Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Sa silhouette se détachait sur le col venté,  à peine perceptible. Si ce n‘était les allers-retours d’Izaz le Vautour du clan au dessus des tours monolithiques de calcaire urgonien qui encadraient le passage, aucun des quatre amis courbés sous les bourrasques passagères n’auraient deviné la rencontre prochaine.

Voilà une semaine qu’ils avançaient au début, sur le plateau de glace, puis sur des pentes et entre des pics plus imposants. Malgré le peu de dénivelé la progression avait été lente car crevasses, bédières et moulins les obligeaient à  faire parfois de longs détours afin de ne pas se mettre en position de danger.

 

La carte qu’ils avaient reçue au début du périple leur était depuis longtemps inutile, ayant débordés largement dans la « Terra Incognita » des confins du sud. C’est le sens de la trace de Pat le Traqueur qu les avait guidé jusque là. Le soleil toujours aussi bas sur l’horizon ne laissa scintiller que quelques heures vers minuit le Nuage de Magellan pour des relevés rapides et peu fiables et interprétables avec approximation.

De temps en temps, un oiseau perdu venait à leurs côtés, une graine de pissenlit portée par le vent leur caressait le visage. Une fois, une plume, plutôt un duvet d’oiseau de mer non identifié venait les narguer en échappant sans cesse à leurs tentatives de capture.

 

Dôme de neige des ecrins 4015m 16 juillet 2007 01

 

Ils attendaient une visite surprise de Yorik, mais s’il avait à apparaître inopinément dans ce désert blanc, le connaissant, c’est par les abysses sombres du fond d’une rimaye qu’il serait venu, et non par le col ou les airs.

Le personnage qui passe le col est chargé, il porte un long bâton et sa descente s’annonce rapide, car il commence une rapide glissade en ramasse, habile à contourner les dangers de la glace. Il fait une pause de temps en temps afin de reconnaître le terrain et reprend ce qui de loin semble un jeu. De temps en temps, Manos ordonne une halte, leurs pas crissent sur la neige froide et fait un bruit qui déchire le silence de l’inlandsis.

 

Pas de cris, le personnage se rapproche, on voit qu’il porte sur le dos un fardeau sans rapport avec sa taille, mais qui ne ralenti en rien sa progression. Manos sait que proche des séracs , des pentes raides, il ne faut pas crier ni parler fort, la moindre vibration de l’air pourrait faire partir en avalanche les blocs instables qui n’attendent qu’un frémissement pour gronder, dévaler et transformer l’immaculé de la pente en chaos mortel et infranchissable.

 

D’une tête d'épingle, la silhouette est devenue une mouche, puis sa forme humaine s’est faite distincte. Vu la vigueur avec laquelle il a dévalé la pente, ils pensent que c’est un homme, il s’est arrêté à l’abri d’une haute paroi de rocher,  une petite vire lui permet de poser son sac, on distingue maintenant que c’est par une large sangle en appui sur le front que sa charge s’équilibre sur son corps, petit, râblé mais musculeux et solide. Il lève le bras comme pour faire un signe. Il leur faudra bien 50 minutes pour monter jusqu’à lui, avec des pauses pour souffler et peut être tailler quelques marches quand la pente se fait plus raide.

Essoufflés, humides de transpiration, ils arrivent sur le petit replat où les attend l’inconnu. Le soleil un peu plus haut, un peu plus chaud leur permet d’enlever leurs vestes humides, d‘enfiler un vêtement sec, de tirer de leurs sacs un morceau de galette de seigle qu’il leur reste.

 

L’étranger est disert, taiseux, mais sans agressivité. Pour l’instant, ils ignorent s’il parle leur Langue, le capuchon de son manteau est rabattu sur ses yeux qui clignent. Il n’a peut être pas l’habitude d’une lumière si intense. Son sac est posé dans une niche de neige qu’il a creusé au pied du rocher. Le bâton est planté profondément dans l’espace toujours présent entre la pierre et la glace, une bride du sac est passée autour. A cette vue, on comprend qu’il a une forte expérience de la montagne, le sac ne dévalera pas la pente inopinément.

Manos dégage une esplanade un peu plus large de façon à ce que Mamma Dream, Zorha et Pat puissent faire une pause à l’aise et sans danger.

 

En montagne, un ancien dicton :

« Si tu croises un homme au dessus de 2000 mètres, salut-le, c’est un brave homme. » C’est ce vieil adage qui les rend sereins malgré le silence de l’inconnu. La crainte ne s’insinue pas dans leurs cœurs, il leur suffit d’attendre, de proposer une part de leur maigre provende. Il tend un bras fort de dessous le manteau pour se saisir de la part  de pain sec que Pat lui tend.

-« Merci. »

La voix est rocailleuse, on distingue un vague accent dont il est difficile de deviner l’origine. Le R est légèrement guttural, pas tout à fait jota, ni ch allemand. Zorha tente de lui dire quelques mots de bienvenue en Arabe, puis en Berbère, mais les signes de négation que fait sa tête indiquent de suite dans la langue universelle du non verbal que ce n’est pas la peine de continuer sur ce terrain.

 

Tous, mâchent lentement en salivant le dur  pain paysan afin que chaque molécule nutritive apporte sa vigueur et son énergie à leurs corps fatigués. Le goût parfumé de l’épeautre les plongent dans de doux souvenirs de confort et convivialité. Il ne leur manque plus que la conversation joviale de l’Aubergiste quand il leur remplissait généreux un plein bol d’Hydromel « maison ».

Au loin, des craquements graves leur signalent que le jour avance avec la glace, des crevasses s’ouvrent dans le vaste inlandsis qu’ils viennent de traverser à moins que ce soit quelques gros blocs qui tombent dans la Grande Rivière dont ils n’aperçoivent maintenant plus que les nuées, là-bas, très loin vers le nord.

 

31. Le « Dit » de la Sylve d’Emeraude

VI. Dispersion.7. Le col.

Commenter cet article

Quichottine 28/01/2011 15:09



Oui, mais il ne doit pas être très lourd puisque ça ne le gênait pas dans sa marche... à moins qu'il ne fût très fort.


 


Je me suis demandé ce qu'il y avait dedans, mais j'ai préféré attendre que tes héros en parlent.



FMarmotte5 03/02/2011 06:37



On verra Quichottine, il faut se méfier quand un "bateleur" ouvre son sac!


Bonne journée



Quichottine 28/01/2011 13:56



Etrange rencontre... Mais je suppose que ce ne sera pas un ennemi puisqu'il partage leur pain.


Passe une belle journée.



FMarmotte5 28/01/2011 14:57



Bonjour Quichottine, as-tu remarqué qu'il avait un gros sac? j'en ai pas fini de  faire l'inventaire de ses choses.


Merci de ta visite, bonne soirée.