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Publié par FMarmotte5

Personne ne sait vraiment ni quand, ni où la roue a été inventée. C'est le symbole des peuples nomades, on la retrouve comme la croix dessinée sur des peaux de tipis d'Amérique du nord bien avant l'arrivée des Caravelles de Colomb et pourtant Apaches et Sioux ne connaissaient ni la roue ni le cheval, ils attelaient des chien à de sobres brancards de bois. Les rondeurs de fins réseaux piègent encore les rêves.

 

Du symbole à la réalité ? Je n'en ferais pas une thèse, il suffit de lever la tête vers les étoiles quand le ciel d'hiver est clair pour voir se dessiner tout un bestiaire que les civilisations avant nous ont imaginé sous toutes les latitudes.

Le Peuple Berbère retrouve sa langue et sa culture, sur les parois des grottes de l'Atlas, l'homme debout les bras levés était là déjà peut-être avant eux ? Girafes, hippopotames, lions et gazelles parcouraient une savane aujourd'hui disparue. Arcs et flèches rayent le granit.

 

Barques et chars votifs de bois ouvragé, d'or, de bronze s'entassent dans des tombes encore inviolées. Des cuivres repoussés sont autant de bracelets, de pendeloques lunaires, colliers et bagues. Des disques solaires attribuées aux celtes ou bien avant eux à certains groupes du néolithique contiennent des mystères qui résistent aux logiciels mathématiques les plus performant.

L'enfant possède encore un petit jouet de bois, c'est un petit chariot attelé à un cheval. En fermant les yeux, il en connaît les contours, les lignes, le grain du bois, il connaît les marques du ciseau à bois de Martin. Sans demander à qui que ce soit, il sait d'où vient cet ouvrage dénué de sens pour certains ; pour lui un trésor.

C'est le seul cadeau qu'il ait jamais reçu.

 

Jouet cheval et charrette

 

 

Brinquebalant après toutes ces lieux sur des routes difficiles, la roulotte du Gitan arrive tant bien que mal à fendre la foule en marche vers la croisée des chemins. Des signes de têtes, son allure est si lente que de vieux amis viennent faire la causette au pas du cheval.

Le « pas du cheval » , une allure comme une horloge, un tic-tac tagada.

Oh ! Hu ! Ho ! Pas de grandes confidences, des choses du quotidien, de la survie. Où on a couché, les jours de jeûne, les pieds abîmés, les rivières en crues, les vêtements mouillés pour traverser un gué.

« On a vu des roues de moulin arrêtées, les meules jetées dans l'herbe. »

 

Meules

 

 

« Des cerclages de fer accrochés aux murs de granges abandonnées . »

« Plus rien ne m'étonne ! » Répond Tupinamba juché sur un caisson au dessus de la roue. En face, Akiiko reste silencieuse, sont fils commence à marcher, il gambade en tenant la main d'Inouk qui le fait rire en lui racontant des histoires de son pays en les illustrant d'un jeu de ficelle avec les mains. Des élans, des loups, des huttes, des cabanes, des assiettes, des bols, un bol sur l'assiette. Akiiko rit de ces futilités, c'est bien là qu'est le bonheur, dans les futilités, les choses simples.

 

Sur d'autres traces, un homme dont la forte stature fait impression avance tête baissée, il est impressionnant, personne n'ose lui adresser la parole, son visage est caché par le lourd ourlet d'un capuchon de lin ocre. Le tissu est rêche au touché, l'usure fait briller ses coudes. L'homme marmonne des mantras avec calme, personne ne semble connaître cette langue. Qui s'inquiète d'ailleurs, le monde s'ouvre ? Les mains de l'homme sont rugueuses et larges, il tient à pleine main un chapelet de perles d'os rondes aussi. Tous les 108 pas, un petit pompon dans sa main lui signale qu'il a accompli un cycle.

 

 

Loin derrière, une ombre se faufile dans les taillis, traverse fugacement le chemin, se cache derrière le tronc d'un gros arbre. Une étincelle dans les yeux de cet être possède la lumière du soleil. Personne ne s'en émeut, c'est dans l'ordre des choses qu'il revienne. Nuage de Silence laisse parfois tomber des ses mains un morceau de pain , une châtaigne, un os pour lui. Son instinct intact de Peuple des Grandes Plaines lui a ouvert les yeux sur l'identité de ce qui pour beaucoup n'est encore qu'une ombre. Intérieurement, elle sourit, elle sait que les choses vont aboutir bien qu'elle ignore les voies sinueuses que le destin va employer afin de remettre chaque pièce du puzzle à sa place.

Comme souvent elle craint qu'arrivés à l’échéance du temps requis, le dernier élément manque, la dernière cheville qui maintiendra la roue sur l'essieu, la clé de voûte, le mot dans la case d'une grille, un chiffre dans un sudoku, la couleur sur la palette d'un peintre, un clic dans un casse-tête, une petite longueur de corde qui soutient le poids d'un pendule, une carte manquante dans un Tarot, une petite pièce dans une bourse pour faire l'appoint.

 

Le soir tombe.

Zorha lève la tête, les étoiles s'allument une à une. Elle sait qu'il n'en manquera aucune comme elle a la certitude que demain le soleil se lèvera. Quoi de plus banal qu'un lever de soleil et pourtant ce spectacle inspire depuis l'aube de l'humanité, les artistes, les prêtres, les chamanes, les poètes, les hommes de science, druides et mages, enfants et vieillards, prophétesses et pythies, maîtres d'école et précepteurs, calligraphes, sculpteurs de pierre, ébénistes, chanteurs, musiciens, lettrés et fous, ravis, citadins et paysans, solitaire et fêtards en cohortes.

