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Publié par FMarmotte5

Passé le cairn du col , il n'y eut pas de surprises, les indications du Porteur se sont toutes avérées utiles , judicieuses et justes. La neige sur ce versant nord en hémisphère sud était moins profonde, Manos et les siens eurent tôt fait d'atteindre le champ de lapiaz sec et stérile où ils ont même aperçu l'ombre fugace d'un gros lézard de montagne, une espèce sensible en voie d'extinction propre au biotope si particulier des ces zones calcaires et sans eaux dont la maigre végétation calcicole présentait l'unique apport nutritif pour ces animaux frugaux et discrets.

 

Pas de pelouse alpine de transition , mais plus bas sous une masse permanente de nuages, la haute forêt pluviale avec ses à pics, ses sangles que quelques sentiers parcouraient. C'est sans appréhension qu'ils sont entrés dans la mer de nuage, épaisse, en quelques mètres la visibilité devint presque nulle.

 

Chasseurs anciens, mais depuis quelques siècles, les Nains en quête de minerais rares fréquentaient ces régions inhospitalières qui demandaient une autonomie à toute épreuve pour y survivre.

Bien que parfois, sur une fausse piste, malgré l'intuition de Pat, ils ne comptaient plus les dénivelés. Parfois au bord d'une falaise, il leur fallait rebrousser chemin et prendre une autre direction, remonter des pierriers glissants, s'accrocher à des pins déformés pour passer une courte barre. Les cairns étaient parfois enfouis sous des lianes, des clématites, des lierres rampants, ou, carrément éboulés dans une combe suite à la chute d'un arbre mort de vieillesse, ce qui était plutôt réconfortant pour leur quête, bien qu'ils savaient pertinemment que le « Raisin de Renard » était inconnu en dessous de l’Équateur.

 

Mouillés jusqu'aux os, une large piste s'est ouverte devant leurs pas, au loin une belle perspective s'échappait sous le couvercle de plomb des nuées, le petit édifice de pierre faisait figure de grotte, de trou, de baume succincte, il l'aurait peut être manqué si une faible fumée n'avait pas stagné dans le sous bois. L’absence de vent ne permettait pas aux volutes grises de s’élever vers la canopée, ce n'est qu'à une centaine de mètres de la porte que les odeurs du feu devenaient perceptibles à leurs narines habituées aux essences glaciales des granits, des froids abîmes, des lichens endormis quittés depuis l'aube.

 

cabane de nain

 

La façade ne mesurait guère plus de 1 mètre 75 de haut sur 3 mètres de long. Il semblait que le savoir faire des constructeurs en pierre sèche était parvenu jusqu'ici, sans doute les Nains, habiles au maniement des pics, des burins et des ciseaux. L'angle nord bien droit, avait nécessité l'usage du fil à plomb, le linteau grossier de la porte était horizontal, l’équerre parfaite avec le dormant ne jurait pas avec les proportions de l'ensemble. Manos connaisseur aurait pu faire un cours sur le Nombre d'Or, mais la situation ne s'y prêtait pas. Sur une immense séquoia, Isaz, leur vautourTotem les avait rattrapés, il avait passé les cimes en utilisant les vents ascendants avec moins d'efforts que ces 4 êtres fatigués sans domicile depuis des jours, à bout de réserves et de forces.

 

La porte basse n'était pas verrouillée. Les gonds n'ont pas grincé quand Pat le Traqueur l'a poussée. En Bush-man averti, c'est avec prudence qu'il est entré le premier, peu habitué aux constructions de pierre, il aurait préféré entrer dans une hutte de branchage, un tente, même une yourte bien qu'il n'en ait jamais vu.

 

Au centre : une table avec un tiroir, de chaque coté un banc de bois, sur le mur du fond une cheminée ouverte fumait encore. Le feu ne crépitait pas, mais une forte couche de mousse encore fraîche faisait fumer le foyer doucement et maintenait les braises à l'abri d'une combustion rapide, il ne leur faudra qu'attiser un peu les charbons ardents avec du bois sec dont une petite réserve garnissait un des angles de la cabane pour faire repartir de belles flammes chaudes aux couleurs profondes et oubliées. Ce fut la première chose qu'il fit avant de poser son baluchon, ses amis entraient plus confiants, seul Manos fit le tour de la cabane avant d'y pénétrer en se courbant à cause de sa haute taille. Même à l’intérieur il gardait le dos un peu voûté. Il ne tarda donc pas à s'asseoir sur un des banc pour soulager une fatigue qu'il ne portait pourtant pas sur son visage toujours stoïque, les yeux confiants et la démarche sûre.

