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Publié par FMarmotte5

Je ne sais pas d’où vient cette habitude ? On peut la trouver gentille et prévenante, les nouveaux venus la considère avec condescendance souvent irrespectueuse ou vulgaire, voir  moqueuse. Sur ces terres reculées ou les fermes sont éloignées les unes des autres, les gens se donnent des surnoms mutuellement. C’est la particule des gens de peu sans la noblesse de sang mais à la vertu de cœur.

Le Blanc « dit » Noir habite à la lisière de la forêt, son grand-père venu de Pologne était charbonnier. Pierre « dit » l’Infirmier, on ne sait pas d’où il vient, son vrai nom est imprononçable, il habite chez Bourdat « dit » Lepilon car cet ancien avait une jambe de bois. Cette particularité se voit parfois même inscrite sur l’état-civil.

Les animaux n’échappent pas à la règle. Mona « dit » Lisa était une chatte très belle à la naissance, ses yeux doux et curieux lui donnaient des airs de Joconde.

Heureuse « dit » Zapi semble anglophone car ses histoires ont des happy-end (faire la liaison). Balisier « dit » Couleurs doit son nom à son coup de crayon. Arbre « dit » Mots parce qu’il ne perd jamais une feuille. Marie « dit » Duchemin continue à vivre dans sa masure sans eau avec son chien Lassie « dit » Bois car la scie à bois !

Vous avez un peu compris comment fonctionnent les habitants de cette contrée qui pourrait paraître triste au premier abord mais qui puise sa joie, ses ressources dans un état d’esprit parfois limite avec ses sous-entendus et ses codes. Des pathologies dites border-line affectent quelques-uns mais comme ils ne dérangent personne, aucun psychanalyste ne s’est penché sur leurs douces folies. La Duchemin accumule les vieilles bouteilles, les sacs en plastiques, elle dit qu’elle sera riche quand il n’y aura plus de pétrole. Un Syndrome « dit » de Diogène latent lui fait sublimer la perte de ses parents jeunes. Gousier « dit» Le Grand insulte de tous les petits noms de la terre les chasseurs qui approchent de son domaine, il est bien le seul à être tranquille les derniers beaux dimanches de septembre, son Gilles « dit » de la Tourette ne lui attire pas que des ennemis. Les écolos viennent boire la goutte chez lui, il leurs sort un Marc « dit » de Prune de derrière les fagots.

Un jour alors qu’un violent orage s’est abattu en juillet, lorsque les blés sont murs. Que le vent fait croire au promeneur que la campagne est une mer blonde, Brun « dit » Silence s’est rendu sur sa parcelle. La tempête avait couché toute sa récolte bientôt prête à moissonner. Pas qu’il soit pauvre ni dans le besoin mais cet homme taciturne aimait sa terre. Un larme s’est formée au coin de son œil, il arpentait les 3 hectares dévastés quant derrière une haie il trouve un chien mouillé jusqu’aux os. Maigre, la langue pendante, la pauvre bête s’avance vers lui en quête d’une caresse. Emu, Silence le prend dans les bras et oubliant son propre malheur, il le ramène auprès de son poêle sur lequel Isa «dit » Belle sa compagne faisait chauffer de l’eau pour le café.

-« Qu’est ce que tu me ramènes là mon pauvre Silence ?» dit Belle.

-«  N’avons-nous pas assez de travail pour subvenir à nos maigres besoins, il va encore falloir faire manger cette pauvre bête qui n’a même pas de nom. »

-« Je vais l’appeler Blé. » dit Silence

 

Blé dit Couche

 

« Blé « dit » Couche » répéta Silence « Blé, il en a le feu et  j’étais dans mon champ de froment dévasté et couché quand il s’est avancé vers moi pour me donner de l’amitié alors que mon cœur allait défaillir de désespoir devant la désolation de ma récolte. Petit « dit » Fort a bien un chien lui, il l’a appelé Foul’camp « dit » Viens-ici, le notre sera Blé « dit » Couche. »

-« Tu vois il dresse l’oreille quand je dis son nom. »

-« Couche, Couche » le chien remue la queue, "Couche, Couche", Belle lui amène une écuelle de lait.

