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Publié par FMarmotte5

Curieux, le vocabulaire de l’imprimerie ressemble à celui des commissariats et du théâtre. Comme dans un roman de Raymond Carver la vie quotidienne est une scène où la représentation est permanente.

J’ai délaissé le clavier virtuel et la présentation consensuelle d’un « Word » de Microsoft pour retrouver la frappe sportive de la vieille machine à écrire Underwood qui prenait la poussière au grenier. Ses fontes et ses caractères sont en « Courier ».Une police.

 

Underwood

 

 

Loin des fastes des soirées New-Yorkaises avec Gatsby mes aventures n’ont rien de magnifique et sont plus proches des nouvelles de Tennessee Williams. Les 13 kilos de cette machine à écrire Underwood ne sont pas restés « sous les bois » (Underwood !) de la Nouvelle Angleterre.

Parenthèse : (H.D. Thoreau avait repris la fabrique de crayons à papier de son père dont il a même perfectionné la mine).

A la ligne :

 

La frappe lourde et bruyante est assez puissante pour impressionner un stencil, même une feuille de carbone et un double ne résistent pas au caractère de métal qui s’abat sur le rouleau de caoutchouc. Ce vieux « typewriter » aurait pu lester  un cadavre dans le lac Michigan pendant la prohibition. De préférence un fédéral ripoux sur la piste d’Al Capone entré dans un clandé sans les combines de l’indic.

Posé sur une table de bureau en bois, délaissant les stratifiés, elle a tout l’air de sortir de l’office d’un commissariat de quartier après l’interrogatoire d’une petite frappe de banlieue.

Sa place ne serait pas incongrue dans un roman de Frédéric Dard, de Fred Vargas à moins qu’un Maigret n’ait été tapé en une nuit sous les doigts de Georges Simenon. Le rythme rapide d’un journaliste à deux heures du mat' pour livrer son papier avant la mise sous presse de l’édition du matin est aussi tonique qu’un café noir bien tassé. Un mégot fume encore dans la soucoupe sous la tasse, le papier gras d’un sandwich a été oublié à côté de la corbeille. Sur le bord de l’évier dans l’angle derrière le placard, un verre de bière est à moitié plein pour rester optimiste. En ôtant son chapeau d’un geste fatigué le préposé aux « chiens écrasés »  le trouvera à moitié vide, éventé et tiède.

Le clavier en « azertyuiop » comme le roman d’Anthony Burgess ne me dépayse pas. Loin des plastiques actuels et des dérivés du pétrole qui commence à souiller les plages et les côtes de Key West. « Le Vieil Homme » ne serait certainement pas parti en mer à la recherche de son narval. Les marlins qu’Hemingway pêchait au gros avec son ami le matador Sidney Franklin s’asphyxient dans une marée noire historique…

 

Carver McCullers

 

« Les vitamines du bonheur » quelle ironie. Dans une Amérique en crise, les petits boulots sont légions.

« J’avais un emploi et Patti n’en avait pas. Je travaillais quelques heures, la nuit, à l’hôpital. Un job insignifiant. » Carver donne le ton. Le Tramway de Tennessee Williams ne s’appelait plus « Désir » quand il est mort seul dans sa chambre d’hôtel new-yorkaise.

C’est toujours cette même sacrée police « Courier » de ma vieille Underwood qui me fait mettre sur l’électrophone ce vieux disque de Gershwin. La « Rhapsody in blue » fait pleurer les violons, les rues froides de la « Grosse Pomme » d’avant la crise sont balayées par le vent qui vient du nord et fait geler l’Hudson River. La corne de brume d’un pousseur a des accents de saxophone. C’est le  « Manhattan Transfer » de John Dos Passos qui me passe entre les mains couvert de poussière , cette édition de poche mal reliée n’est pas présentable, la couverture est déchirée. Pas de « qwerty » pour un Lovecraft, mais un manuscrit du « Mythe de Cthulhu ».

Mes envies de soleil me font tendre le bras plus au Sud dans le  « Deep South » vers un roman plus chaud mais tout aussi noir. « La Ballade du café triste » m’inspire avec la photo sépia d’un violoneux. Le visage grave, un mince sourire plisse les lèvres de Carson McCullers, ses cheveux noirs coupés en frange raide et droite soulignent son front d’enfant volontaire.

Je n’écouterais pas « An American in Paris » le bras du pick-up se relève, la platine recevra « Porgy and Bess ».

 

Gershwin

 

L’interprétation d’Ella Fitzgerald et de Louis Armstrong. La Caroline du Sud sera épargnée cette fois, Catfish Row et Charleston seront peut être la destination touristique cet été qui remplacera le « Bayou » de Louisiane sous l’huile visqueuse de la BP. « Minuit dans le jardin du Bien et du Mal » John Berendt parle peu du port de Savannah, ni de l’Atlantique.

L’été... Summertime, chaque fois que j’entends ce blues sublime, je pleure. Je pense que c’est de la joie, du bonheur. « Le cœur est un chasseur solitaire », nous ne sommes plus en 1940 « En voilà une idée » « C’est pas grand-chose, mais ça fait du bien » finalement c’est encore Carver qui me bercera.

