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Publié par FMarmotte5

 

Depuis le transfert zodiacal de Zork IV, j'étais de nouveau seul sur Zart'. Mes deux montres quantiques à visée logo-rythmique ne me serviraient à rien si, comme j'avais envisagé depuis quelques temps, je décidais de m'enfoncer à nouveau dans le désert, cette fois sans guide.

J'avais perdu Jo de vue, inaccessible depuis son succès et son ascension fulgurante sur les murs holographiques de la ville qui prenait de l'ampleur autour du spatioport.

 

J'ai fait le plein de tomanzanillas déshydratées, le vieux propriétaire du cosmik@ffe m'avait donné une baguette de sourcier. Il se faisait du souci pour moi, il avait entendu dire que nombres de canaux , sources et rigoles étaient désormais à sec. Laissées à l'abandon depuis la mort de Pedrito. Sa nièce avide Esmezarta avait fait forer des puits profonds asséchant les nappes phréatiques fossiles dont les réserves n'étaient jamais renouvelées.

 

Après 3 nuits de sol I et cinq nuits/jours de sol II je suis arrivé sur ce qui m'a semblé être les ruines de la ferme primitive dans laquelle j'avais fait mes débuts sur cette planète.

 

Seule une arche de pierre restait debout, ça et là des crânes de yacks des sables sans nul doute gisaient déjà blanchis par le vent et les rayons ardents des deux soleils de Zart'. A la place du puits, un trou immense dans le sable attirait le regard et le corps comme un trou noir dans l'espace. Gigantesque sablier dans lequel j'ai jeté des pierres pour en sonder le fond. Bien mal m'en a pris, un grand bruit sourd est remonté en faisant trembler le sol meuble autour de moi.

Une bise , que dis-je un Bliz'Zart, unique en ces lieux inhospitaliers de la planète s'est levé. Imprudent j'ai réitéré l'essai en lançant cette fois une des pierres d'angle de la ferme en ruine. Le tonnerre se fit plus souterrain encore ( « Underground-sound-effect » pour être précis, en référence à la palette des sons de mon synthétiseur) élargissant le puits de sables en mouvements plus rapides et ante-chronogyres... à mon grand étonnement..

Aucun doute, une force inexplorée tirait de l'énergie de mes pauvres expériences en gravité Zartienne. Le monde a basculé, j'ignore si le récit que je vais vous faire des événements qui suivent sont issus de l'espace onirique des circonvolutions de mon cerveau perturbé ou une réalité augmentée des vibrations mémorielles des lieux.

 

«Jorge es-tu là ? »

J'avais entendu parlé des évocations des esprits dont le XIX e siècle terrestre avait été friand. Même Victor Hugo je crois avait participé à des séances de spiritisme, plus tard médiatisées par Allan Kardec. Sur Zart' je n'avais pas entendu parlé d'anthroposophie, ni de théosophie, Madame Blavatsky serait passée inaperçue ici, tant le rationalisme était érigé en pensée de référence. Newton, Descartes avaient leurs statues aux côtés deTuring, Fermi et Schrodinger.

 

« Jorge es-tu là ? »

J'ai failli éclater de rire et si Zork IV avait été là, lui qui m'avait conduit au travers du trou noir QT 3715 à bord du vol Zart 2611 tpz.g, je lui aurais tapé dans le dos en lui disant de ne pas faire l'idiot, ses appendices nasaux étaient parfaits pour faire le ventriloque.

 

 

Carnet de voyage à Zart page 10

 

 

«Jorge es-tu là ? »

« Non ; » répondis-je narquois.

« Je suis dans la cinquième dimension.» Osais-je plus intrépide.

 

Soudain, un lourd nuage pourpre, du pourpre dont on recouvre les catafalques lors d'une cérémonie funèbre, a recouvert l'horizon au travers de l'arche encore debout. Un maelström de sable est venu me piquer les yeux, je n'avais qu'un burnous de laine sombre mal ajusté pour me protéger quand, le coude sur le front, tête baissée, j'ai senti le sol se dérobé sous mes pieds.

J'étais dans un sablier démesuré , un grain parmi les grains à glisser dans cette tornade de matière fluide vers des abysses ignorés.