Et c’est ainsi que ce foyer froid que certains auraient qualifié de sans âme devint plein de chaleur et de bienveillance. Couche accompagnait Silence dans ses promenades vespérales, ensuite Blé dîne. Belle prenait plaisir a mettre de coté quelques bons morceaux de couenne, un os de poule bouillie, parfois même le talon d’un jambonneau pour Couche qui de jour en jour devenait plus vigoureux, le poil brillant, l’œil vif, la patte alerte et la tête câline quand il la posait sur le genou de Silence à table aux cotés de Belle.

La tendresse sinon l’amour était entrée dans cette maison et il ne se passa pas un an que le ventre de Belle ne s’arrondisse. Silence retapa une chambre à l’étage, la tapisserie à fleurs pâles des années 50 fut changée pour une rose avec des motifs de jouets : des trains, des ballons, des chevaux « dit » de bois.  Couche n’avait pas le droit d’entrer dans cette chambre, il avait pris l’habitude de dormir devant la porte en haut des escaliers.

Bientôt ou plutôt neuf mois après, les premiers cris de bébé retentissaient dans la maison. On était en mars et les premières violettes poussaient le long des talus. Dans les combes, les jonquilles éclairaient le chemin en guise de soleil parfois avare.

Aurore « dit » Lumière dressait déjà la tête, curieuse des beautés de la campagne. Silence et Belle au retour de promenade avec Couche, poussaient la porte-fenêtre dont les petits rideaux bleus donnaient une touche cosy à la cuisine. Sur la table un pot de Blédine, dans la petite pièce à droite un sac de couches était posé sous la table à langer aux côtés d’une petite baignoire mauve et d'une girafe de caoutchouc "dite" Sophie. Sur le sol un épais tapis de laine écrue recevait déjà Ours « dit » Balourd, Coin « dit » Coin le canard de buis que Silence avait taillé lui-même avec son canif « dit » Opinel.

Silence et Belle aimaient cette première balade matinale avec Lumière, Couche levait la tête quand ils passaient devant les jeunes pousses du blé en herbe qui semblait dru et annonçait une année d’abondance.

Dans le petit buisson l’aubépine est en fleur, un églantier « dit » Rosier-de-chien y grimpe, à son pied l’herbe est toujours un peu aplatie : c’est là que Blé "dit" Couche, s’y couche.

 

PF

Je ne dessine pas aussi bien les chiens que Gauguin « dit » Koké . Ni les jaunes du chien Bob "dit" The LostDog.

 

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tessa 15/07/2014 10:07

Très touchante histoire! Un proverbe dit "Jamais à un bon chien, il ne vient un bon os", ici l'os "dit" foyer qu'il a trouvé est remarquable :)

josée Baud 23/11/2010 15:52



J'ai bien reçu votre message, je veux bien me rendre à votre demeure, mais çà ne


me paraît pas simple, je ne connais pas du tout votre coin de campagne.


Si vous êtes toujours d'accord, je vous rencontrerai vers 16 heures vendredi.


Au plaisir de vous revoir. Josée Baud



FMarmotte5 24/11/2010 12:28



ok



josée Baud 22/11/2010 12:55



Sympathique de ne pas avoir oublié mes nèfliers. Si vous êtes d'accord, j'irai à


Roybon (Près de votre domicile ?), les, ou le chercher. Je peux m'y rendre mercredi


matin, ou l'après-midi à partir de 16 heures. Ou bien jeudi matin. Ou bien vendredi


après-midi (16 heures). La semaine prochaine, j'ai lundi, mardi matin, jeudi matin et vendredi. Qu'en pensez-vous ? A vous lire. Josée



Yentl 19/11/2010 21:24



Merveilleuse et douce histoire, mille merci à Pierre "dit" de taille !!!


Bizzz


Yentl



Sofya 19/11/2010 21:21



C'est très réussi. J'aime beaucoup.



baud josée 18/11/2010 20:04



Comme l'a écrit Ava on se laisse transporter, comme dans un rêve, ah


si le monde pouvait nous donner très souvent des exemples de ce genre.


Je suis arrivée à la fin de ma lecture déçue que cette histoire soit déjà finie.


Amicalement 



FMarmotte5 19/11/2010 10:43



Les pousses de  nèflier ont l'air d'avoir marcoté, la sainte catherine arrive elles vont pouvoir être transplantée.


cordialement



Claudine 17/11/2010 10:55



Jolie idée.