« Il l’embrassa sur le front, et ils s’effleurèrent la main. Elle s’assit sur la chaise à côté du lit et contempla l’enfant. Elle attendait qu’il se réveille ; en pleine santé comme avant. Alors, elle pourrait commencer à se détendre. »

Ma mère n’est plus là pour m’embrasser sur le front. Une petite rayure reprend sans fin le thème du départ : «  There’s A Boat Dat’s Leavin’Soon For New York », je me réveille d’une sieste sur le fauteuil d’osier.

J’ai rêvé que la terre était belle et le bonheur vendu en flacons.

« Ils traversaient de nuit et une forte brise soufflait du nord-ouest. Quand le soleil se leva, il vit, descendant le golfe, un pétrolier qui se découpait si bien, de toute sa hauteur et de toute sa blancheur sous le soleil qui le baignait dans cet air frais, qu’il ressemblait à de grands bâtiments surgissant de la mer. »

« Le retour du trafiquant » : E.Hemingway.

Je retourne  le vinyle.

« Now it's summertime....and the livin' is easy
Them fish are jumpin'...and the cotton's 'bout waist high
Yo' daddy's rich...and, ya know yo' mama's good-lookin'
Now hush little baby......don't....you cry”

Musique : G.Gershwin.

Paroles Du Bose Heyward et Ira Gershwin.

Don’t you cry ?

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A
<br /> le souci c'est pour trouver des rouleaux.....<br />
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F
<br /> <br /> Comme pour les "bigoudis"? j'en ai d'anciens pas trop secs, rouge et noir.<br /> <br /> <br /> <br />
Q
<br /> <br /> Les pages se tournent... mais le souvenir reste. C'est vrai que c'était autre chose.<br /> <br /> <br /> Bonne journée, Pierre. Merci.<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> C'est vrai que ces machines avaient un "poids" indépendamment de leur X kilos.<br /> <br /> <br /> Le bruit de mitraillette des claviers, l'odeur du papier, du stencil, de l'encre ....<br /> <br /> <br /> toutes choses oubliées ...<br /> <br /> <br /> Mais pas de copier/coller et en cas d'erreur, il fallait tout recommencer.<br /> <br /> <br /> Heureusement que tu as rtrouvé cette Underwood !<br /> <br /> <br /> Merci pour cette page nostalgique :)<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Et bien dis donc, Pierre, t'as bien fait de la retrouver cette superbe machine ! Elle me fait penser à Frédéric Dard...<br /> Claudia<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Je suis comme les gosses quand je retrouve un vieux jouet , c'est un flot de souvenirs qui m'assaillent. Oui vraiment les caractères de cette machine font "bouquin policier" ou nouvelle<br /> américaine.<br /> <br /> <br /> <br />
Q
<br /> <br /> Le pire... c'était de devoir recommencer sa page en triple exemplaire lorsqu'il y avait une erreur.<br /> <br /> <br /> C'est l'un des avantages du traitement de texte. Tu imagines les 1014 pages de ma thèse à la machine à écrire ? Je n'aurais pas pu.<br /> <br /> <br /> On ne pouvait pas varier la hauteur des caractères. Elle aurait pris deux fois plus de papier qu'il n'en a fallu là. <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Mais j'ai bien aimé retrouver cette machine sur ta page aujourd'hui. Merci.<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Beaucoup de sugestion sur cette lourde machine d'un autre age, j'aime aussi l'écran mais j'ai quand même un brin de nostagie.<br /> <br /> <br /> Le bruit , l'odeur de l'encre, l'occasion aussi de ressortir de la bibliothèque Carver, Dos Passos  et re écouter Gershwin! Les pages se tournent.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> <br /> Salut Pierre,<br /> <br /> <br /> Belle machine à écrire !<br /> <br /> <br /> Elle mène le tempo en travaillant !!!!!!!!!!!!!!!<br /> <br /> <br /> Aplus.<br /> <br /> <br /> Nono<br /> <br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Woo...<br /> <br /> <br /> En écoutant l'album Porgy & Bess par Ella & Louis sur Deezer, je n'ai bien sur pas le scrouitch scrouitch du disque que j'ai écouté petite. Je me souviens de ces<br /> lettres P & B en creux dans la pochette.<br /> <br /> <br /> Et en tapant, ces mots, je n'ai pour son que le tac tac d'un clavier PVC et pas le tchak tchak tranchant de cette fameuse underwood sur laquelle on s'est amusées petites avec mes soeurs,<br /> bien avant l'arrivée du Packard Bell avec des hauts parleurs pour oreilles ^^ !<br /> <br /> <br /> Mémoire auditive... Que du bon son, de bons mots... Don't I cry ?<br /> <br /> <br /> Thank you Daddy !<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci de ton com, j'ai pas trouvé sur "deeser" un bon enregistrement de Summertime?<br /> <br /> <br /> Elle est là la machine pour de nouveaux mots!<br /> <br /> <br /> Carver aussi attends  .Tu tiens le bon bout pour de vrais moments de détente: courage.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Z
<br /> <br /> Merci pour le "son", j'avais oublié effectivement que ça sonnait en fin de ligne. Mes cours de dactylographie remontent à tellement loin, car j'ai appris sur une Underwood et je t'explique pas<br /> quand je me suis cassé un doigt et qu'avec le plâtre j'appuyais sur trois touches en même temps, la prof était ravie...! Bises<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> J'imagine, déjà sans plâtre alors avec!<br /> <br /> <br /> Bonne journée<br /> <br /> <br /> <br />