 

Le Porteur s'était sans doute arrêté aussi en ce lieu, il leur avait dit que le sous-bois était plein de myrtilles. L'orage menaçait, ils iraient aux myrtilles plus tard. A l'arrière de la petite maison, (masure, jas, borie) un bassin de pierre taillée recevait l'eau en abondance, Zohra eut vite fait de trouver un petit chaudron et y faire chauffer de l'eau pour infuser des herbes toniques tirées de son sac.

 

Au dessus de la cheminée, une petite échelle montait dans la sous-pente, Mamma Dream curieuse s'y aventura malgré les échelons fragiles , l'un manquait vers le haut.

Une petite fuite sur le toit de lauze formait une gouttière sur le plancher couvert de poussière. Dans un angle, un tonneau au sec contenait des graines de quinoa, avec une mesure taillée d'une seule pièce dans une matière inconnue douce, légère, rigide et pourtant solide. Elle ne pouvait tenir debout sous le toit, à genou avec précaution elle remplit un tissu tenu aux quatre coins afin de descendre quatre bonnes portions de fines graines nourrissantes. D'autres objets sans grande utilité avait été oubliés dans ce grenier. Une ficelle, une écuelle de terre cassée, une chaussette dépareillée, un grand mouchoir à carreau dans un état rebutant et guère encourageant ne méritaient ni une quelconque récupération, ni leur énumération superflue.

Lorsqu’elle descendit, ses amis buvaient lentement le breuvage aromatisé de Zohra, tous furent heureux d'apprendre que ce soir, ils pourraient avoir le ventre plein. Manos n'avait jamais mangé de quinoa.

Ils étaient tous en manche courte, leurs épaules fumaient ; les pelisses, manteaux , ponchos, polaires et feutres suspendus aux clous du plafond fumaient aussi. L'ambiance aurait pu être qualifiée de conviviale.

 

Presque à la  « maison » dans cette cabane de nain, après discussion ils étaient tous tombés d'accord que ce ne pouvait être qu'une cabane de Nain, seuls les Nains avaient poussé si au sud leurs pérégrinations. Les terres de la Sylve depuis longtemps avaient été prospectées et ne possédaient en sous-sol aucun minéral susceptible d'être exploité de façon pérenne, sauf peut être un petit gisement de tourbe. Mais cela n'intéressait pas les Nains, leur science concernait des matières plus nobles selon leurs valeurs : l'or, le platine, le cuivre, rien de bien dangereux, les isotopes lourds dont les vapeurs de radon emplissaient les caves de Celtie n'étaient pas de leur compétence. Ils ne dédaignaient pas non plus de beaux cristaux, le béryl en particulier délaissant les diamants sans couleur, les rubis traditionnels et somme toute pas si recherchés que ça.

 

Toujours curieuse, Mamma Dream assise devant le tiroir l'ouvrit sans difficulté. Les autres, appuyés dos au mur se reposaient en silence, Pat avait sorti sa pipe d'écume de mer pour fumer les quelques grammes de tabac encore sec qui lui restaient au fond d'une poche discrète. Mamma mis les mains dans le tiroir afin d'en explorer tous les coins , quand ses doigts se sont arrêtés, tous les regard se sont tournés vers elle car son visage surpris semblait exprimer sinon la peur, du moins une expression de surprise comme si elle s'était fait mordre par une souris ou piquée par un insecte invisible caché dans les tréfonds du bois.

Avec délicatesse, elle en sortit un rouleau de feuilles de papier à dessin tenues par un bout de ficelle sans boucle mais verrouillé de plusieurs nœuds hâtifs. Elle prit l'initiative de la couper avec les dents faute d'avoir une lame sous la main. On ne peut pas dire qu'ils étaient fébriles. Manos s'est penché en avant en prenant un brandon dans le feu afin d'éclairer les pages.

Quatre feuilles de même format s’étalaient devant leurs yeux.

Le papier craquant ne s'était pas encore imprégné de l'humidité ambiante.

 

34.Le « Dit » de la Sylve d’Émeraude.

2.La cabane du Nain. VIII .La Croisée des chemins.

