Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Les crêtes sont longues et effilées, les abîmes profonds, une brise légère fait voler les hardes végétales dont Inlandir se vêt.

Brumes et brouillard
Il écarte les bras pour un envol sans bruit, les pics acérés défilent, des ravins invisibles renvoient sur son corps de frémissantes vapeurs. Les quelques battements d’ailes d’un aigle en chasse accompagnent sa descente vertigineuse. En entrant dans les miasmes d’une vallée inconnue l’oiseau majestueux laisse le Gardien de la Forêt à sa chute vespérale. La fraîcheur d’un fleuve réveille ses sens endormis.......


Baisse du Basto
Un  immense marécage émerge sous des voiles et des lambeaux de mousses humides. Inlandir sait qu’il rêve, mais les odeurs si fortes, les cris animaux si aigus lui font douter de ce qu’il ressent. Les troncs laissent la place à une brume qui s’effiloche en charpies translucides et diaphanes. Il avance vers le centre, sur son front il a posé le diadème Emeraude et Ferhu scintille sertie dans une racine de bruyère.

Au loin si on peut parler ainsi tellement la visibilité est réduite, au loin, une masse sombre semble s’élever vers le ciel et trouer le couvercle gris de ce ciel bas et lourd.

Inlandir s’avance, seul le bruit de ventouse de ses larges pieds qui s’excavent de la tourbière vient perturber le silence de ce sinistre endroit. Il a emmené une longue hampe d’un if du pays des Angles, de celui dont on fait les arcs. Parfois obligé de pousser des deux mains sur cet outil bienvenu, ses bras graciles commencent à souffrir à leur attache vers les épaules. Parfois il est obligé de s’allonger et de ramper dans les iridescences oléagineuses de la matière organique en décomposition. Il pose la tête sur un tapis de lichens…….

Inlandir gravit les marches hélicoïdales d’un escalier étroit dont il ne voit pas le bout. Il compte ses pas : 1341, 1342,1343…..1712, 1713, 1714,1715, il ne sait plus depuis quand il a quitté le marais et commencé à gravir la Tour. Les muscles de ses jambes se font racines noueuses, l’effort tord sa colonne vertébrale comme un arbre sous le vent. Ses mains s’accrochent aux aspérités du mur de pierre, son sang de sève perle dan ses paumes blessées.

2830, 2831, 2832……..6997, 6998,6999, 7000…….

Il est allongé sur les dalles froides d’une grande salle ronde, son souffle est court, sa joue est meurtrie par les  joints de mortier. Il regarde vers le nord, à portée de main mais pas tout à fait assez près pour qu’il puisse le saisir sans bouger, un rouleau crème attend sa venue. Le ruban cramoisi est noué d’un nœud inconnu, un sceau de cire verte scelle le tout. Inlandir rampe avec les dernières forces qui lui restent, il tend la main pour prendre le parchemin, il hésite, il a peur que ce ne soit qu’un leurre ou une image factice, un artifice de magicien. La texture est chaude, il s’enhardit à prendre dans sa main le cylindre sec et fragile : aucun maléfice, le message lui est bien destiné. Il sent le parfum discret du cylindre, une douce fragrance pénètre ses poumons en mal d’oxygène. Soudain c’est comme une chaude perfusion qui circule dans ses veines refroidies, un baume incandescent vient irradier le centre de son thorax écrasé de fatigue, un léger tissu de soie blanche le couvre et lui prodigue une sensation bienfaisante comme des caresses qu’il n’a jamais eu.

Il s’assoit, son regard balaye la pièce, ce n’est que pierres grises ajustées entre elles comme seul un Maître tailleur aurait pu le réaliser. Au dessus de sa tête une charpente de bois clair faite de six poutres massives tisse un hexagone parfait. Au centre, un court poinçon reçoit les arbalétriers robustes. Lambourdes et chevrons sont cachés d’un voligeage subtil, sobre, les nœuds semblent écrire une mystérieuse légende que nul même le plus érudit des calligraphes ne pourra déchiffrer. Pas de lucarnes. Les madriers dont Inlandir ignore pourtant dans quel bois ils ont été taillés, reposent sur six pierres de taille de forme cubique.

Au centre des  pierres un bas relief se dessine. La luminosité éthérée de la pièce trouble Inlandir, translucide comme les brumes qu’il a traversées au matin, il ne saurait dire d’où elle vient, elle n’est en tous cas pas suffisante pour discerner les motifs sur les pierres.

Le bruit du parchemin qui s’échappe de se mains le rappelle à une autre réalité : sa faiblesse. Il porte de nouveau le rouleau  à son visage pour en respirer encore le parfum. La même sensation de force et de bonheur emplie son être.

Le nœud, le ruban rouge, ont des allures de codex. Il a l’intuition qu’il ne doit pas couper le lien mais dénouer l’entrelacs compliqué qui entoure le parchemin. Le Gardien de la Forêt connaît la complexité des racines et des branches, le labyrinthe sous l’aubier, la multitude des chemins qu’empruntent les sucs et les fluides de son être. Ses ongles cassés ne sont pas un obstacle à la dextérité de ses gestes, un rapide coût d’œil au ruban lui donne la solution du casse-tête de tissu. Avec une facilité étonnante le noeud cède sous ses doigts agiles. Le sceau de cire verte se brise en fragments épars sur les dalles froides. Inlandir déroule la feuille craquante, elle ne se rond pas malgré sa finesse. Une nostalgie envahie le coeur d’Inlandir, la texture du parchemin lui fait penser à l’aile d’une elfe. Pourtant habitué aux longues solitudes, Inlandir se sent loin des siens.

Devant ses yeux dont la pupille se dilate un maximum : un seul mot. De son index il forme les courbes et les volutes des 7 runes tracées et liées entre elles.

Ashlopf, unité.
Son cou se redresse pour voir sculpté  au centre du poinçon la rune Ansuz Ansuz,
 poutre sacrée, pieu des Ancêtres, inspiration et conscience, l’unité et le salut de la Sylve se feront autour d’elle.

Il ouvre les yeux pour distinguer le visage rugueux de Mano qui le regarde du haut de sa grande taille.

-«  C’est l’aube Inlandir, réveille toi ! ».

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
<br /> bon WE<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Merci toi aussi. A propos est-ce long à couver les oeufs de Marmottes?<br /> <br /> <br />
B
<br /> <br /> Il est vrai que mon blog<br /> est iréel à côté de ce beau texte,<br /> en y ajoutant Jacques Brel,<br /> mais le monde virtuel<br /> et bien plus beau que la souffrance.....<br /> douce soirée<br /> Agnès<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Tu as raison : chacun sa fuite , sa quête, son innaccessible étoile. le monde est souffrance, c'est bon de se réserver un jardin secret , un lieu pour se ressourcer, ça sert aussi à celà un blog et<br /> le tien à des airs de nid douillet. Bonne journée qui s'annonce ensoleillée. il est vrai que j'en suis à une phase sombre de mon conte et j'espère que la paix aura raison de l'adversité.<br /> Pierre<br /> <br /> <br />
P
<br /> Quelle lumière !! Il faut y être pour se rendre compte de son envergure<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Brouillards et brumes de quoi se perdre si on ne reste pas à vu.<br /> <br /> <br />