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Publié par FMarmotte5

On avait vu sa silhouette minuscule se détacher sur le col, puis, la masse imposante de son corps chargé, descendre prudemment les pentes raides sous les premiers séracs. A cette saison, la rimaye était comblée de neige dure accumulée pendant l'hiver rigoureux à ces altitudes. Un pont de neige subsistera encore tard dans la saison.

Qui pourrait bien se lancer dans un passage si difficile?

Un colporteur, un cristallier, une chamane, un chasseur sur une trace de gros gibier, un troubadour, l'éclaireur d'une tribu oubliée, un marchand d'ambre du Nord venu troquer quelques belle pièces contre les petites sculptures ouvragées dont les habitants de la Sylve ont le secret, Manos se posait encore la question après avoir partagé son fond de sac avec cet être solitaire.

 

le sherpa

 

Son visage caché sous un gros capuchon de toile primitive était buriné par le soleil .On voyait qu'une bonne couche de graisse avait été appliquée en vue de se protéger de la réverbération des rayons coupants du soleil sur la neige. De profondes rides autour des yeux, le front invisible semblait haut. La bouche dont les lèvres peu charnues montrait une forte dentition bien entretenue quand un sourire illuminait ce visage austère. Les pommettes saillantes, brillantes auraient pu être roses sans la couche de crasse, de noir de fumée et de graisse qui les recouvraient.

Nul n'aurait pu dire s'il s'agissait d'un homme, d'un être de la Sylve. Trop charpenté pour un nain, l'étranger avait des allures de nomade, de Sherpa Népalais. Difficile de dire la couleur de ses yeux, ni de décrire sa coiffure, le seul indice était la bonne odeur de feu de bois qui imprégnait sa personne, les genoux de son pantalon étaient lustré par le travail, ses coudes montraient une usure qui pourrait faire penser qu'il passait de longues heures à écrire à une table. D'ailleurs, ses mains sans les moufles, (il les avaient ôter pour accepter le pain) étaient fines et bien entretenues, les ongles courts, sans liseré noir. Les paumes lisses sans la corne des travailleurs de la terre paraissaient douces.

 

Pat le Traqueur, habitué aux silences du « bush » semblait le plus disposé à engager la conversation avec l’inconnu. On aurait dit qu'il détournait la tête quand les deux femmes certainement plus intuitives ébauchaient un mot d'accueil. Mamma Dream et Zohra ne s'en sont pas offusquées. Son langage n'était pas vraiment un langage, on aurait dit des onomatopées. Pat cru reconnaître une "langue à clics" encore utilisée dans les forêts inexplorées, les plateaux désertiques du centre. A peine formées de mots, ses phrases claires semblaient aller directement au centre de la compréhension. Appuyées de quelques signes des mains, au bout d'un moment, chacun s'est rendu compte qu'ils comprenaient le langage du « Porteur ».

Appelons le ainsi: « le Porteur » car la fin de ce chapitre ne nous en dira guère plus sur son identité .Sa route avait été longue mais il nous a pas dit d'où il venait ni où il allait. Le ton empathique, la diction lente, les mots choisis, les idées lumineuses faisaient penser à une personne chargée d'une mission, un personnage de noble ascendance, lettré, diplomate. Pourtant, nombres de questions restaient sans réponses, il éludait avec facilité, tout ce qui était direct, personnel, par des périphrases qui faisaient la joie de Manos que l'on sait poète à ses heures.

 

Nos compagnons reçurent des indications précieuses sur le chemin, derrière le col. Très vite, une sente serpentait en zigzags raides mais sûrs. Pierriers, puis gazons d'altitude allaient céder la place dans une vallée profonde à la mégaphorbiaie, puis les aulnes nains, des genévriers australs, des rhododendrons, quelques fougères arborescentes, des croupes couvertes de myrtilles avant les grands arbres à feuilles persistantes.

« Porteur » de bonnes nouvelles, Porteur de mauvaises nouvelles, messager de malheur, porteur de poisse, chantre de l’espoir, pour le moment les choses prenaient plutôt une bonne tournure.

 

Accroché à sa ceinture, le « Porteur » portait ( qu'aurait-il pu faire d'autre), il portait un piolet de facture ancienne. Un manche de bois poli par un usage fréquent, le penne acéré sans trace de rouille, la panne plus large que d'ordinaire était aiguisée. Il n'aurait pas de peine à tailler les marches nécessaires à sa descente bien que les traces de l'équipe auraient pu sembler suffisantes.

C'est avec cet outil qu'il a commencé à faire une large esplanade dans la neige dure, puis , à petits pas secs et rapides, il l'a damée. Ses pieds épais, étaient peut être chaussés de raquettes rudimentaires, un treillis de cordages ou de tendons laissait une empreinte quadrillée sur la neige.

 

Il a pris son piolet par le haut , et d'un geste ferme il a planté le pic au bord sur la partie amont de son ouvrage . Ses épaules se sont déchargées de l'immense sac qui ne pesait rien sur son ossature de colosse. Une fois au sol, il en a dénoué les cordons qu'il a habilement noué d'un nœud en huit au piolet, sécurisant le tout de 3 clés rapidement bouclées. Manos a reconnu l'habileté du maniement des cordes d'un montagnard aguerri, à moins que la main habile d'un marin soit aussi leste dans cet art ancien. En Amérique centrale, des Codex entiers de comptes avaient été écrits avec le langage des nœuds. Les extrémités des cordes du sac étaient ornées de pompons multicolores au bout d'une tresse compliquée faite de matériaux disparates. Mamma Dream experte en tissage a reconnu du chanvre, du coton, du raphia, le pompon plus fin portait des fibres animales teintées. Elle aurait bien eu du mal à deviner si c'était de la laine, du yak, de la vigogne, bien que des brins plus raides était évidemment du crin de cheval.

 

Le trou noir du sac était béant et profond comme un puits, la main du Porteur a disparu dans ce ventre dodu avec délicatesse, Manos et ses trois compagnons se sont reculés par prudence. Une douce musique proche de la voie humaine irradiait, il semblait qu'en même temps une petite brume légère en accompagnait les notes, mais on aurait pas pu dire si cet enchantement provenait du sac ou de la créature courbée sur ses effets aux allures de masse inerte et pesante, mais dont le contenu était si fluide, si ténu.

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Claudia 15/03/2011 14:47



....Heu.... Jack London



FMarmotte5 17/03/2011 18:36



Tient une idée , mais non je parlai d'un personnage de mon histoire, disparu, échappé on l'a peut être oublié?



Claudia 14/03/2011 11:08



Ce texte me fait penser aux porteurs de l'Himalaya, courageux qui évoluent dans de simples sandales dans la montagne.



FMarmotte5 15/03/2011 14:27



il y a de ça Claudia mais le personnage est énigmatique peut être l'as tu reconnu?



écureuil bleu 13/03/2011 11:49



Tu traces un beau portrait de ce porteur mystérieux... En fermant les yeux je l'imagine bien...



Marine D 12/03/2011 11:08



C'est bien moi, ça je prends tes articles à l'envers... Je vois un être étrange à la tête de pierre, qui porte ton prénom, quoi !


Bises ami



Ava 11/03/2011 23:08



Apparemment tu es bien occupé.. toujours autant d'inspiration ! 



FMarmotte5 15/03/2011 14:16



ça va merci, je ne m'ennuie jamais, l'inspiration c'est plus difficle!



annielamarmotte 11/03/2011 15:03



Merci de ta visite grand homme!!!!!!!!!



FMarmotte5 15/03/2011 14:13



1m76 ?