 

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Marine D 22/03/2011 11:40



Tu as raison on doit se limiter et je l'ai fait assez vite lorsque j'ai eu mes propres chevaux, fini, ski, voile, il faut choisir et c'est à cheval que j'ai admiré ces cabanes en pierre sèche et
oui, les Cévennes en comptent aussi, bien sûr... en juin j'espère,  l'Ardèche et un peu autour mais en voiture ...



FMarmotte5 24/03/2011 11:17



Bonjour Marine, de longues randos à cheval doivent aussi être une expérience passionnante.



écureuil bleu 20/03/2011 16:39



Tu sais brosser les personnages et ménager les uspense. J'ai hâte de savoir ce que contiennent ces feuillets...



FMarmotte5 22/03/2011 09:01



Merci, va savoir?



Marine D 18/03/2011 21:06



j'ai tiré quelques bords dans ma jeunesse et même fait un peu de wind-surf, enfin j'avais déjà 30 berges... pas championne non mais c'était sympa, je regardes Thalassa en Namibie et de sublimes
voileux et je les envie !



FMarmotte5 22/03/2011 08:54



Bonjour Marine, j'ai vu cette émission en Nanibie, de vrais pro, comme ceux qui font les X games en ski. ça m'a passé ;-) je vais vers la contemplation la joie de l'instant. j'ai fait un peu de
dériveur mais jamais de longues sorties. Coût , éloignement j'ai gardé lamontagne et le jardin. La vie est belle on dit qu'il ne faut pas courir après deux lièvres à la fois.Alors la voile peut
être dans une autre vie.


Passe une bonne journée



Clo :0038: 18/03/2011 19:42



La-sui-te !


La-sui-te !


La-sui-te !


Bonne soirée Pierre ;)



FMarmotte5 22/03/2011 08:49



Voilà un encouragement salutaire Merci passe une belle journée



Marine D 18/03/2011 13:49



Alors il faut attendre la suite, qu'y a-t-il sur ce parchemin ? une carte au trésor, des révélations incroyables, qui vont changer le monde ?  Tu nous tiens en haleine, Pierre !


J'aime ces petites cabanes de pierre sèches comme on en voit en Provence ou dans le Lot...
Bisous Pierre 



FMarmotte5 18/03/2011 19:09



Hier soir ne regardant la "Grande librairie" une auteure Norvégienne donnait la recette du suspens, alors dès aujourd'hui j'essaye : une lettre mise de coté , on attire l'attention dessus et on
l'oublie, même si elle n'a pas d'importance dans le récit, ça suffit pour mettre le lecteur aux abois!


merci de ton commentaire, j'ai plein de petites photos de randos que je n'ai pas exploiter la cabane de nain se situe en Lozère, sur le Stevenson.


Bon week end et bisous pour t'aider à tirer des bords sans faire fasseyer la voile brune du forban.



Alexandre 18/03/2011 11:24



Une vieille cabane qui a survécu malgré le temps.



FMarmotte5 18/03/2011 19:09



toujours debout pour des générations de nains qui y passent en allant aux mines!



m'annette 17/03/2011 19:18



aujourd'hui était un jour de dépôt de com sur mon blog?


je t'ai répondu, mais c'est une conversation qu'il faudrait avoir sur le sujet!


je dois être trop vieille pour être admirative devant un peuple, les mythes et les rêves sont au placard, derrière les toiles d'araignée!


et les aléas de la vie m'ont rendue très méfiante!


mais j'aime rêver devant une cabane comme celle que tu "racontes"..


bonne soirée



FMarmotte5 22/03/2011 08:40



Merci, parfois tu as raison un peu se silence au milieu de toute cette cacophonie radiophonique



maeldune 17/03/2011 18:48



On s'attache aux pas du Porteur ***au coeur de pierre***


aussi sûrement qu'à l'espoir !



Adamante 17/03/2011 17:46



Je n'ai pas le temps de tout lire mais je reviendrai au calme comme il se doit pour ce "dit" qui méritera une publication. En attendant bravo pour la photo, elle donne envie d'écrire.


Amitié et à très bientôt (même si je ne laisse pas de mot, je reviendrai lire.) Adamante



FMarmotte5 17/03/2011 18:45



no problem! Adamante, internet me pousse un peu à écrire mon histoire qui sans le blog serait certainement en rade dans un tiroir comme d'autres ébauches. Si les gens lisent alors c'est sûr que
je suis content, il m'arrice de faire de m^me je fait mes com tous en m^me temps et me garde les temps de lecture pour des moments plus personnels.


Amitiés bonne soirée à toi