J'ai perdu connaissance.

 

Quand j'ai ouvert les yeux, relevé la tête, la lumière était aveuglante, j'avais soif mais mes réserves de tomanzanillas étaient épuisées. A main droite un incunable était fermé. Sans le moindre souffle, les pages ne risquaient pas de se tourner seules, un ruban rouge dépassait et attirait mon regard. La tranche dorée de l'ouvrage lançait quelques éclats, les runes zartiennes de la couverture dansaient , mais je n'aurais su dire si c'était ma soif, la fatigue, une illusion ou bien une magie propre aux événements qui les animaient de la sorte.

J'ai tendu la main vers l'ouvrage, je me suis assis, j'ai frotté mes mains l'une contre l'autre et à l'instar des touaregs qui faute d'eau font leurs ablutions avec du sable, j'ai frotter mon visage des grains fins et dorés qui coulaient entre mes doigts.

J'ai lavé mes pieds et mes mains, j'ai eu le souvenir fugace du chant des femmes : « Tam ! Yakatam !Tam ! Yak ! Tamayakatam ! Yak ! ». j'ai saisi le signet pour ouvrir et partager la somme de doux vélins entre mes doigts fébriles.

 

La page était vide, je l'ai caressée tendrement comme pour un appel à l'amour entre désir et tendresse en murmurant :

« Je suis là ! »

 

Pâle comme une page blanche, un maquillage de céruse, du blanc de Saturne, un carbonate de plomb toxique que les geishas de notre Japon n'utilisent plus, son visage est apparu. Je n'ai pas vu de suite son iris verte à la pupille dilatée à l'atropine sur-dosée. La belladone ne pousse pas sur Zart', ça aurait du me mettre la puce à l'oreille.

 

Ce sont ses lèvres d'un rouge incarnat qui se sont mises à balbutier dans la jointure des pages, le son au début inaudible s'est insinué dans mon mental . Je n'étais pas sur mes gardes, fragilisé par tout ce qui venait de se passer. Un éclat blanc de manga a partagé sa paupière, sa chevelure noire de jais, bleu pétrole, que sais-je ? Une espèce d'aile de corbeau digne d'une nouvelle d'Edgar Allan Poe est venue s'abattre sur les pages immaculées. Des ombres, des nuées volatiles, puis son chignon serré s'est défait et ce sont ses cheveux filasses qui sont venus s'abattre devant mes yeux. Tels des cordelettes fines et solides j'ai été forcé de lire ce sortilège bien malgré moi.

 

« Rituel magique pour passer de la réalité au rêve.

 

Il te faut quatre objets

Une pierre... la terre.

Une bougie... le feu.

De l'eau... l'eau.

Ta bouche... l'air. »

 

(dans mon sac à dos j'avais bien un bout de chandelle et des allumettes mais l'eau semblait faire défaut, c'est alors que je me suis souvenu du dicton :

« Ta bouche est une source elle se fait torrent quand tu parles trop ! »)

 

J'avais ma salive et mes mots, j'évitais de les avaler malgré ma peur latente.

 

« Allume la bougie et fait le tour de la pierre avec, dans le sens des aiguilles d'une montre.

Salue les 6 points cardinaux en terminant par le Zénith et le Nadir.

Prend un verre d'eau pour t'en remplir la bouche.

 

(Faute de verre et d'eau j'ai pensé à un bon bock de bière afin de saliver en conséquence. La baguette de sourcier était plantée dans le sable vitrifié d'une rose mauve. Arthur de pacotille j'étais bien incapable de déloger Excalibur de son écrin de diamant)

 

Souffle d'eau une première fois sur la flamme de la bougie.

Souffle d'air en second pour éteindre la flamme. »

 

Tout s'est éteint, j'étais dans le noir complet, comme sur une mer d'huile au milieu des récifs quand le phare disparaît.

