La Fontaine Ardente, Merveille du Dauphiné dans le Vercors.
Un peu comme l’Arlésienne de Bizet dont on entend parler sans jamais la voir,
la Fontaine Ardente est relatée dans bons nombres d'ouvrages et compte parmi les « 7 Merveilles du Dauphiné ».
Combien de fois suis-je passé sur cette route qui monte au col de l'Arzelier
sous les Deux Sœurs sans m'être arrêté pour cette quête ? Il s'agit bien d'une quête de cette Fontaine Ardente, un Graal, le creuset où le feu et l'eau, deux élements opposés se trouvent
reunis.
Saint Augustin en parle au IV e. siècle de notre ère dans la « Cité de
Dieu ». Avant, un culte antique dédié à Vulcain dieu du feu, fils de Junon et Jupiter pourrait y avoir été pratiqué.
Dans le passé, l'eau et le feu se mêlaient ici dans le torrent. Depuis, la
configuration a changé, il coule quelques mètres en contrebas à cause de glissements de terrain . Depuis 1973 , un aménagement a été réalisé par les « Éclaireurs de
France ».
La littérature relate à différentes époques ce
phénomène.
Aymar de Rivail au XVI e siècle : « ...l'eau s'allume et
s’enflamme par le feu qu'on y jette... »
Nicolas Chorier conclut que si l'eau « bouillonne » alors que les
flammes la traverse sans s'éteindre, c'est qu'un gaz fournit le combustible.
« Ignibus
aeterni » ce feu éternel perdra de sa magie à l'époque moderne , le torrent passe un peu en dessous mais la terre humide qui entoure la « Fontaine Ardente» est inflammable. Sur
les flaques qui entourent l'endroit on voit des traces irisées d'hydrocarbure comme dans les tourbières.
En 1885 Monsieur Piret obtient l'autorisation de faire un forage et en 1920 M.
Brion propose d'utiliser ce méthane pour la consommation des Grenoblois, projet abandonné sans doute lié au faible débit de la « torchère » ?
Fin XIX e jusqu'à nos jours ce lieu est peu fréquenté, voir oublié et parfois
la « fontaine » s'éteint.
Sur la D8 après Vif entre Saint Barthélemy et Lanchâtre sous le hameau de la
Pierre sur la commune du Gua dans un virage, un petit panneau indique le départ du
sentier.
29 novembre 2011, cette courte promenade est l'occasion d'une sortie en famille pour un bol d'air. Nous garons notre
voiture automobile sur le petit emplacement en haut de la combe du petit ruisseau Verdant de Cassoulet.
Les journées sont courtes et le soleil est déjà passé entre Agathe et Sophie
(les 2 Soeurs). Un petit sentier aménagé descend en zigzag sur 60 mètres de dénivelé dans la forêt sombre, en 10 minutes à peine, à pied, nous y sommes.
Après quelques marches de bois dans une clairière, voilà cette « Merveille
du Dauphiné ».
Allumée, une légère odeur de gaz monte jusqu'à nos
narines.
Le silence est accentué par le murmure discret du torrent et la combustion en
volutes qui s'enflamment parfois à distance du petit captage rond au sol entre des pierres.
Altitude 600 mètres. Carte IGN 25 000 Villard-de-Lans Mont Aiguille PNR du
Vercors 3536 OT
L'origine de ce gaz est encore une énigme, résurgence de méthane du bassin
houiller de La Mure de l'autre coté du Drac , par delà l'autoroute on voit le Conest et le Sénépy ?
Schistes bitumineux enfouis sous les sédiments marins du
Vercors ?
J'espère que l'avidité et les spéculations sur l'énergie de nos temps
irrespectueux envers la magie ne va pas tarir cette « Fontaine Ardente » qui, plus que source d'énergie est source de rêve, légende, mythologie, témoins des interrogations des hommes
sur les mystères de notre Terre.
Pour mémoire voici les 7 « Merveilles du Dauphiné »:
Les Grottes de Sassenage (domicile de la fée
Mélusine).
La Pierre Percée de Pierre
Chatel.
Le Pont Lesdiguières sur le Drac à Pont de Claix.
La Tour Sans Venin sur la route de Lans en Vercors.
La Fontaine Ardente.
La septième varie parfois entre la Manne de Briançon (à la floraison du mélèze,
c'est la sécrétion d'Apis laricis, l'abeille du mélèze) ou bien les Grottes de la Balme.
Source : « Histoire secrète des Alpes » Séverin Batfroi Edition
Albin Michel 1981.
Photos et Vidéo : Pierre Fassbind 29 novembre
2011