Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Lady Amar-Hot-copie-1     
 
Nous étions depuis quelques jours à Grenade, l'Alhambra drainait son flot quotidien et cosmopolite de visiteurs.
 
Andalousie notre voyage 2006 106
 
J'ai rencontré Amadeo pour la première fois Plaza Bib-Rambla, nous dégustions des « churros con chocolate » à des tables voisines.
 
Andalousie notre voyage 2006 105
 
La conversation tournait autour du temps en cette fin d'octobre 2006 où la neige précoce recouvrait déjà les sommets de la Sierra Nevada.
 
Amadeo n'était pas féru de montagne, artiste il est devenu volubile lorsque nous avons parlé de Flamenco.
 
 
Je n'avais pas envie de monter le soir dans le Sacromonte voir un spectacle cher pour touristes dans un « tablaos » au décor factice. Il m'a tendu une carte sur laquelle en lettres fines sur fond noir figurait l'adresse d'un cabaret.
La Bodega Flamenca
Callejón del Gallo
18010 Granada
A partir de 23 heures.
- « Tu ne peux pas te tromper c'est au fond de l'impasse , je dois y aller, hasta tarde ! »
 
La journée fut courte, tant de choses à voir, manger une paella Carrera del Darro au bord de la rivière, après l'église Santa Ana dont le clocher est du plus pur style Mudéjar. Nous sommes allés faire un tour Barranco de los Negros pour revenir dans l'Albayzin et le marché encore très animé malgré l'heure avancée.
 
Andalousie notre voyage 2006 094
 
Le petit cabaret était déjà presque plein quand nous sommes entrés, une petite table en angle semblait nous avoir été réservée, elle offrait une bonne vue sur la scène où déjà quelques musiciens entamaient une « bulería », un « palo » enlevé histoire de chauffer un peu la salle. Le garçon nous a amené quelques tapas, j'ai commandé un « Pacharán » , je bois ça en Espagne en souvenir de ma grand-mère qui en fabriquait avec des prunelles sans même en savoir le nom .
 
Les mains claquaient en cadence, les coplas se sont enchaînées, puis le lourd rideau rouge est tombé. Les conversations allaient bon train pendant l'entracte. La scène s'est rallumée sur un guitariste aux traits sombres égrenant une « siguiriya » dans le plus pur style du « cante jondo » des origines.
 
Par des mouvements lents des bras, des pas qui martelaient le plancher de bois au rythme du battement d'un cœur, elle est entrée en scène. Une longue « bata de cola » rouge comme le sang, la chevelure noire de jais retenue d'un peigne incrusté de nacre, les yeux fermés tournés vers le sol, la force d'une émotion unique transpirait de chacun de ses gestes. Le tempo s'est fait plus rapide après une « Soléa » triste à en mourir. Un poème de Federico García Lorca sur un thème de Paco de Lucía.
 
Plus tard, les accents de l' « Alegría » ont retourné le cœur du public en transe, les larmes aux yeux. Sous un flot d'applaudissements , elle a salué longuement , présenté son musicien.
 
Nous regardions la scène se remplir d'une troupe de guitaristes, deux cantaores se donnaient le change en réponses sur des « sevillanas » et « seguidillas » plus classiques. C'est alors qu'elle est arrivée , elle nous a entourés de ses longs bras affectueux, s'est assise sur la chaise laissée vacante, après un long soupir, elle m'a regardé dans les yeux pour me demander :
 
-« ¿ Alors, comment m'as-tu trouvé(e) ? »
-« ¡ Divina ! »-
-« C'est pour cela qu'on m'appelle Lady Amar-Hot » me répond Amadeo car c'était lui, malgré son maquillage j'avais reconnu ses traits, la ligne pure de son menton, la hauteur de son front blanc, le fard à paupière d'un bleu léger lui donnait cet air lumineux des anges que soulignait le rouge appuyé de ses lèvres de la même teinte que la robe flamboyante avec laquelle elle ou il se déplaçait avec grâce.
 
La musique en sourdine permettait d'échanger quelques mots. En Espagnol Amar (aimer) ne s'emploie que pour Dieu, son prénom en quelque sorte, Amadeo lui allait à ravir, elle nous a fait la confidence que son aïeule gitane avait croisé Washington Irving écrivant « Les contes de l'Alhambra » au temps où dans ses ruines vers 1830 s'y abritaient indigents, pauvres et artistes en mal de gloire.
 
Amadeo était allé à Tarrytown au Sleepy Hollow Cemetery sur la tombe de son présumé ancêtre, le froid de l’État de New-York au bord de l'Hudson River ne l'a pas retenu longtemps, son sang Andalou aspirait à la chaleur du soleil du Sud.
 
Quand il nous a quitté vers quatre heures du matin, avant de franchir la petite porte des artistes, le guitariste aux traits sombres est venu la prendre par les hanches et lui voler un baiser dans le cou, j'ai cru comprendre les paroles qu'il a murmuré à son oreille :
« Lady Amar-Hot te quiero ! »
 
Texte écrit pour la communuaté de l'Arbre à Mots du Balisier de Couleurs. Le mot d'origine de Nadina est Amarote.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Ava 11/06/2011 18:55



que calor ! ambiance espagnole, cela me donne même envie de taper du pied, tiens !


bravo pour ce texte et son illustration !



cigalette 10/06/2011 19:50



Superbe dessin, on dirais que la jolie dame à une robe en pétales de coquelicots, merci bon WE



FMarmotte5 20/06/2011 16:02



Pourquoi pas? ça se faisait avant avec les boutons de coquelicots, c'est cette couleur que j'ai recherché, merci de ta visite.



