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Publié par FMarmotte5


Il y a plusieurs façons de voyager. En 3éme, au collège j’avais un professeur d’espagnol qui était tellement habité par la culture hispanique que ce n’était même pas la peine de prendre des notes pendant ses cours. Par contre dès que la bibliothèque ouvrait, je me précipitais pour louer « Pour qui sonne le glas » de Hemingway, feuilleter le dictionnaire pour voir les tableaux de Goya ou de Vélasquez. J’étais fasciné par les eaux fortes « les désastres de la guerre ».

La lecture du  «  Soleil se lève aussi » m’a fait veillé sous les draps du dortoir avec une lampe de poche et je m’endormais à la terrasse d’un café au son d’un chant Flamenco.  Noms magiques que Pampelune, Salamanque, Soria et ces magnifiques vers d’Antonio Machado « ¡Soria fría, Soria pura, Cabeza de Extremadura ».

Plus tard mes goûts m’ont porté vers d’autres influences. Dali dont j’ai pu voir la première exposition de  « La pêche au thon »  sur l’île de Bendor. C’est ainsi que le premier voyage digne de ce nom que j’ai entrepris en Espagne avec les enfants, c’est pour aller leur montrer la Sagrada Familia à Barcelone, El Barrio Gotico, le musée Miro, las ramblas. Le garçon de café a ri quand je lui ai dit : « Ver Barcelona y morir », il m’a répondu que Gaudi est mort écrasé par un omnibus.

Qui dit que l’Espagne est un pays chaud ? Je ne vais pas là-bas pour aller à la plage, on a mis des gants au bord de la Laguna Grande au Refuge Elola, et la neige d’octobre nous a empêché de faire le Mulhacén 3479m. A Manzanares, les duvets étaient les bienvenus début octobre quand la température la nuit descend à 2° sous la tente.

Les vins de la Rioja, la sopa castellana, el cocido, les Churros dans le chocolat Plaza Bib Rambla à Grenade.

 J’ai fait de la montagne dans los Gredos, j’ai rencontré des Basques, des Catalans, des Madrilènes de gauche, des Andalous, des babas Anglais pour qui la Californie devenait « Has been ! » et pour qui les Alpujarras devenaient un nouvel El Dorado, fait un brin de causette avec un retraité de la Guardia Civil qui connaissait Grenoble et dont le village avait encore une Plaza del "Generalissimo", dégusté du Jamon Serrano à Orgiva , siroté un Patcharan au retour à la maison, picoré 12 uvas à minuit le 1er janvier, vu voler les vautours fauves, sur les crêtes d’Iparla  et nourrir leurs petits au nid sur les granits du Cancho de los Muertos,savouré fin octobre les premiers hongos à Requena avec un vin rouge digne des meilleurs Bordeaux.

Dans la langue, ce n’est que quelques de poèmes de Pablo Neruda, de Juan Ramon Jiménez, de Federico Garcia Lorca, que j’ai pu lire ou que je garde à mon chevet. J’ai dévoré le Manuscrit trouvé à Saragosse : roman à tiroir et folle équipée entre l’imaginaire et le roman picaresque de Jean Potocki. Mais par-dessus tout, je crois avoir lu deux fois le Don Quichotte de la Manche (en français). Cervantès  peint l’âme humaine avec tellement de vérité que devant le monde actuel, je trouve toujours des « moulins à vent » et qu’il y a encore un Don Quichotte qui dort en moi.

Bien sûr Sancho est toujours là car la réalité du quotidien me rattrape bien souvent.


J’ai eu la chance d’avoir été trempé sous le seul orage annuel au Cabo de la Gata, de faire une pause au pied de la chapelle octogonale de Torres Del Rio (les Hospitaliers ont-ils vraiment hérités du trésor des Templiers?),de voir les films d'Almodovar (en V.O.),de boire une cerveza sur les quais du port de Llanes, de voir los "Celtas Cortos" à un festival de musique celtique à Gijón, de marcher le soir le long du Duro à Tordesillas où le traité du même nom a partagé le « Nouveau monde » entre Espagne et Portugal. Je n’étais pas Valladolid pour prendre part à sa controverse,  les sentiers escarpés de la Pedriza  m’ont conduit jusqu’au sommet du Yelmo; dans les villages troglodytes de Guadix, j’ai fait mes courses a la bodega et je n'ai encore pas vu Guernica.

Savez vous qu’après la Suisse, l’Espagne est le pays d’Europe dont la moyenne d’altitude est la plus haute 700 m et le vocabulaire pour désigner les termes de montagnes est le plus riche, la géographie regorge de cañon, d’arroyo, d’arena, de vega ……
Quand, nostalgique, sédentaire, j’ai besoin d’un petit voyage intérieur, je retourne aux Sources du Guadalquivir dans la Sierra de Cazorla, et j’attends le retour du renard qui est venu nous voir.


                                                     
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