 

« Je suis là ! »

Ce n'était pas ma voix, mais celle de Zork IV, je me suis senti rassuré, les collets et liens tendus par la chevelure du spectre blanc s'étaient desserrés. Une rose d'un rouge profond s'est mise à scintiller comme quand on se frotte les yeux avec trop d'insistance. Le désert était maintenant un buvard fragile s'imbibant du sang qui s'écoulait de l'angle de la bouche incrustée dans le livre ouvert. Par ailleurs l'encre noire du ciel se mêlait en tâches volatiles aux traînées de pétales qui s'enfuyaient vers un horizon de plus en plus imperceptible.

 

J'étais dans un écran, virtuel, je voyais les clients du bar « Geek-fahrenheit 451 » qui suivaient un documentaire dans lequel j'étais le héros bien malgré moi. J'aurais du me méfier, les mots « magique » et « virtuel » n'ont pas le même sens sur Zart' et sur Terre. J avais franchi les portes de l’immatériel , au diable les formules et les abracadabras des vieux grimoires, me voilà numérisé pour amuser la populace de Zart', peu préoccupée de mon sort.

C'est sans doute ainsi que sur cette satanée planète ils entrent dans la postérité ?

 

Du dedans, j'ai frappé à la vitre tactile :

« Toc-toc , je suis là ! » ai-je crié.

C'était la bonne réplique, toute la salle a ri de bon cœur.

Elle n'était hélas pas sous-titrée cette fameuse réplique.

 

Carnets de voyage sur Zart' page X

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C.Kiminou 02/11/2012 08:42


Pierre es tu là ?... Je ne sais pas si je saurais faire parler les esprits même sur ta planète. J'ai entendu dire que Conan Doyle aussi aimait bien de communiquer avec d'autres planètes.
Peut-être qu'il y'a plusieurs dimensions que nous ne connaissons pas encore mais sur Zart çà a l'air pas mal le fun. C'est une aventure à suivre. Ton dessin est magnifique, il y'a tellement de
niveaux de lectures et de choses à voir que j'aimerais m'asseoir et le regarder sous tous les angles en grandeur nature. 


CaroLINE


 

FMarmotte5 02/11/2012 11:09



Je ne sais toujours pas qui vient en premier le dessin ou l'histoire ? Même s'il n'y a pas de preuve de la "Théorie de Cordes" j'aime cette idée des mondes parallèles, peut-être à portée de
pensée, ou parfois des déchirures se font comme dans l'univers du roman pour jeunesse "A la Croisées des mondes"


Bonne journée.



Marine D:0019: 24/10/2012 10:49


Un grand plaisir reste attaché à Dali pour moi, il y a très longtemps, nous visitions une exposition sur Dali à la Maison de l'Infante à Saint Jean de Luz, et il m'a expliqué Dali de belle
mannère, dans ce très beau cadre... un moment très fort pour moi, mais quand Arnaud parle peinture ou jazz, je me régale !

FMarmotte5 24/10/2012 11:31



Ado j'avais vu une expo avec l'original de "La pêche au thon" de Dali, subjugué aussi, c'était sur l'île de Bendor . Je vais aller voir les endroits dont tu parles. Merci.



Marine D:0019: 23/10/2012 12:45


Pour un peu tu nous ferais du Dali !


Pas mal !

FMarmotte5 24/10/2012 10:31



Merci j'aime beaucoup Dali, c'est un compliment, parfois quans j'étais ado mon père en voyant mes dessins disait : Cc'est du Picasso!" mais pour lui c'était pas un compliment  une autre génération.



Quichottine 20/10/2012 19:11


Tu es incroyable !


J'écoutais... (ben oui, même si c'est écrit, on peut écouter, non ?) et puis, je suis revenue sur terre avec les rires de la salle.


 


J'ai eu une question... Comment c'est déjà fini ? Je crois que j'étais partie un peu plus loin.


 


Mais heureuse que tu sois là. Il ne faudrait pas que tu restes là-bas, l'écran est un peu froid.

FMarmotte5 20/10/2012 20:16



La suite c'est lundi. J'ai écrit le début de cette suite à l'hôpital et je dois avouer que parfois j'avais des traitements bizarres. remanié ça passe quand même. C'est un rayon de soleil sur
mon mur qui m'a donné la solution pour en sortir... Prête pour une autre voyage Quichottine alors à lundi après un bon week-end que je te souhaite.