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Publié par FMarmotte5

 

L'homme de la marche

 

 

Son pas s'est fait de plus en plus lent.

Comme les branches d'un arbre agité par le vent,

Ses articulations se sont mises à chanter

Dans la solitude des sentiers.

Son regard jeté vers les cimes est d'aigle par delà les nuées,

Vers des horizons de rêve, des songes d'éternité.

Les oiseaux joueurs sont venus sur ses épaules.

Au temps des amours, sa besace désormais vide de toute provende abrite un nid d'oisillons affamés.

Le cuir de ses souliers,

Si souple quand il s'est lancé sur la route a pris la couleur des pistes du désert,

La rigidité du bois des forêts sombres.

 

Il s'est parfois perdu,

Libre.

 

Ses lacets de chanvre sont allés chercher l'humus frais d'un sous-bois,

L'humidité de la rosée du matin quand le le soleil n'a pas encore éclairé les toits.

Sous les bardeaux gris des vieux chalets du hameau, il a dormi dans la paille.

Dans sa poche il n' a plus besoin de sa boussole où qu'il aille.

Tourné vers un nord incertain il n'a jamais été aussi sûr de sa position.

Sans couteau.

Un itinéraire parfait , des haltes de choix, des cols, des sommets, des crêtes embrumées,

Des pierriers secs croulant sous ses pieds,

Des sources froides pour y tremper ses mains en coupe,

Y boire , éclabousser son visage salé.

Manger, jeûner, un fruit, un quignon de pain, un plat de champignons,

Une poignée de myrtilles,

Les jambes sveltes des filles.

 

La sueur n'est pas aussi amère que les larmes,

Sa main reste sèche et ferme sur le bâton de charme.

Tuteur pour un temps indéterminé, le dernier pas n'est pas encore esquissé.

En un geste aussi lent, l'espace est infini.

Sa montre s'est arrêtée, inutile désormais car plus rien ne compte que le présent.

Le verre est terni et sa trotteuse

Tourne en rond depuis déjà trop longtemps.

L'heure est illisible.

 

L'herbe des champs s'est fait ligneuse,

Au début, quelques arbrisseaux pour une courte pause,

Puis les cercles des années sont venus faire de ses jambes des troncs solides,

Des cuisses de coureur des bois, dures comme le chêne.

Sur le dos de ses mains la feuille d'un érable a tracé des nervures turgescentes,

La sève y coule à la vitesse du sang de la terre,

Une lave de fond des temps immémoriaux dont certains disent qu'elle est née dans la profondeur des abysses, soulevée avec les montagnes, figée comme son crâne dont on ne peut plus deviner les pensées.

Les orbites comme des cratères en fusion pour un regard de braise.

La course du soleil désormais le brunit inlassablement sans crainte des brûlures cuisantes,

La soif s'en est allée,

 

La plante des ses pieds fait corps avec la laine de ses chaussettes,

Les coudes au coton d'une chemise passée.

Le dos droit épargné par les douleurs de l'age,

Le vent ne le fera guère fléchir au prochain orage,

La grêle piquante épargnera sa constance.

Quand les brumes d’automne annonceront de leurs fréquences

Le changement de saison,

Que désertées par les hommes et les troupeaux, les solitudes se vêtiront doucement de blanc,

Il restera, paré d'un vague foulard transparent,

Chandelle de glace.

 

Les pas assurés, dans la neige jusqu'aux genoux,

Il ne changera plus de cap, ni sage ni fou.

Peu importe la marque sur le chemin : rouge,

blanche, jaune, bleue, plus rien ne bouge.

 

Sa trace

S'efface.

 

Souvenirs oubliés des anciennes courses.

Le monde est au milan, au vautour, au renard, au loup,

A la marmotte endormie, à l'ours,

Au temps silencieux des hivers profonds.

Le sentier a disparu, blanc comme le ciel,

Le jour avec la nuit se confond,

Besoin de rien : ni lait ni miel.

Dans les prairies nivelées aux formes diffuses,

Finies les cartes et les pensées confuses.

Il sait enfin qu'il est arrivé.

 

PF

 

Statue de bois à Ceillac en Queyras.

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M
<br /> <br /> Il y a je penses beaucoup de toi dans ce marcheur là ... et comme tu parles bien de son univers, comme on est loin des rumeurs de la ville...<br /> je t'embrasses Pierre <br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Je ne sais pas, parfois une image amène des mots sur un sujet, ça vient tout seul. oui, ce que j'aime dans la marche c'est 'l'instant , cette impression que le présent et le futur proche sont<br /> essentiels. le reste s'efface : préoccupations et soucis.<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> <br /> Bonsoir Pierre...<br /> <br /> <br /> Belle poésie pour un montagnard, c'est très beau...<br /> <br /> <br /> merci pour ton message Pierre et pour ta recherche sur le papillon, je continue à faire de même de mon coté. A bientôt<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> merci Patxi j'ai vu qu'un entomologiste  l'avait déterminé, pas le flux rss.<br /> <br /> <br /> <br />
R
<br /> <br /> belle histoire et belle statue !!!<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Un peu brute de décoffrage la statue, c'est pas du Michaël Ange, c'est taillé à la tronçonneuse, mais oui je trouve que celle-ci a son charme.<br /> <br /> <br /> <br />
Q
<br /> <br /> La statue est splendide et j'aime les mots que tu nous offres avec elle.<br /> <br /> <br /> Une longue marche... peut-être vers soi, finalement.<br /> <br /> <br /> Merci !<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> On finit toujours par en être au dernier pas.. vers soi, un voyage plus intérieur, ça se prépare aussi mais personne encore m'a montré la carte, le chemin est unique et trop personnel.<br /> <br /> <br /> Tu me lances sur des sujets très philosophiques voir existenciels.<br /> <br /> <br /> Merci , j'adore ça.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> c'est un moyen de transport pour marmotte ?<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Quand il aura ssouvi sa faim et sa soif ça sera plus sûr.<br /> <br /> <br /> <br />