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Publié par FMarmotte5

Qu'importe l'aventure, les péripéties que les uns et les autres ont vécues sur les routes ou les sentiers.

Qui entendra les récits compliqués qui s'allongent passé minuit quand les chandelles meurent et brunissent la sellette avant de s'éteindre ?

Qui lira ces pages jaunies oubliées dans un tiroir de bureau sous des objets désormais inutiles ?

Qui raconteras encore devant un verre à moitié vide cette histoire de la Sylve d’Émeraude alors que le petit public sera endormi sur son coude au bord d'une lourde table de chêne. Les dernières braises crépiteront dans la cheminée et le rêve à la cadence presque monotone du compte et de l'énumération sera revenu fugace. Dans les premiers temps oublié, puis des images feront surface ; des flashs, des réminiscences. Un voile de couleur sur une boule de cristal muette.

 

 

verre d'eau

 

 

Il y aura bien une petite voix chevrotante venant du coin de la cheminée. Il se pourrait qu'un acteur de théâtre fasse vibrer ses puissantes cordes vocales penché sur le lit d'un enfant malade (provisoirement il faut espérer que ce ne soit qu'une indisposition passagère) en lisant ces lignes presque effacées. Le petit fera semblant d'avoir peur, il fermera les yeux pour ne pas voir la chute du Nain dans le puits, le bras levé de l'Elfe de Terre emporté par les masses d'eau d'un torrent impétueux.

Sur le drap blanc, il suivra lentement avec son doigt le chemin dans la neige, les plis se feront collines, ses genoux sous la couette se feront montagnes et pics.

 

Dans le sous bois derrière la maison, la première neige a déjà façonner son histoire, les petits animaux ont fait leurs traces. Ce qui était jusqu'alors invisible depuis le printemps prend soudain la dimension d'une épopée. Peu importe le nom des personnages, c'est comme dans une recette, tu peux allègrement remplacer la noix muscade par le gingembre, le sel par le glutamate, la poirée par un poireau, le vin rouge par un blanc sec, c'est selon ce que tu trouves dans ton placard quand loin de l'épicerie, des invités arrivent à l'improviste.

 

Le bûcheron est rentré du bois, il a ouvert le livre au hasard, Martin est au travail, Inlandir est planté dans la neige, Islandine coule de source, le Nain n'a toujours pas été découvert et on ne connaît pas encore l'identité secrète de l'Aubergiste.

Une page est cornée.

C'est sans doute là que le dernier lecteur a laissé le récit, à moins que le marque-page qui dépasse plus loin en soit le commencement ? Mais les pages sont blanches, l'auteur n'a pas encore écrit la suite et pourtant tout l'été ses personnages se sont promenés, l'Enfant a grandi , il marche... un bien grand mot , il trottine, mais sa mère a le temps. Pour l'instant Yorik a laissé son petit monde dans une clairière près d'une grotte à côté d'une fontaine chantante. Des grappes de fruits mûrs s'épanouissent sur la façade sud et chaude de la falaise. Rien de bien succulent, des nèfles, des poires Saint-Martin, une lambrusque.

 

Pat le Traqueur au devant de son groupe suit des yeux le tournoiement d'Izaz le Vautour, il lui parle, les circonvolutions de son vol sont un vocabulaire plus signifiant que les pattes de mouches trouvées dans le tiroir de la cabane par Mamma Dream.

À chacun sa culture et il n'est pas dit que les civilisations du livre aient le dernier mot, il ne sera sans doute pas confirmé que les traditions orales n'auront pas d'histoire. Qui trouve t-on dans les livres d'histoire ? Les riches, les puissants, rois et reines, présidents, assassins, Ravaillac aux côtés d'Henri IV, financiers, banquiers et voleurs , les Talleyrands et les éminences grises, de lâches Fouquets qui déjeunent au Fouquet's. Les petits grillons comme Jiminy sont des consciences souvent absentes dans les Carlton et Crillon. La maison de pisé de ma voisine tombe en ruine, les ronces recouvrent déjà les monticules de terre mais une rose fleurit encore dans son jardin, elle l'a plantée il y a bien longtemps , elle est plus belle que les dalles de marbre blanc et les gisants de Saint-Denis.

Alors, à quoi servirait-il de se souvenir de tous les noms de cette histoire ?

Goûtez-les comme une oublie craquante mais qui fond dans la bouche, une noix de Chantilly sur un expresso brûlant. L'Auberge est fermée , il ne sera donc pas question de se retrouver autour d'une table pour une conclusion.

Il me faudra sans doute ouvrir enfin la carte et voir où ils en sont. Les rêves des uns, des unes et des autres se sont envolés dans les nuages. Dans le cortex de leurs cerveaux en ébullition, il a été difficile de suivre les chemins oniriques d'Inouk, les chants de Zorha, le mouvement des lèvres muettes de Lifeline, la danse des mains de Tupinamba, les messages télépathiques de Razazel (entre parenthèses personne n'a encore pu me dire si c'était un ange, un elfe ou un extra-terrestre, peu importe il débarque dans l'histoire.) C'est lui qui va décrypter les traces laissées ce matin dans la neige : petites pattes de souris, traînée d'une queue d'oiseau ou de rougeur, sinusoïde improbable d'un reptile au sang chaud, bonds allongés de gerboise, reptations laborieuses jusqu'à un trou noir et profond mais tout de même garni de brindilles d'herbes, de poils, de feuilles mortes.