 

Le sable d'une plage australe emplit une des poches de Joss III. La terre, le pays, de temps en temps il y plonge sa main, le sable coule dans ses doigts, s'insinue sous ses ongles, colle aux lignes de sa paume moite aux souvenirs de ses origines, de cette si longue marche, de tous ces visages nouveaux rencontrés, de ces larmes essuyées parfois un soir de solitude.

 

La Grande Rivière n'est pas loin, Yorik courre de partout afin de guider les uns et les autres. Les hommes du village malgré leurs nuits d'un sommeil sans rêve, l'angoisse et les fatigues des journées sans couleur, ont bien travaillé, le pont a été reconstruit après les glissements de terrain, de belles pierres de taille plongent dans les eaux dorénavant claires du fleuve. Les pierres massives forment des angles droits parfaits, la grande arche s'élance arrondie comme un sein nourricier vers le ciel, le bras protecteur d'un ami sur une épaule, la branche d'un arbre pour une balançoire improvisée.

 

Charrettes, chevaux, bottes et chaussures de cuir, sandales, pieds nus, cercles de fer des voitures, patins de traîneaux d'osier, chaussons, espadrilles, pattes crochues, ongles, coussinets roses et tendres ; ils roulent, glissent et marchent, sautillent, piétinent, s'arrêtent, courent, tournent, dansent. Il n'y a bien que les pantoufles qui sont rares.

Kaunan dans le lit du fleuve lance un éclair et fait le lien entre deux mondes, plus haut Islandine n’a pas bougé de son antre de mousse émeraude. Berkanan est perché sur le parapet, ils se lisse les plumes de sa patte gauche avec l'adresse d'un chat qui fait sa toilette. Quand il vole ou quand il est perché sur un arbre, il est lui aussi un archétype au même titre que ce pont, que la roue de la roulotte du Gitan, que le cairn au col, la lune dans son trajet nocturne si rapide, l'arbre au centre du bois, la ligne de l'horizon.

 

Passer du symbole à la réalité, les peuples en marche n'ont eu cesse d'en noircir des pages, d'en couvrir les parois des cavernes, des mains en pochoir, des cornes, des mammelles, des membres dressés, des montagnes, clochers, ziggourats, minarets, fleuves sacrés, pyramides, cathédrales, grattes-ciel de verre, caves de night-clubs confidentiels, Vierges Noires à l'Enfant, Isis avec Horus sur les genoux, Venus paléolithiques, serpes d'or, croissants, étoiles et pentagrammes, Yin et Yan, Tao, chiffres magiques et primordiaux.

Un pain, une galette des rois, un grain de blé, un œuf, une crêpe, autant de soleils et de signes du retour de la lumière, la terre tourne.

 

Le langage est au départ non verbal, une question d'imprégnation, le liquide amniotique des femmes indiennes sent le curry.

Le visage d'une mère qui sourit tendrement la tête penchée vers son enfant est universel.

Qui pourrait dire qu'il est insignifiant ?

 

38. Le « Dit » de la Sylve d’Émeraude

1. Du symbole à la réalité, la roue

IX. Revenus les rêves nus.

 

 

Commenter cet article

claudia 17/01/2012 11:46


Il est bien beau ce jouet en bois et bien plus solide que les jouets de Chine ! bonne journée. Claudia

FMarmotte5 18/01/2012 09:55



Le jeu n'est pas tant dans la complexité du jouet, mais dans le pouvoir de l'imagination de l'enfant, à stimuler et aussi leur apprendre le goût des belles choses.


Merci pour ta sympathique visite.



annielamarmotte 14/01/2012 19:11


merci Pierre.....!!!!

annielamarmotte 14/01/2012 16:17


je vais revenir lire.... 


je deviens accroc à ton blog c'est grave docteur?


il est hachement bien il faut dire....

annielamarmotte 14/01/2012 16:15


chouette l'attelage.... je peux te le piquer?

FMarmotte5 14/01/2012 19:06



bien sûr je te l'envoie en HD ;-)



Marine D:0048: 14/01/2012 14:11


Ton dit, l'histoire des hommes, renouvellée, assez semblable à la notre sur le fond, même si notre vie semble plus facile, enfin moins rude et périlleuse...Tour dépend où l'on vit !


J'aime ce petit attelage en bois, si il passe sur les collines je lui demanderai de me promener un bout de chemin...


Bises Pierre

FMarmotte5 19/01/2012 14:19



Il ya un brin de magie chez eux qui, il me semble avoir trop tôt disparue dans nos vies?


Ma mère avait une expression quand on disait des mensonges : " Si tu en parles à un cheval de bois, il te donnerait des coups de pieds!" ;-)


Bonne fin de journée, bises, ici le temps change, il va retomber de la neige.



Quichottine 13/01/2012 12:00


Je te suis dans les méandres de ces symboles expliqués, je retrouve avec plaisir les personnages du "Dit" et je comprends que chaque ligne est importante pour celui qui veut savoir d'où ils
viennent et ce quils vivent et les faire entrer dans nos souvenirs.


 


Merci pour cette page, Pierre.


 


Passe une douce fin de semaine.

FMarmotte5 19/01/2012 14:26



Une page un peu confuse, je suis plus à l'aise dans les textes courts, même très courts comme le Haïkourt !;-)