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Publié par FMarmotte5

Dans un royaume lointain de l'Orient extrême, si extrême qu'il pourrait être proche, vivait une Princesse à la peau si pâle qu'elle en était translucide. Ses parents à la naissance ont cru donner naissance à une fée. Elle grandissait en sagesse, en intelligence et en beauté sans l'intervention ni de prêtres, ni de maître ni de gouvernante. Quand elle eut atteint ses 21 printemps , elle vint voir ses parents fort occupés dans l'administration de leur royaume et humblement en baissant la tête selon le protocole, elle leur demanda d'une voix à peine perceptible mais autoritaire.

-« Père, Mère j'ai atteint l'age de me marier avez vous pensé à me choisir un époux ? »

- « Hélas ma fille regarde ta peau si fine et transparente, l'attache de tes poignets si fragiles, l'empreinte de tes pieds si délicats, ta taille ténue, tes cheveux de vent, quel époux pourrait prétendre te prendre dans ses bras sans te briser ? »

 

Sans un mot la Princesse se retira de la grande salle du palais, en reculant sans même oser lever la tête afin d'éviter le regard dur de son père et les lèvres pincées de sa mère.

 

Mais en sortant avant de franchir le seuil de la grande porte d'or qui clôt la salle du trône, une larme de cristal a coulé de ses yeux rougis par le chagrin. Elle est venue se briser sur les dalles de faïence répandant des milliers d'éclats sur le sol jusqu'aux pieds du couple de souverains.

 

Broucougne de cristal

 

Le roi s'est baissé pour en prendre un morceau, dans sa main le petit morceau de verre s'est mis à briller d'une lumière encore jamais vue. Il a tendu la main vers sa femme et tous les deux purent entendre la voix cachée d'un génie leur dire.

« La Princesse mourra si avant l'hiver elle ne se marie pas, celui qui l'épousera sera le Maître du Broucougnier. »

 

Ils laissèrent la nuit passer, croyant qu'au matin cette vision aurait disparu. Tout au contraire, la nécessité de réaliser la prophétie de la larme de cristal devint pressante dans leurs cœurs tristes.

Sans réunir le conseil, le roi dicta une quête à son greffier avec l'ordre de la diffuser dans tout le royaume.

« Le Maître du Broucougnier est prié de se présenter sans délais au palais. »

 

Par monts et par vaux, les crieurs se firent l’écho de cette quête surprenante car bien entendu personne dans le royaume ne connaissait le Maître du Broucougnier et encore moins, savaient ce qu'était un Broucougnier.

 

Tout l'été, des usurpateurs se sont présentés au grand conseil que le roi avait réuni à cette occasion. Certains apportaient un oiseau bariolé, d'autres venaient avec un livre couvert de signes étranges, un grand chevalier à la bonne mine présenta un animal à cinq pattes, un homme venu de l'autre coté de la mer montra un chapeau de plumes multicolores, les mots ne suffisent pas à décrire toutes les merveilles qui défilèrent devant la cour. Mais aucun n'était le Maître du Broucougnier, la Princesse dépérissait sans sortir n'exposant pas son corps sensible au soleil exceptionnellement chaud de cet été de sécheresse. En automne malgré les orages, le même manège occupa chambellans et ministres sans plus de résultats.

 

La première neige se mit à tomber quand tous désespéraient de ne pas trouver celui qui pourrait prétendre à la main de la frêle Princesse. Une nuit, quelques jours avant l'hiver des coups répétés se firent entendre à la porte de la tour de garde. Les sentinelles endormies comme de coutume se réveillèrent en sursaut et de fort mauvaise humeur.

Sur le pont-levis, un petit être blanc portant une besace couleur de neige dressait la tête vers la meurtrière.

 

- « Ouvrez moi, je suis le Maître du Broucougnier».

Incrédules, les gardes le firent répéter.

-« Je suis le Maître du Broucougnier ».

Aussitôt un des leurs se dépêcha auprès du roi qui maugréant sur l'heure prit la peine de s'habiller , il réveilla la reine et demanda aux gardes d'introduire ce nouvel imposteur.