 

Dans un vieux cageot de fruits j'ai retrouvé une partie de mon manuscrit, illisible, des petites dents en avait fait un coin douillet pour y déposer une nichée maintenant en vadrouille dans la grange. Il y a de quoi manger, racines jaunes (c'est comme ça qu'on appelle les carottes ici) et carottes rouges (c'est comme ça qu'on appelle les betteraves rouges ici.) Dans la « cabane au fond du jardin » pendues à un clou des pages déchirées ont fourni les feuillés pour les envies pressantes de l'été après les cures de framboises, groseilles et cerises grappillées sur les branches.

C'est là qu'elles sont les meilleures.

 

Il semblerai que l'espoir renaît, Ia dit avoir entendu des ronflements sonores à l'orée du bois, son verre  est à moitié plein, elle garde une bonne dose d'optimisme.

Akiiko regarde dans le ciel ce qui grand comme une galaxie peut aussi être petit qu'un nautile, une ammonite pétrifiée. Nul besoin d'être mathématicien pour admirer la disposition en fractale des graines dans la fleur de tournesol, les rayons des cristaux de neige qui fondent ce matin dans ma main et me font encore douter de la réalité de mes rêves.

 

Oubliés, il me reste un verre d'eau fraîche pour me désaltérer. Il est posé sur la table ça sent bon les copeaux de bois, la paille, le crin d'un berceau. Le chenaux percé rythme de son goutte à goutte la petite chanson qui reprend dans ma tête en martelant du bout des doigts, les touches d'un clavier tempéré.

 

 

36.Le « Dit » de la Sylve d’Émeraude 4. L'oubli  VIII. La Croisée des chemins.

 

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Maous Artiste Défiant l'Olibrius (c) 12/01/2012 21:11


Un conte pour les grands, chargé d'émotions et truffé de jeux de mots. L'écriture est un vieux rêve... le manuscrit ressurgit.
Bien amicalement, Maous

ADAMANTE 07/01/2012 12:13


Si tu publies, le livre sera chez moi, auprès d'autres qui me font rêver. Je l'espère pour nous deux et tout plein d'autres qui aiment ce conte. Pas de neige ici, les risques sont moins naturels.
Amitiés

FMarmotte5 07/01/2012 15:33



Quand j'ai suivi tout le travail de mise en page : police, caractères, marge, qu'a fait Quichottine pour les 2 recueils pour "Rêves" ça me fait un peu peur je ne pense pas avoir cette patience...
relire, mettre en forme etc... on verra ça plus tard. par contre je trouve que "book edition" font de beaux ouvrages, les pages tiennent, le papier est agréable et en plus je n'ai aucune idée des
prix pour une auto-édition?


Bonnne fin de semaine.



Iserine38 07/01/2012 00:27


Merci de me faire retrouver la suite de ce conte que je lisais avec plaisir.

FMarmotte5 07/01/2012 11:54



J'aurais pu le nommer aussi "le Souvenir" car il est toujours très présent. Je suis très touché de ton passage sur ces pages. L'été et les travaux du jardin me sont peu propices à l'écriture
suivie, c'est dur parfois.


Les chapitres suivant portent des noms, la trame est là, une écriture un peu décousue mais l'expérience était de faire une genre de "feuilleton" en blog écrire et voir?


Cordiales et affectueuses pensées.



Quichottine 06/01/2012 23:33


J'ai cru entendre Bach... et puis brusquement, une petite fille jouait quelques notes sur le vieux clavecin oublié lui aussi, quelque part, dans le fond d'un très vieux château.


Au coin de la cheminée, l'ancêtre sait encore les mots que la petite souris des champs a grignotés... elle, elle a des excuses, elle ne sait pas lire.


 


Elle ne savait pas combien ils comptaient, elle a trouvé au papier un goût différent, c'était celui du temps qui passe, de l'encre qui vieillit, cette odeur si spécial des vieux manuscrits.


 


Aujourd'hui, aurons-nous encore la chance de pouvoir ouvrir nos vieux cahiers, d'en déchiffrer les mots au lieu de les deviner, d'anticiper la lecture en sautant le plus important : la tâche qui
câchait le mot qu'il ne fallait pas écrire, les mots secrets, ceux qui ouvrent la porte des rêves ?


 


Je ne sais pas... mais le bûcheron sait qu'il y a là des merveilles.


 


Je ne crois pas me tromper.


 


Un verre à moitié vide est aussi plein à moitié... Il reste la saveur du souvenir des mots lus, des mots écrits et cette sensation-là ne sera pas oubliée.


 


L'enfant qui est dans le berceau, lui, apprendra à les connaître, ces noms qui fusaient autrefois tandis que la petite troupe découvrait la forêt, la montagne, et les êtres qui y vivaient.


 


Douce soirée, Pierre. Merci pour cette merveilleuse page.

FMarmotte5 07/01/2012 11:59



Un grand merci pour ce mot qui va m'encourager à poursuivre je n'ose pas espèrer tempêtes de neige, pluie et froid (j'aime aller faire du ski et les gens qui viennent découvrir la montagne
aussi!).


La petite souris à laissé quelques mots en bas, où le parpier est moins tendre ça devrait suffir pour raffrîchir la mémoire.


Bonne Faim de semelle disait le vague à Bonds.



ADAMANTE 06/01/2012 19:06


Je reviendrai te lire un peu plus tard, je veux prendre mon temps, cette histoire me plaît. Amitié et à plus tard.

FMarmotte5 07/01/2012 12:01



Les lignes sont là et je n'ose espèrer les voir un jour sur du vrai papier?


Amitiés et fait attention à la glace sous la neige.