Martine 15/11/2010 19:16



un bel univers poétique  ! quelle jolie idée ! ;-)



galet 15/11/2010 17:05



Jubilatoire ! Je viens aussi de lire le morceau de bravoure écrit pour notre amie Quichottine. Quel talent, Messire !



ff 15/11/2010 16:30



 mais quelle histoire, quelle histoire!!!! on en perdrait son latin  le blé dit couche... hé ben!!! zapi t'aura bien fait travailler!!!!



Marine D 15/11/2010 14:25



Pari réussi pour ce Blédicouche comme toujours plein de verve et d'à propos !


Ton blé me plaît beaucoup Pierre



polly 15/11/2010 12:03



polly dit "esther" habita dans ces lieux-dits jeune enfant ""dit" poulette. L'Ardèche comme la Drôme ( les bedos et les dromadaires) ont la langue métaphorique, un régal, tout comme le ton de ton
canton. j'ai particulièrement apprécié Blé "dit" Couche, et le Grand, "dit" Gousier, parce qu'il insulte les chasseurs.


Longue vie à Aurore "dit" Lumière, et qu'elle soit tout aussi partageuse que celle que je connais.



nono 14/11/2010 21:56



Salut Pierre à mots 


Ton chien est croisé avec une marmotte ?


eT Oui On déFoRME Et oN tRansForMe lES mOTs.


Merci Pierre pour ce regard.


Nono



FMarmotte5 16/11/2010 15:22



Je sais Nono que je suis bavard, si toute la journée on lui dit "Couche" il va peut être bien nous prendre au mot et y rester tout l'hiver.


L'histoire de Lassie "dit" bois car la scie à bois est vraie c'est ma voisine qui avait un chien comme ça elle n'avait jamais lu le livre.


Bonne soirée



Reinette 14/11/2010 15:55



intéressant. j'ai aimé sa lecture.


bonne soirée



butterfly 14/11/2010 14:15



Alors là dis donc je suis bouche bée


Cette histoire de dit


Il ne fallait pas se perdre non mais dit


Le blé j'y avais forcément pensé


Mais quand je vois ce que tu en fais, je me dis


Aie ce Bledicouche t'as fort inspiré


Une histoire d'amour et voila quelle ac couche


BLE DIT COUCHE on ne peut que l'aimer


Et en prime un dessein


Alors là je perds mon fil dit


Devant une telle prouesse, je suis ébahie


Vais je relever ce défi


Et bien dis moi je suis étourdi


Tout ça m'a fois est fort bien dit


Bonne journée je retournerai bien sous ma couche 



Guy de Bruges 14/11/2010 12:23



Couché le chien chien et pas bouger !


Bon WE.



JA 13/11/2010 23:33



Comme quoi il ne faut pas grand chose pour être heureux ou au moins serein....


Beau texte....A bientôt JA



FMarmotte5 16/11/2010 15:18



à vouloir trop attendre du bonheur on court après des chimères, la tendresse et la paix sont parfois plus à portée de main merci de ton passage sur ces textes qui sont je le reconnais parfois dur
à suivre un peu tortueux?



Claudia 13/11/2010 19:52



Quand j'avais 15 ans mon surnom était "la puce" non causé par ma taille mais par le nom de la barque dont j'étais le guide



FMarmotte5 16/11/2010 15:17



j'ose pas écrire mon surnom ici, en plus je ne sais pas d'où il vient Pierre "dit" Zonzon


Passe une bonne journée "La Puce"



Ava 13/11/2010 18:46



Je ne voyais pas où cette histoire allait, je n'avais pas reconnu l'exercice de l'arbre à mots... sauf quand j'ai reconnu son "mot".


Un très beau travail qui transporte.. j'adore le dessin du chien !



Quichottine 13/11/2010 16:32



Comme c'est joli, Pierre !


Si beau et tendre !


 


J'aurais voulu être Aurore et grandir auprès de Blé, dans ce pays où les mots ont du sens.


 


Passe une belle soirée. :0020:



FMarmotte5 16/11/2010 15:09



Merci beaucoup pour ce complimet, j'ai voulu sortir des sentiers battus alors j'ai mis sur la table le mot et me suis laissé emporté par celui le plus loin de bébé, couche et blédine et comme par
hasard j'y suis revenu comme le cheminement de la pensée est curieux!


En fait je me suis levé un matin vers 5 heures et j'ai écrit d'une seule traite le texte, c'est souvent comme ça que j'écris puis plus tard si il y a besoin de liens et  de référence ça
vient après. Les ambiances du matin sont parfois issues du rêve?