Outrepassant tous les protocoles, le petit homme frêle s'avança vers le couple royal et déposa à leur pieds son sac couleur de neige, il étala au sol le grand tissu qui le composait et récita dans une langue inconnue quelques incantations.

- « Broucou,coucou, broucoucou, cougnier, cougnier, broucougnier ! »

 

Lentement un arbre se mit à pousser au centre de la salle enfonçant ses racines entre les dalles, faisant craquer les pierres des colonnes, fissurer les voûtes du plafond. Quand il eut atteint le sommet du grand dôme, ses branches se garnir de fruits particuliers et étranges.

Le petit personnage tendit la main afin d'en cueillir trois.

Dans sa main presque aussi transparente que celles de la Princesse, il montra à toute l'assemblée sa cueillette.

- « Voici les fruits du Broucougnier.

 

Broucougne de pierre

 

La Broucougne de pierre,

 

Broucougne de noix

 

La Broucougne de noix,

 

Broucougne de soie

 

La Broucougne de soie.

 

Donnez moi un bloc de glace, un marteau et un sceau d'eau bouillante».

 

Le roi perplexe donna ordre de satisfaire sa demande incongrue.

Le visiteur nocturne lança la pierre sur la glace, elle se brisa en une fine poudre grise.

- « Ce sera la couleur de ses yeux ! » dit le Maître du Broucougnier.

 

Il cassa la noix et s'en frotta les mains blanches qui devinrent d'un beau brun ambré.

- « Ce sera la couleur de sa peau ! »

 

Il plongea la Broucougne de soie dans le sceau d'eau bouillante attrapa le fil très fin qui s'en détachait et commença à le dévider afin d'en faire un écheveau .

- « Ce sera la texture de ses cheveux ! »

 

Le roi dans tous ses états, fatigué par sa nuit blanche commençait à s'impatienter, il voyait en cet homme un roublard de première, comme ses prédécesseurs, il le fit saisir par les gardes afin de l'emmener au plus vite. Au moment de franchir la porte, une larme de cristal coula sur sa joue et vint se briser sur les dalles froides du palais, nous étions le 21 décembre au matin.

 

Nul n'a jamais pu savoir ce qu'est devenu ce royaume, mais depuis cette maudite nuit, quand votre fille pleure, écoutez la et prenez dans vos mains une de ses larmes, c'est une larme de Broucougnier.

 

PF

 

 

Le mot de Broucougnier est de M'Annette pour l'Arbre à Mots du Balisier de Couleurs chez ff.

 

 

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Franny 19/04/2011 14:40



Suite à ton com sur mon blog, je suis venue voir ta participation. Et... whaou !



écureuil bleu 17/04/2011 15:39



J'aime beaucoup ton conte philosophique, sur ce maître du Broucougnier. Il faut écouter ses enfants et partager leur chagrin. Bisous



FMarmotte5 18/04/2011 18:53



Un thème recurent sans allusion psychanalitique ;-)



Jeanne Fadosi 14/04/2011 23:06



C'est un bien joli conte ... et pourtant combien de filles continuent à pleurer !
Belle fin de semaine 



Claudine 14/04/2011 13:23



Superbe légende. Bravo.



Malivoyage 14/04/2011 08:39



je vois, on brode, aussi par ici ; on broucougne...



FMarmotte5 14/04/2011 09:51



Broder, c'est le mot pour un bavard sur le papier comme moi.



Sofya 13/04/2011 12:38



Merci beaucoup pour cette très belle légende.



FMarmotte5 13/04/2011 15:51



un vrai plaisir à raconter.



Auryne 12/04/2011 08:15



très belle légende , j'en reste rêveuse



FMarmotte5 14/04/2011 09:47



Merci bcp , elle n'est pas dans les "Mille et une nuit".



Quichottine 11/04/2011 20:41



Merci pour cette légende, Pierre.


Les larmes du Broucougnier ne seront pas perdues.



