancs de se fréquenter, s'aimer au grand jour est réprimé par la loi.

 

Andréa l'héroïne du roman est métisse, c'est son amour qui l'amène en Europe.

La Provence est comme une trame sur laquelle se tisse et se file son histoire.

Des couleurs du Veld et de l'enfance viennent éclairer en touches lumineuses les périodes les plus sombres de notre histoire.

L'histoire d'Andréa Malgas est mêlée à l'Histoire, celle des pestes en Provence et celle de cette peste morale qu'est le racisme et l'injustice, un canevas se tisse et se métisse...

...Rome antique et Van Gogh à Saint Rémy de Provence, qu'y a t'il de commun avec ces racines africaines que certains ont injustement qualifiées de "sans histoire"?

 

Des thèmes profonds : la persécution des juifs, le racisme, l'esclavage, la colonisation, l'apartheid, la maladie et la mort y sont traités avec une grande sensibilité.

La sincérité de la narratrice dans son parcours amoureux nous conduit dans des lieux intimes, des instants d'existence où chacun peut se reconnaître et se poser la question :

« Qu'est ce que j'aurais fait à sa place ? »

 

Le mur de la peste, lecture.

 

« J'ai déplié la carte jaune et j'ai commencé à établir un itinéraire. Il fallait évidemment aller à Apt qui, après Avignon, était la plus importante ville de Provence que nous voulions inclure dans le film. Mais, alors que j'étalais la carte Michellin sur la table, mes yeux sont tombés sur le cercle avec lequel, en juillet , Paul avanit entouré La Mottes-d'Aigues, le village des Jouberts dans les montagnes du Lubéron, qui n'était qu'à quelques kilomètres au sud-est d'Apt.»

Troisième jour ; « Le mur de la peste » André Brink.

 

« Nous voudrions trouver le mur de la peste » ai-je dit en essayant de déplier une carte.

Les femmes ont repris leur tricot dans un silence glacial ?

.. . « Le mur de la peste ? » a enfin répété une vieille femme sans dents en détournant les yeux. Non. Jamais entendu parler d'une chose comme ça. « Et toi ? »

... «Je ne connais pas »

...Nous étions déjà à mi-chemin de la voiture quand le vieil homme qui avait parlé a crié :

« Hé ! Mademoiselle ! »

J'ai tourné la tête.

« Si vous prenez cette route»-d'un geste , il a fait un demi-cercle vers la droite du village

- « Vous trouverez des morceaux du mur encore complètement intacts...»

Le mur de la peste ; Quatrième jour. André Brink.

Bibliothèque cosmopolite Stock février 1991.

 

 

Andréa voyage un peu comme nous, on cherche un hôtel pas cher, un pic-nic sur un banc devient un festin, une route bordée de platanes est le sujet d'un road-movie, le chant des cigales est nostalgie, un petit restaurant offre saveurs et couleurs d'enfance.

Dans son errance sur ces routes Andréa a en main le scénario de son amant Paul pour un repérage de film, en compagnie de Mandla, militant anti-apartheid ami de Paul venu récolter des fonds pour son combat. 

 

En ces temps où le monde se pose des questions devant ce grand battage des cartes, la montée des populismes et la perte des valeurs humanistes, le roman d'André Brink est toujours d'actualité.

 

« Rien n'est jamais acquis » chante Nina Simone dans la chanson de Brassens sur un texte d'Aragon. L'amour et la liberté restent des luttes, même si certaines d'entre elles seront gagnées le 10 mai 1984 et l'élection de Nelson Mandela.

 

Le mur de la peste, lecture.

 

« Le mur de la peste » André Brink

(1983)

Bibliothèque cosmopolite Stock

édition Février 1991

Commenter cet article

écureuil bleu 24/02/2017 19:57

Bonsoir Pierre. J'ai lu d'autres romans d'André Brink mais pas celui-ci. Merci pour cette belle chronique qui me donne envie d'emprunter ce roman.

Steph43Photography 14/02/2017 14:28

Bonjour Pierre merci à toi pour ce partage hey oui la marche nous fait nous évadez tout comme les livres alors combinez les deux et tout à fait possible =D , merci à toi de tes passages passes une bonne journée

marine D 14/02/2017 13:17

Tu donnes envie de lire ce livre Pierre, je vois que tu as de belles lectures, j'ai pu en lire certains mais pas tous, merci pour tant d'informations accompagnées d'images qui font rêver...

claudia 13/02/2017 20:24

Je n'ai pas lu celui-ci, je connais André Brink, j'ai lu une saison blanche et sèche, l'as-tu lu ? Je pense qu'il te plaira. Bonne soirée. Claudia

manou 13/02/2017 16:54

Une belle lecture que j'ai comme toi beaucoup apprécié et ce bien après avoir parcouru le mur de la peste, autre ligne de démarcation qui a séparé en son temps les peuples pour éviter la propagation de l'épidémie...Il faudrait que je relise ce grand auteur et que je remarche le long de ce mur dont j'ai oublié les contours...Peut-être qu'alors j'appréhenderais mieux les événements d'aujourd'hui... Merci pour ta superbe chronique et ta façon de revisiter ces lieux... Je ne savais pas que tu connaissais aussi Mimi :)

Quichottine 13/02/2017 13:59

J'aime bien découvrir le ressenti des uns et des autres... Merci à Mimi et à toi pour cette lecture.
Passe une douce journée.

Joëlle 13/02/2017 13:11

Un petit coucou en passant et te souhaiter une excellente semaine et bonne continuation dans tes lectures :-)