Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Islandine revenue des vastes étendues glacées du Nord a vu juste un éclair dans les eaux de la rivière en pensant à Kaunan le saumon.

C'est un éclat de quartz, pas même de l'or, peut-être une plaque de mica qui a ramené Manosthéralitaf des profondeurs où son esprit l'avait fourvoyé. Sans Pat et Mamma, les pieds sur terre il n'aurait pas retrouvé la chaleur du soleil.

 

Une simple feuille de saule agitée par le vent dans un frémissement ténu scintilla de son reflet argenté. Les déserts arides de l'Est où Iznir le Loup a souffert de la soif faisaient place à une re-colonisation éparse et déjà rafraîchissante d'arbustes pionniers. S'avançant avec plus d'assurance, Inlandir sentait la sève revenir dans l'aubier de son écorce. Il ne desquamera plus, c'est bon pour le bouleau quand un aventurier de passage veut allumer un feu sans allumette avec sa pierre à briquet.

 

Les hommes que Le Gitan rencontrait au rythme lent du pas d'Ehwaz portaient des bijoux simples : un anneau, une fibule, une boucle qu'un rayon de soleil faisait étinceler à l'oreille gauche l'espace d'un salut , d'une poignée de main. Les femmes plus discrètes avaient brodé de la verroterie de toutes les couleurs sur le plastron de leurs habits de Fêtes. Des sourires, des verres partagés étaient signes que ce grand Ouest (où ils ont bien failli se perdre) se civilisait au sens noble du terme.

 

 

le noeud

 

 

A la croisée des chemins, Yorik, les mains au dos faisait les cents pas. Lui d'habitude si sage faisait preuve d'une certaine impatience. C'est la nuit qu'il a vu le signe du rassemblement imminent. L'étoile Mannaz dans la constellation du Corbeau signalait que Berkanan était de retour. Il le savait depuis fort longtemps et c'est sans doute pour cela qu'il n'avait plus besoin de carte. Yvan portait la pièce de bois enveloppée dans un tissu, serrée avec son ceinturon passé sur l'épaule.

 

Martin Bruno n'a pas bougé de chez lui, tout à son travail, il a lentement façonné tenons et mortaises. Passer du symbole à la réalité, par le simple savoir-faire des mains.

Les copeaux ? Il les a jetés dans la cheminée, la flamme est montée rassurante dans l'antre noir où il fume ses saucisses et ses jambons, de gros taillons de poitrine persillée. L'Aubergiste reviendra les chercher, il n'en doute pas. Amis depuis fort longtemps il n'a jamais écouté les railleries à son sujet. Un peu de magnésie dont il se frotte les mains pour adoucir la rudesse du bois et augmenter l'adhérence sur le poli des finitions crépite dans le feu.

 

L'enfant est parti, il a terminé sa formation, Martin lui a donné une liste de maîtres artisans, son chef d’œuvre de compagnon est en cours. Il a emmené avec lui Ansuz, la petite clé de voûte finale, l'unité indispensable à la structure, le tout primordial. Oh ! Pas grand chose, ça tient dans le creux de la main, au fond d'une poche, dans une petite boite guère plus grande que celle restée chez sa maman et qui contient encore ses dents de lait.

Lui aussi quand il s'est arrêté pour boire à la fontaine d'un village a vu un visage souriant dans le reflet d'un carreau de fenêtre qui se refermait sans bruit. Le rideau est retombé léger comme un voile de mariée, tel une mèche sur un front lisse sans les rides, ni des soucis , ni de l'age. Comme un nuage passager devant le soleil de printemps, un étourdissement, un film transparent devant les yeux lors d'un instant de fatigue. Le presque cri de la couturière qui se pique le doigt en faufilant d'une aiguillée rapide, une goutte de rosée vite évaporée sur la marge de l’alchémille un matin d'été.

 

C'est la magie de Razazel d'être partout. C'est bien lui qui était là dans la feuille, la vague, le métal, le ciel. Il est signe, il clignote, il étincelle, il scintille, il pétille, il réfléchit. Rayon, lien, vague nuage d'argent, pluie fine de gouttes d'or, essence aromatique qui réveille les sens endormis, on croît le voir, il est déjà ailleurs, on pense l'entendre dans un éclat de rire et ce sont des larmes de joie sur le bout de l'index que l'on recueille troublé. Il est message, plusieurs se sont penchés dans des livres, sur le sable des chemins pour le déchiffrer et ce sont de douces notes de musique perçues dans la trille d'un loriot qui prenaient sens.

 

Il a suffi de presque rien pour accomplir chacun sa tâche : planter un frêle arbuste, édifier une petite retenue de pierre afin de redonner son chant à la source, défricher une clairière, élever un cairn de pierres sèches dans un désert, creuser un fossé au bon endroit, dresser un poteau sur un col par temps de brouillard, rassembler un troupeau éparse et affolé, donner un morceau de pain à un inconnu, poser sa main sur le bras d'un ami en pleurs.

La liste n'est pas exhaustive comme on dit, pas de héros, pas de gloire, des actes sans vanité.

Nulle arrogance dans la victoire, que des choses vraiment humaines.

 

Personne n'a compté les pas, et pourtant ils arrivent à la croisée des chemins. Comme un arbre plonge ses racines durant des années dans la terre et y dessine un nœud, routes et sentiers se rassemblent à ce point précis ou Yorik les mains au dos fait les cents pas.

Il s'arrête.

Il regarde à droite, à gauche, devant, derrière, en haut, en bas, bientôt une petite foule connue l'entoure de toutes parts, des visages connus, des noms oubliés. Là haut dans la montagne quelqu'un les attends, il est bien le seul à ne pas s'étonner de son absence.

 

 

37. Le « Dit » de la Sylve d’Émeraude 5. Le nœud  VIII. La Croisée des chemins.

 

Commenter cet article

appartement nice 09/01/2012 08:53


c'est une bonne découverte

JA 08/01/2012 10:47


Très beau conte, plein d'allusions aux aléas de la vie (ou sacs de noeuds comme on dit) et à sa richesse une fois que les noeuds sont défaits......


Bon dimanche,


JA


 

Quichottine 08/01/2012 01:45


J'ai plaisir à suivre ce chemin, même s'il m'arrive aussi de ne savoir que dire et d'hésiter sur celui à prendre quand on arrive à la croisée...


 


Serais-je celle qui a laissé tomber le voile sur la fenêtre ?... une autre croisée, un regard, un sourire...


 


Juste un merci, Pierre.