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Publié par FMarmotte5

L’aube : un bien grand mot, le soleil pointait à peine derrière la lisère de la clairière où bon nombre des participants de la Grande Assemblée étaient encore dispersés autour de foyers fumants et presque éteints.

Inlandir du se frotter les yeux à plusieurs reprises pour distinguer le visage de Mano au-dessus de lui et ne pas y voir la rune Ansuz sculptée dans la poutre faîtière aux traits aussi anguleux que le nez de son ami. Les rêves sont ainsi, leur puissance au réveil pénètre nos sens que le piquant du petit matin ne suffit pas à nous faire revenir à la réalité.

Inlandir se félicitait de pouvoir encore rêver depuis le récit de l’Aubergiste et de Yorik décrivant les mortels et leurs nuits blanches exemptes de songes, de repos et d’amour.

Une animation matinale agite le couvert du grand chêne où sont dressés les tréteaux de Don Pietroquino, chacun, son écuelle à la main s’approche du grand chaudron fumant. Quelques uns ont apporté des provisions personnelles, prévoyant ou frugaux, ils déballent de leur sacoche, pain, fruits secs, gâteaux rassis en ce troisième jour de réunion. Au buffet dressé par le village, des femmes s’affairent, les goûts sont variés et la préférence va aux tisanes d’herbes bienfaisantes de la forêt.


petit déjeûner
Beaucoup délaissent la soupe grasse au lard et la polenta de l’Aubergiste, et il est trop tôt pour mettre en perce un tonneau de cervoise. La sauge, le calament à grande fleur, thym, menthe, dryade à huit pétales sont les plus consommées. Une tribu d’Elfes des champs vivants en marge de la forêt réclame une tisane d’ortie. Ia, habituée aux files d’attente devant les cantines d’organisations non gouvernementales et venue mettre la main à la pâte n’a qu’à s’agenouiller le long du talus pour en cueillir une brassée.

-« Si tous le monde pouvait s’en tenir à des mets aussi substantiels ! » pense-t-elle.

Une trentaine de Nains sont en silence sous leurs capuchons de toile : chose peu banale pour ce peuple bavard. Islandine a essayé d’aller converser avec eux, seul leur chef Bérylnik s’est avancé pour lui faire comprendre un doigt sur les lèvres qu’ils font silence.  « Le Signe de l’Ange », ce petit creux que l’on porte au milieu de la lèvre sous le nez est, chez les nains couvert d’une moustache épaisse, Islandine esquisse un sourire sous entendu en reconnaissant le frère de Yorik. Depuis 3 jours, cette petite troupe reste à l’écart : ils jeûnent.

Lorsque tout le monde fût restauré, les raclements de gorge de Manosthéralitaf sonnent comme le signe du rassemblement. Bientôt un large cercle hétéroclite se forme autour du Cercle central de la Grande Assemblée et de ses sièges de pierre. Le Deuxième Cercle.

Mano étend la main les doigts écartés.

-« Inlandir, c’est à toi ! »

Pas besoin de paroles, Inlandir sait que Mano sait.

La Gardien de la Forêt fait le récit du songe prémonitoire qu’il vient d’avoir lors de cette nuit agitée.

Un homme s’avance. Jusque là, on l’avait tenu à l’écart. Ses frasques lorsque les verres trop nombreux le rendaient volubile en faisaient un compagnon difficile à gérer. Yvan sous sa pelisse de peau que  de nombreux résidents de la Sylve lui contestent se tient là bien campé sur de fortes jambes chaussées de grandes bottes de cuir. C’est par un grognement qu’il débute sa phrase.

-«  Arrh….greeee…. sais-tu… Inlandir qu’une légende ancienne de mon peuple décrit une Tour semblable au centre de tourbières inaccessibles ? »

Il se retire dans la foule sans plus de précisions. Les habitués de sa compagnie savent qu’autant il est extravagant le soir autour dune bouteille d’alcool fort, autant au matin ses mots se font chers et rares. Personne n’ose lui demander de plus amples explications. Les contes de sa toundra natale sont parfois si glauques et énigmatiques que nul ne s’étonne que le rêve d’Inlandir puisse avoir des points communs avec les mythes de ce peuple fantasmagorique dont la puissance de travail et la force physique n’ont de comparable que les délires d'une imagination féconde.

Mano n’aime pas perdre la main, le temps le presse. Il désire mettre en place la Main, c’est ainsi qu’ils ont décidé d’appeler les cinq compagnies dont la mission sera de mettre en œuvre la protection de la Sylve et la restauration de sa pérennité.

Il va pour reprendre la parole afin d’attribuer les rôles à chacun quand un enfant porteur d’une longue natte noire  s’avance courbé en deux. A chaque pas il fait une profonde révérence en joignant les mains au dessus de sa tête coiffée d’un ridicule petit chapeau rond de soie damasquinée. A sa suite s’avance à petit pas une femme fardée de frais. Personne n’aurait pu penser qu’après deux nuits dans les conditions difficiles d’accueil de la Grande Assemblée quelqu’un et encore moins quelqu’une puisse avoir l’air aussi frais et dispo que cette personne au port droit et noble.

L’enfant courbé devant le Maître de la Pierre s’exprime dans une langue que nul ne comprend.

Puis se redressant il s’adresse à Mano.

-« Noble Maître de la Pierre dont la sagesse traverse les mers, voici Akiiko  Princesse de Cipango ma Maîtresse et Mère. »

Etonnés le Deuxième Cercle comprend les mots chacun dans sa langue. Maîtres et Gardiens l’entendent dans la langue universelle de la Sylve sans l’ombre d’un accent.

Mano pressent qu’il devra laisser intervenir Akiiko dont la beauté et  l’aura qui l’entoure lui en impose plus que les éclats de voix ou l’insolence des actes.

La Princesse de Cipango porte dans ses mains en coupe un bol d’argile fumant. Les arômes qui s’en dégagent sont inconnus de toutes et tous.

D’un geste elle invite les Cinq Maîtres à venir boire à la coupe. Ils s’avancent cérémonieusement pour tremper tour à tour leurs lèvres dans ce breuvage exotique. C’est surprenant de voir ces êtres de pierre, de bois, de brumes obéir sans discuter à l’invitation de ce personnage sophistiqué, peint, empreint de civilité obséquieuse et surtout inconnu de tous.

Une douce chaleur envahie leurs entrailles et c’est naturellement d’un élan solidaire qu’ils se réunissent autour du feu pétillant en se tenant par les mains dans un cercle primordial que personne dans l’assemblée n’oserait contester.

Akiiko se retire, discrète en psalmodiant le nom des runes dont Inlandir a vu les graphes sur le parchemin de son rêve.

La Main est constituée, Ashlopf, l’Unité sera la clé, le code, le mot de passe et de ralliement.

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B
<br /> <br /> Et oui encore moi,<br /> je sais je m'habitue à venir chez toi,<br /> à lire, prendre le temps,<br /> et derrière ce côté "fleur bleue"<br /> il y a bien quelqu'un de réel<br /> bon w end à toi<br /> Agnès<br /> <br /> <br /> <br />
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