FMarmotte5 13/04/2011 15:47



Une larme n'est jamais perdue, si elle tombe une fleur peut en naître. Tu as du reconnaître la trame classique des contes : princesse, père sévère, mariage, magie... j'ai juste transposé ces
thème universel au goût du Broucougnier. Encore une forme de jeu.



Martine du JdV 10/04/2011 18:23



joli conte plein de sagesse et d'originalité, j'aime à croire que leurs enfants peau brune, cheveux clairs et yeux gris sont devenus les elfes ....



FMarmotte5 11/04/2011 10:38



 tout à fait ça des Elfes aux yeux gris j'ai oublié de parler de leurs oreilles en pointe!



Emilie 08/04/2011 23:24



C'est vraiment une très belle histoire. Bravo pour ton imagination.



FMarmotte5 11/04/2011 10:42



Une fois lancée l'imagination vient comme une "mécanique"  toute seule. merci de ta visite.



Clo :0038: 08/04/2011 20:53



Comme d'habitude, j'ai bu chacun des mots de ce conte.


Tu devrais vraiment publier !!!!



FMarmotte5 09/04/2011 09:45



J'entasse les pages, je vais trier, j'écris un grand et long conte : "la Sylve d'Emeraude" après je vais voir , plus tard. merci pour tes encouragements;



JA 08/04/2011 20:37



Joli conte, pas de fée, mais de Broucougnier....


Avez vous entendu cette sombre histoire de décès avec une noix " de Grenoble " au Canada!!!!!


a bientôt


JA



FMarmotte5 09/04/2011 09:44



grâce à votre information je suis allé voir, cette histoire un peu flou. Il semblerai que ce sont des noix de Californie dont les conditions de logement des ouvriers saisonniers laissent à
désirer aux USA? heureusement qu'il n'importent pas de Roquefort, vacherin du Mont d'Or et Saint Marcellin au lait cru sinon la France serait encore responsable de toutes les contaminations
alimentaires. Un genre de xénophobie.


je reste dans le songe et le rêve , la réalité des informations m'exaspère!


passez un bon week end



Ava 08/04/2011 15:21



Que c'est beau ! j'adore ce genre d'histoire : illustration parfaite.


Merci 



Marine D 08/04/2011 13:48



Je ne sais pas si c'est très gai une larme de broucougnier alors, Pierre, mais quelle imagination ! 



FMarmotte5 09/04/2011 09:51



C'est pour changer du classique : "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants!"et puis qui sait , ils sont peut être partis ensemble loin de cette cour froide et sans Amour? la fin est à
la discrétion du lecteur.



Ountés Passat 08/04/2011 13:17



How maquarèl... Quelle histoire...


On s'y croirait ! Tu es sûr que c'est une histoire vraie... ?



CRBR 08/04/2011 12:54



c'est excellent , bravo pierre!



Lenaïg Boudig 08/04/2011 11:27



Bonjour Pierre. C'est joli, ici. Je n'ai fait que survoler, en reconnaissance, comme un oiseau (on peut rêver, c'est même recommandé !) ... Je suis déjà charmée par les mots que j'ai aperçu, par
les images et par la musique. Je reviendrai, promis. Bises à toi.






Eglantine-Lilas 08/04/2011 11:05



mais que cette histoire est belle malgré une fin un petit triste ...je me suis laissée prendre comme un enfant à qui
on raconte un beau et meme tres beau conte


et puis le conseil de la fin n'a pas de prix , les larmes d'un enfant c'est si précieux ..


merci maitre Pierre



m'annette 08/04/2011 10:27



quelle merveilleuse histoire!


merci d'avoir écrit si joliment sur ce mot un peu déconcertant!


bonne journée



ff 08/04/2011 10:09



je n'ai pas de fille mais je ferai avec ma nièce c'est presque pareil dans mon coeur trop joli!!! merci pierre
(j'aime bien la broucougne de pierre^^)



chatdunet 08/04/2011 08:59



je reste sans voix...c'est magnifique...