Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Ne le cherchez pas sur une carte.

Sur celle bien particulière que le gardien du refuge m'avait donnée, un mot était raturé au crayon de papier. Le d était barré remplacé par un t Ortendelle 2432 mètres. Un point sur la carte dans un petit vallon. Il m'a bien précisé:

 

« Ici tu ne te tromperas pas, les panneaux indiquent « Ordentelle » mais les vieux parlent toujours de l'Ortendelle...Va savoir, précisa t-il dubitatif , le sourcil levé ?».

 

Il fallait bien 2 heures 20 pour monter à ce lieu-dit, les passages étaient peu fréquents. Au dessus de 2000, nous avions bien vu que les terrasses s'affaissaient et que le foin n'était plus coupé. Les petits canaux issus du torrent principal étaient bouchés et l'eau faisait une large tourbière sur le replat.

Des linaigrettes se balançaient au vent, quelques planches pourries était jetées en prolongation du sentier afin de ne pas mouiller ses chaussures. Le sol était spongieux mais pas loin le murmure d'une cascade dévalant la butte se voulait rafraîchissant.

 

Les Fraches 

 

 

De lourdes bases de granit doré soutenaient encore de forts madriers de pin cembro. Des franges de foin sec depuis une bonne centaine d'années débordaient du grenier sous le toit dont les tavaillons éclaircis pas les éléments manquaient à l'appel du charpentier.

 

Le vent s'est arrêté de souffler quand j'ai franchi les derniers mètres de zone humide. Les brumes matinales se sont dissipées rapidement. Il était bien le moment de faire une pause, mais quelque chose a retenu mon attention sur le balcon effondré.

Comme un éclair fugace, un clin d’œil d'or.

 

J'ai posé mon sac le long du mur sud épargné par la végétation. Il semblait qu'un passage fréquent entretenait une herbe rase contrairement à la façade Est de la maison qui était envahie par des touffes d'orties aux dimension exubérantes. Ortendelle me dis-je ?

Toujours en quête d'explications je pensais avoir trouvé l'origine du mystère du nom de ce hameau abandonné dont le gardien m'avait parlé d'un air sous-entendu : orties... ortendelle?

J'avais une petite longueur d'avance sur le groupe , histoire de faire une courte exploration.

 

J'ai baissé les manches de ma chemine et trouvant un grand bâton le long du mur, je me suis mis à me frayer un passage vers l'antre noir sous l'escalier mal en point. Ce n'était pas facile, dans les orties, entremêlées de ronces, il me semblait que le mince accès se refermait aussitôt. Après une bonne demi-heure de lutte, je suis parvenu au pilier de la grange. Ça sentait le mouton, une épaisse couche de fumier recouvrait le sol si bien que j’étais obligé de courber la tête pour entrer.

 

Sur une grosse pierre de taille, une inscription était gravée grossièrement, j'ai balayé la poussière des ans de la paume de la main : « L'Ordentelle ». La correction sur la carte était donc récente.

Les vieux avaient tort, c'est bien ici le lieu que le toponymiste nomme « l'Ordentelle ».

 

Il me restait encore deux bonnes heures de marche avant le but du jour, un sommet à 3000 avec une vue splendide sur les Écrins. Peu importe, j'ai crié à mes compagnons impatients qui attendaient au dela du torrent :

«Continuez sans moi ! Je vais jouer aux archéologues.»

«Arrête tes bêtises, c'est une vieille grange, il n'y a rien à chercher ici. Tu vas y trouver un vieux chaudron, un fer à bœufs, une louche et encore tu vas attraper de la vermine dans tes habits. »

«  Non, non, allez-y ! Je vous rejoindrai après. »

Sur ces mots je leur jetais la carte pour bien leur montrer ma détermination.

 

Ils sont partis, j'ai entendu leurs rires et leurs réflexions moqueuses.

« Il est tombé sur la tête.»

« Cette nuit, il a mal dormi, il a ronflé toute la nuit. »

« Il a forcé sur le génépi ! »

« Il a pris un coup de lune, la fenêtre était ouverte. »

« Il... »

 

Le silence s'est fait dans le vallon. Au fond de l'étable, un escalier montait dans le noir. J'ai avancé avec précaution les pieds sur les planches de bois disjointes. ça craquait à chaque marche, mais tant bien que mal je suis parvenu à l'étage. Le soleil au travers des voliges brisées parvenait à lancer quelques raies de lumière dorée.

 

J'ai fait un pas, puis un autre, gagnant en assurance. Des couloirs étroits faisaient de l'intérieur de cette grange un véritable labyrinthe, plus j'avançais, moins je profitais de la lumière. J'avais bientôt besoin de mes deux mains le long des murs badigeonnés de chaux pour progresser lentement.

 

Soudain, il m'a semblé entendre une mélodie chantée d'une voix douce et fluette. J'ai retenu ma respiration. Au fond d'un long couloir, sous une porte, une léger filet de lumière vacillante filtrait avec peine, comme celle produite par une bougie. J'avais le souffle court, mon cœur battait la chamade.

Prenant mon courage à deux mains, cela dit, le courage il ne faut jamais le prendre à demain sinon on entreprend jamais rien.

Ça, c'est pour détendre l'ambiance pesante du suspens.