Martine du JdV 05/06/2011 17:07



comme d'habitude un petit bijou !! merci et bravo Pierre !



ecureuilbleu 04/06/2011 22:31



Merci pour ce beau récit. le spectacle devait être prenant. Bonne soirée



claudia 04/06/2011 13:53



Pierre,


je me suis laisser prendre par ton joli conte, qui m'a semblé par moments tout droit sorti de ton vécu.  J'y suis doublement sensible qu'il parle de mes origines Mais dit moi, crois-tu que l'homme si macho chez les gitans puisse pour une danse si sensuelle où tant d'émotions transpirent
se traversir en femme, dans la réalité ? Personnellement, je ne le pense pas, mais je me trompe peut-être ?
Il est vrai qu'au premier regard sur ton dessin, j'ai bien ri en voyant cette femme !
Bonne journée
Claudia



sab 03/06/2011 20:31



Que c'est bien raconté, on dirait du vécu. Et voilà pourquoi mon premier regard sur la danseuse l'avait trouvé(e)... un peu "carrée" ;). On s'y perd un peu dans les il et les elle...En d'autres
circonstances, la lady se transformerait elle en lord ? Bravo !



FMarmotte5 04/06/2011 11:58



j'ai joué avec le genre afin que les gens comprennent sans trop de sous-entendus. Merci.



Sofya 03/06/2011 13:40



C'est une superbe histoire et une très belle illustration.



FMarmotte5 04/06/2011 12:02



Merci bcp



Ountés Passat 02/06/2011 22:36



Wahou... C'est trop beau !


Bravo.



FMarmotte5 03/06/2011 11:02



Tu viens de faire un beau voyage, en regardant tes photos .. l'Espagne commence à me manquer. merci de ton passage.



Zazou 02/06/2011 18:40



Très belle illustration pour accompagner ce texte...


Bonne soirée Pierre, bises



FMarmotte5 03/06/2011 11:08



ça fait longtemps que je n'ai pas fait de long voyage, une occasion de partager de bons souvenirs.


Merci pour ta visite, bises.



Quichottine 02/06/2011 14:10



Merci pour cette histoire... conte ou réalité, elle sonne si bien qu'on a envie de savoir si tu as revu Amadeo plus tard, un autre jour...


 


En tout cas, j'ai aimé, beaucoup.


Homme, femme, qu'importe ? Le principal est d'aimer la vie que l'on mène.



FMarmotte5 03/06/2011 11:01



Merci Quichottine pour ton com d'"Hispanisante confirmée"  sur ce texte . Amadeo est un "hybride" romanesque, il chantait du pop-rock sur une place de Grenade, j'ai cru le reconnaître, une
fois lors d'un animation gitane pour un mariage avec son catogan, je l'ai vu c'est sûr dans un film d'Almodovar et je suis heureux pour lui de ce succès.


Le monde est d'une complexité telle que oui c'est beau d'y trouver sa place.



Clo :0038: 01/06/2011 20:53



Tes talents de conteur sont tels que j'étais assise à la même table que toi....... te dire !


Bonne nuit Pierre et merci pour l'exotisme :)


 



Emilie 01/06/2011 19:38



Très belle aquarelle.



Marine D 01/06/2011 18:23



Evidemment j'étais si enthousiasmée que j'ai oublié de te féliciter pour ton aquarelle... aussi !



Marine D 01/06/2011 18:21



Ta rencontre m'a replongé dans des souvenirs andalous bien anciens, et tu as trouvé les mots pour dire la magie du Flamenco, ta Lady Amar Hot est bien singulière mais elle m'a enchantée...


Tu es un sacré conteur Pierre !



Claudine 01/06/2011 15:17



Superbe texte. Bravo.



Franklindoeil 01/06/2011 14:22



Grenade doit être magnifique et très riche culturellement.



Joëlle 01/06/2011 13:53



Pour créer un diaporama tu peux passer par SLIDE : http://www.slide.com/arrange?bc=0&fx=7&tt=0&sk=38&cy=gn&th=0&sc=0, il suffit de suivre les directives et au final
recopier les coordonnées sous htlm dans OB...



Lenaïg Boudig 01/06/2011 11:46



Buenos dias, Pierre ! Caliente ? Si, si ! Y muy deliciosos, el dibujo asi como tu historia ! Merci beaucoup pour la balade et ton dessin, il y a des lieux où je suis passée aussi ... Bises !






ff 01/06/2011 11:29



ben qu'est-ce que t'écris bien toi alors......



FMarmotte5 03/06/2011 11:12



merci ff , je suis en train de plancher sur les moyens de transport, finalement on peut aussi y trouver du charme.



CRBR 01/06/2011 11:12



superbe, bien illustré et bien raconté, bravo!!!beau travail!!!



FMarmotte5 03/06/2011 11:18



Ta sorcière est pas mal aussi et mériterai bien une histoire.



Mini 01/06/2011 08:02



moi je dis, viva España!!!



Joëlle 31/05/2011 22:49



Je me lasse pas de tes compositions cher Pierre, l'aquarelle te va bien... un style qui attise l'oeil et ce rouge (coquelicot
?) m'enchante tout autant... Belle soirée à toi je repars avec le sourire une fois de plus...



jill-bill.over-blog.com 31/05/2011 20:55



Bonjour Pierre... ben oui quoi...  Lady Amar-hot !!!  Chacun ses choix, chacun sa vie...  Il danse bien lady Amar-hot...  et j'aime ton aquar-elle !!  Bonne soirée Pierre
et merci aussi   JB



FMarmotte5 03/06/2011 11:13



"aqquar -elle" un jeu de mots que je retiens merci Jill-Bill.