Aux myrtilles.
Hier, comme chaque année à la mi-juillet, je suis allé « aux myrtilles ». En vélo, c’est à 2 kilomètres de la maison, dans les bois. Comme les ramasseurs de champignons, je ne donne pas « mon coin ».
La vieille Margot de Marnans, l’a partagé avec moi avant de mourir, comme on lègue un don, un savoir ou un secret.
Quand je vais « aux myrtilles », c’est les « abrunelles » que je vais cueillir sur ses traces et celles des chasseurs cueilleurs. Je ne risque pas la concurrence, les gens n’aiment pas trop se mettre à « cacabozon » dans les taillis, à genoux, pliés en deux entre l’ombre et la lumière. Habitués aux produits sous cellophane, tout prêt, en barquettes, la cueillette se perd. Je ne rencontre d’ailleurs jamais personne dans ce bois là.
Quand je reviens, je deviens une « gueule noire » comme tous les baccivores mangeurs de baies, renards et oiseaux. Je reviens tout « bachu », la bouche et les doigts bleus.
En Suisse ma cousine monte cueillir les « bleuets ». En descendant d’une rando je croise parfois un Savoyard dans les « embrunes ». Petit pendant la semaine de vacances que nous passions à La Morte, Pierre mon parrain disait que c’était bon pour la vue, que les aigles à la vue perçante s’en régalaient. Il n’avait pas tort, dans mon livre préféré « A la découverte des fleurs des Alpes » chez Glénat des Parc Nationaux de France, un encart signale que riche en provitamine A, les myrtilles améliorent la vision nocturne. Les pilotes alliés en consommaient beaucoup pendant la Seconde Guerre mondiale.
Je ne les ramasse pas au peigne, car je trouve que çà abîme l’arbrisseau. Cette année les forestiers ont fait une coupe de bois à cet endroit. Plus ensoleillées elles sont belles et rondes, leur fruit noir se détache sur les feuilles vert tendre finement dentées.
La fleur a la forme d’un petit grelot, je suis
venu en avril voir si la saison serait bonne, ses feuilles sont caduques, c'est-à-dire qu’elles tombent en hiver. Elles portent le nom de myrtille, car leur feuille et leur
fruit ressemblent à ceux de la Myrte : myrtus.
Mes « abrunelles » de leur nom savant Vaccinium myrtillus Linné, deviendrons confitures tartes et « smoothy », délaissant pour l’instant les anciennes vertus médicinales de leurs feuilles et de leurs baies pour le plaisir de nos papilles.
Devant un dilemme existentiel, j’avais le choix soit de partir en montagne, de faire la sieste, de ramasser de l’herbe ou d’aller aux myrtilles. J’en ai ramassé un kilo de 3 heures à 7 heures du soir, ne me parler pas de rendement. Quel plaisir, cette solitude dans les senteurs des pins, le chant des oiseaux. Quelques criquets, musaraignes ou lézards faisaient parfois un bruissement sur les feuilles sèches.
Dans la combe, le murmure cristallin d’un petit ruisseau rafraîchissait la lourdeur de ce 15 juillet et peut être que le renard discret m’observait d’un œil inquiet. En resterait-il ? Qu’il se rassure, ce n’est pas loin de 2 hectares de sous bois qui en sont tapissés.