 

Prenant mon courage à deux mains, j'ai fait le dernier pas qui me séparait de la porte faite de larges panneaux de mélèze. Le chant continuait , on aurait dit une balade celtique, triste à souhait. J'ai levé la main en tremblant pour pousser la porte, elle a pivoté sur ses gonds sans un grincement. Je sais que d'habitude, à ce moment du récit, les portes grincent dans ce genre d'histoires.

 

Sans un grincement, elle a fait place à une chaude lumière, j'ai redressé la tête en franchissant le seuil, la pièce était haute de plafond.

 

Les mûrs étaient recouverts d'or le plus fin, ils irradiaient dans la chambre lumineuse comme le soleil. Au fond, un lit à baldaquin était recouvert de fine dentelle ouvragée. Sur chaque meuble : bahut, coffre, coiffeuse, guéridon, table de nuit, des diamants aux couleurs variées jetaient mille feux. Le silence s'est fait brusquement et sans frayeur une petite voix flûtée venant par delà les épaisses tentures brodées s'est élevée cristalline:

« Bonjour, je dors depuis si longtemps, merci pour la visite, je m'appelle Ordentelle, et vous ? »

 

Mes amis ont du m'attendre au sommet. Je ne les ai pas revus depuis.

J'ai tout de même un doute, je voudrais bien qu'ils me rendent la carte que le gardien du refuge m'avait prêtée ce fameux soir d'août 1124.

 

 

L'arbre à mots est animé par Soakette. Ava a proposé le mot Ordentelle.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Martine27 18/09/2011 17:12



Tu as trouvé la belle au bois dormant !



Alexandre 31/08/2011 10:07



La patience est nécéssaire pour trouver ces contrées qui passent inaperçues sur une carte. Et il y en a pas mal.



FMarmotte5 31/08/2011 10:29



C'est souvent quand on ne les cherche pas que ces choses arrivent.



ADAMANTE 30/08/2011 22:38



Un vieux souvenir... belle illustration Pierre, je vais lire la suite.



Ava 30/08/2011 00:29



Tu ne peux savoir Pierre, le plaisir que j'ai eu à te lire, surtout que le nom est sorti de mon cerveau, et que tu sais nous emmener dans un univers fantastique à la frontière du rêve et de la
réalité... Un grand merci !



FMarmotte5 03/09/2011 10:39



Merci Ava, c'est un compliment agréable, comme tu vois, je n'ai pas de mal à m'approprier un mot inventé, un challenge pour l'imaginaire très salutaire.


Merci pour ta patience dans une longue lecture, je sais que parfois les formats contes que je fais sont un peu longs pour une page de blog.


Cordialement



Joëlle 29/08/2011 18:03



Tu es véritable conteur Pierre et la lecture sur le fil de tes mots est entrainante, compliments ta participation pour l'arbre
à mots est réussie, bonne fin de jounée



FMarmotte5 29/08/2011 19:35



Grâce à toi , elle a une suite et ne finit pas en "queue de poisson" Un très grand merci Joëlle.



Mireille 29/08/2011 17:27



Bravo pour cette belle histoire...



FMarmotte5 29/08/2011 19:34



Merci



Franklindoeil 29/08/2011 16:54



Qu'elle merveilleuse histoire que tu nous conte avec passion.Bravo à toi.



Maous Artiste Défiant l'Olibrius (c) 29/08/2011 16:42



J'ai commencé á lire l'histoire et allant de surprise en surprise... les écrits sont étonnants, je suis ravie par la chute.
je croyais au départ à un reportage sur une randonnée et puis je me suis laissée entraîner par le rythme de la
lecture.
Bien amicalement, Maous



FMarmotte5 29/08/2011 19:37



C'est un vrai compliment quand on me dit qu'on a été entraîné par le fil des mots. je sais que les chalets d'alpage Autrichiens sont mieux entretenus que celui-ci, y fait on aussi des rencontres
insolites?


merci Maous pour ta visite.



jill-bill.over-blog.com 29/08/2011 15:14



Bonjour Pierre...  C'est surprenant et combien bien écrit !   Jill amitiés



FMarmotte5 29/08/2011 19:38



J'ai été surpris aussi , merci de ta visite.



soakette la sardine 29/08/2011 13:52



une très jolie histoire ! bravo !



FMarmotte5 29/08/2011 19:38



merci bcp



Marine D 29/08/2011 13:31



Il n'y a que toi pour faire de telles rencontres, je vais rêver un peu à cette fée qui reflétait une telle lumière, je n'ai rncontré que la Fée du lac, moi, qui brillait comme l'argent dans la
nuit...



FMarmotte5 29/08/2011 19:41



Je suis sûr que dans le lot de vieilles bâtisses Bearnaises que tu nous montres il doit bien y avoir des rencontres surprisse à faire?


La Fée du lac c'est exceptionnel quand elle se montre.



annielamarmotte 29/08/2011 09:44



bien belle histoire



FMarmotte5 29/08/2011 19:42



Merci Annie, mais elle n'est pas finie .. la suite au prochain numéro.



Robin 29/08/2011 08:28


Superbe participation pour l'arbre a mots !!!


FMarmotte5 29/08/2011 19:43



Merci Robin, c'est pour endormir les petits enfants ;-)