Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par FMarmotte5

Traverse : définition

1.      Pièce d’appui posée sur le ballast perpendiculairement aux rails d’une voie de chemin de fer.

2.    Chemin étroit, plus direct reliant deux rues.

3.    Il semble que le langage courant associe ce mot aux choix à l’écart des traditions et des convenances.

4.    Chemin suivi par un traversier sur un cours d’eau

Les chemins de Yorik sont comme ceux d’un âne, ils n’ont pas été tracés par un ingénieur. Je ne suis pas sûr qu’ils soient même lisibles sur les cadastres et ce que dans le passé nous appelions les « Cartes d’Etat -Major ». Maître du temps, Yorik  repasse toujours au centre que ce soit celui de la Terre ou celui des Heures qui pour lui n’ont pas vraiment et toujours le sens des aiguilles d’une montre. Le GPS est inutile à ses pérégrinations. Des strates, des couches successives  des diversions dans ses jours, des retours surprises sont ses fréquentes alternatives quand il marche, qu’il creuse, qu’il nage.

Il laisse la voie des airs à Berkanan son corbeau noir qui vole toujours vers le zénith avant de choisir sa destination, car ainsi nul ne sait la direction qu’ils vont prendre.

 

Le puits 

Hakiiko qui les accompagne serre son fils  contre son sein afin que les ténèbres n’aient pas d’emprise sur les songes du jeune enfant. En ces temps troublés, Yorik a ouvert la voie par le puits qui se trouve dans la cour pavée du château. Il sait d’expérience que les nains se débrouillent bien sous terre. Malgré les frayeurs de Hanoa Hanoa habituée aux espaces bleus des océans sans limite, la confiance est de mise dans ce petit groupe qu’un étranger pourrait trouver hétéroclite mais dont le lecteur de ce « Dit » connaît la cohésion et les symboles. Ils ne connaissent pas d’ennemi, comme l’eau dans le ciment, le sel dans le pain, ils sont l’ingrédient essentiel qui redonnera à la Sylve en danger  ses promesses de prospérité.

La descente est longue,  le manque de lumière est le principal obstacle à la progression. Yorik connaît le plan et les liens de tous les puits du  monde. Du moins de ce qu’il croit être le monde c'est-à-dire le sien. Il n’est pas dans les projets de ce récit de porter à la connaissance du plus grand nombre les difficultés et les secrets des autres mondes s’il en est.

Yorik donc, est un maître dans sa matière, Yvan l’aide parfois à étayer quelque ancien puits de mine, à déblayer un éboulis récent, à pomper un siphon immergé depuis plusieurs siècles.

Ce qui avait été une défense dans le passé peut prendre des aspects offensifs, agressifs. Des obstacles qui entravent le chemin. Yorik malgré son omniscience ne sait pas comment  se dénouera cet écheveau complexe tissé par les hommes et les êtres de la forêt.

Messager comme son fidèle compagnon dans les airs, il est la personne du lien.

Une barque de bois à peine endommagée les attend près d’un lac souterrain, un léger courant semble venir du sud et c’est naturellement une fois montés dans ce frêle esquif qu’ils prennent la direction du nord.

Islandine les attend. Inouk, McIngel, Nuage de Silence sont peut-être autour d’un bon feu sur les berges d’un rapide du Grand Nord. A moins que l’hiver précoce ait déjà transformé en banquise les mers salées du Septentrion alors il sera plus difficile de faire la jonction. Il faudra peut être éviter quelques ours blancs, mais Yorik sait que leur nombre est devenu si faible que beaucoup doutent déjà de leur survie.

A droite et à gauche des cataractes se forment mais ils évitent ces routes tapageuses et chaotiques. Proche du centre d’une montagne que semble connaître Akiiko, ils sentent le feu des entrailles de la terre réchauffer ces ondes glaciales sur lesquelles ils voyageaient jusqu’à présent. Ayant dépassé la ligne du changement d’heure, ils savent que de retour à la lumière ils ne pourront compter que sur leur instinct et les indications de Berkanan pour connaître le lieu et l’heure.

Au dessus de leurs têtes, Cipango n’a jamais été aussi proche mais ce n’est pas leur destination. Le Kamtchaka n’aura pas non plus leur visite. Des étendues hostiles les attendent, des versants rouges non du sang des hommes mais de la terre qui coule meurtrie. Séquoias géants, cyprès millénaires, ifs souples des temps des arcs des Robins et des Mohicans, que reste-t-il de ces ancêtres dignes et semble t-il inamovibles sur leurs colonnes gigantesques ? Rien, partis en fumées  pour des appétits vils et repus. Bancs, chaises, tables, lits pour des occupations futiles et inutiles, des passes–temps d’oisifs sans idéal. Devanture de magasins d’aventures encadrées pour de nouveaux explorateur sans carte. Façades de pacotille pour toucher des subventions, être fidèle aux normes, des H.Q.E., Iso quelque chose mais qui en fin de compte ne sont que des cache-misère afin de donner bonne conscience aux entrepreneurs du néant, aux banquiers sans scrupules.

Tous cela rumine dans les pensées du groupe quand une faible lumière semble vouloir se concrétiser au devant d’un mince filet d’eau. Ils sont obligés d’abandonner leur barque, et c’est tête baissée qu’ils avancent vers un jour de plus en plus lumineux. Quand ils arrivent à la lisière de ce qui reste de l’antique forêt primitive des côtes ouest, une aurore boréale illumine le soir, comme un voile vert et bleu. Ils savent qu’il leur faudra encore marcher quelques miles avant de trouver Islandine. L’eau est son domaine elle aura sans doute fait une halte près des chutes pour écouter la complainte de Kaunan le saumon son animal totémique. Nul doute que Corbeau sera là aussi.

Quelques baies de canneberge seront ce soir leur seule nourriture, l’enfant ne pleure pas, le sein de sa mère est encore rond et plein, pour lui, point d’inquiétude du futur, la bulle de l’Amour le protège encore. Hakiiko espère de tout son cœur que son engagement dans cette quête donnera un avenir à cet être sans défense. Il n’est pas seul. En levant le visage, les volutes de l’aurore dans un camaïeu d’émeraude semblent lui dire qu’il faut garder l’espoir.

 

26. Le « Dit » de la Sylve d’Emeraude.

VI. Dispersion. 2. Traverse.

Commenter cet article

ADAMANTE 22/12/2010 19:58



Bonsoir Pierre, je comprends parfaitement, le plaisir d'écrire avant tout, mais j'envisage ces tenmps ci de chercher un éditeur pour mes lettres à grand père et mon manuscrit sur la voix. Après
tout, ce doit être bien agréable d'avoir le livre en main.






ADAMANTE 14/12/2010 17:50



J'aime beaucoup ce conte, serons-nous obligés de marcher sous terre pour échapper à ce monde où la futilité est loi ? Quitter l'espace bleu des océans pour rejoindre un hypothétique Eldorado où
la nature aurait encore ses droits.


Quand l'édition ?


Moi qui dit des contes parfois, j'aimerais bien les dire ceux-là. Amitiés



FMarmotte5 15/12/2010 10:47



C'est un peu le secret de tous les contes fantastiques, hélas ce mythe du "Paradis perdu"


Le Héro,la Route, la Quête,(je ne sais pas écrire les histoires d'Amour sauf en petits poèmes courts et ça tourne vite à des choses impossibles, tristes!) difficile de ne pas être
manichéen dans une histoire, les hommes du monde réel ne sont pas toujours bons ou méchants.Pour l'instant le fait de publier sur le blog me "boost" pour écrire ,j'ai plusieurs histoires en cours
non terminées. Retraité, je ne suis que dans une démarche ludique et créative détaché de tout concept lié à l'argent au temps à la reconnaissance par des pairs. Un vrai plaisir quoi.


Vos commentaires et réflexions m'aident à continuer et pousser un peu plus loin le coté "qualité" dont je doute souvent!.


Merci de ton passage. Amitiés.



Maous Artiste Défiant l'Olibrius (c) 09/12/2010 15:13



Quelle belle page d'écriture, on s'espèrerait presque à prendre les chemins de traverse pour rejoindre cet univers.
Amicalement, maous



Alexandre 08/12/2010 10:48



Une chose est sûre, j'éviterai de m'y aventurer.



Quichottine pour Azacamopol 08/12/2010 09:59



Snow me parlait des séquoias dans une réponse à l'un de mes commentaires ce matin. Elle évoquait l'aura de ces grands arbres qui protégeaient autrefois les côtes et qui n'existent plus en assez
grand nombre aujourd'hui.


 


Je les retrouve ici, dans ton "dit".


 


Par les mots d'un conte où beaucoup se joue, tu montres les déviances de notre civilisation... J'espère que ce groupe qui marche pourra offrir à l'enfant un nouvel avenir.


 


Merci pour cette belle page, Pierre.