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Publié par FMarmotte5

Yorik n'était pas de cette espèce grégaire qui accueille les jeunes filles éplorées. Il vivait seul dans une hutte de branchages, loin des montagnes, du plus loin que remontent ses souvenirs. Seul le gros chêne du Grand Chemin pouvait rivaliser en terme de mémoire avec le petit personnage qui passait deux fois par jour sous ses épaisses frondaisons, en sifflotant :

« Hé ho, Hé ho, je reviens du bouleau ! »

Vous aviez compris que ce Yorik là n'était ni grand lettré, ni voyageur avisé, ni lecteur nocturne, ni fin gastronome. Il suffisait de voir ses mains.

 

Une ancienne devise était gravée sur le linteau d'épicéa de ce qui lui servait de logis :

« C'est en sciant que Léonard devint scie ! »

Yorik ne riait plus de ce bon mot oublié, il était de cette veine de nain qui ont une mémoire d'éléphant. Il n'en avait jamais vu et ne comprenait pas cette expression du langage courant.

 

Yorik était un nain travailleur, il ne rêvait pas, ni de Princesses endormies, ni de géant, ni de Chat curieusement botté, ni d'enfants en perdition... qu'aurait-il fait d'un Poucet, d'une grand-mère malade ?

Il parlait peu, avec qui aurait-il pu parler ? Ce n'est que dans les contes de fées que les animaux parlent. Ici point de Pan-Pan pour faire des leçons à Bambi ; Baloo, Baghera, Sheer Khan ne fréquentaient pas ces forêts, austères, humides où le petit gibier se faisait discret, aux aguets derrière les bosquets épineux.

 

Point de Roi des animaux.

Que des petites bêtes, insectes, papillons, araignées, sauterelles, cloportes, scarabées, vers de terres, mille-pattes, larves, phasmes, guêpes, frelons, abeilles sauvages, éphémères, dytiques, moustiques, mouches de toutes sortes. Son oreille fine lui permettait d'entendre le travail du scolyte typographe la nuit lors de ses heures d'insomnie à plusieurs mètres de sa couche de fougère sèche et craquante qui embaumait la cabane de ses effluves apaisantes.

 

La foison de cette vie quasi invisible sous les feuilles et les écorces, dans les talus, terriers, galeries, tunnels, faisait le bonheur d'animaux plus gros, peu diserts et curieux, parfois exubérants et bavards comme des pies. Loirs, blaireaux, musaraignes, souris, écureuils, fouines, belettes, genettes, lièvres, éventuellement quelques reptiles dorés, vipères, orvets, larmuses et salamandres, et je ne vous parle pas des oiseaux qui par centaines s'envolaient en nuées criardes quand Yorik se rendait sur la coupe.

 

Oui, Yorik coupait des arbres. Depuis bientôt trois cent vingt sept ans qu'il parcourait la forêt, il avait pris soin d'identifier les jeunes pousses, de transplanter des plants de trois ans vers des zones propices à leur croissance. Il se faisait une fierté d'entretenir les tourbières naturelles. De temps en temps, de plus en plus rarement les hommes venaient y faucher la lèche des marais, l'osmonde royale a des fins pour lui inconnues.

Au hasard d'une rencontre fortuite avec ces braillards, il négociait un travail d'abattage pour du bois de chauffage, fayard, châtaignier, peu d'acacia qui pète dans les cheminées. Plus délicat il avait entrepris dans le passé de faire du charbon de bois. Mais l'odeur pestilentielle le faisait tousser, et, il s'était vite aperçu qu'un désert remplacerait la tendre clairière où il installait son campement provisoire.

 

Yorik aimait bien venir près des étangs. Son domaine de taïga sans vallonnements abondait de larges plans d'eau où, à certaines saisons, les oiseaux migrateurs venaient se reposer lors d'un long périple. L'approche de ces marres était difficile, un combat permanent entre les éléments liquides et solides s'y menait. Bruyères, bouleaux, saules, viornes, massettes, églantiers, trembles se mêlaient entre la vie et la mort, branches pourrissantes, sols spongieux, tapis de mousses et de lichens aux marges des sphaignes et des hypnes.

Parfois autour d'une auréole arc-en-ciel trahissant l'activité du méthane en sous-sol, matière organique en lente décomposition, un drosera ouvrait sa gueule mortelle dans l'attente aléatoire d'un insecte imprudent.

 

Yorik avait ses passages, prudent , des sentiers que ses ancêtres avaient tracés des pas lourds de leurs sabots de frêne.

Enfant, échappant à la surveillance de son grand-père, il était venu seul au risque de s'enfoncer dans la fange des moilles, les traîtres trous d'eau . Il avait vu la course des feux follets entre les joncs, entendu le chant des criquets et chose rare vu quelques lucioles s'envoler pour une parade nuptiale.

Point de fées dans son univers, les lutins, les elfes et les gnomes ne sortaient pas la nuit. Yorik était un travailleur.

 

Par ici, les loups ne faisaient pas la conversation avec les agneaux, les corbeaux ne volaient pas de fromage, les cigales ne montaient même pas en été sur le tronc d'un Douglas, d'un pin parasol, d'un cyprès colonnaire. Les muses en nuisettes transparentes, sylphides musiciennes, Pans facétieux, nymphes timides, dryades et naïades évanescentes ne dansaient pas ici en rondes folles.

Morgane et Mélusine , Merlin, sorcières avec des verrues sur le nez, gobelins aux ongles noirs et crochus préféraient les grottes et les montagnes, les lacs cristallins, les sources bondissantes, les fontaines magiques, les ronds de champignons phosphorescents.

 

Nain sylvestre

 

 

Et pourtant il aimait venir au bord de ces eaux sombres. Attiré par la vie grouillante et invisible qui s'épanouissait au cœur de ces éléments indéterminés, de ces flaques brunes, ruisselets silencieux, souches en lambeaux, fagots putrides aux entrelacs d'osiers verts.

 

Un jour que Yorik ayant terminé son labeur plus tôt, que le jour traînait encore, que la lune hésitait entre le feuillage épars d'automne, il s'est aventuré plus en avant entre les hautes herbes contre son gré, une force invisible le poussait en avant, le cœur battant, il entendit une petite voix crier son nom.

 

Un frisson a parcouru son dos raide de nain travailleur.

Les doigts gourds de ses mains de nain laborieux se sont mis à trembler.

« Yorik ! "»

Il s'est avancé avec prudence là où d'habitude il ne va jamais.

Là où de rares nénuphars éclosent sous un timide rayon de soleil.

Là où le trop plein des eaux dormantes s'écoule avec un faible courant dans une combe hors de son territoire.

Là où le geai surveille les voleurs de baies, cynorhodons, poires Saint-Martin, alises, cornouilles et sorbes juteuses.

Là où vit la grenouille qui parle.

« Yorik ! »

 

Vous la connaissez peut-être cette indiscrète pipelette qui demande à qui veut bien l'entendre ?

« T'es quoi toââ ? »

« Tu dors où toââ ? »

« Tu fais quoââ toââ ? »

« Et tu manges quoâ toââ ? »

« Et patati et patatoââ ! »

 

Je ne vous raconte pas la suite, sinon que jamais Léonard devint scie.

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M
<br /> Tu connais bien la régio je vois Pierre !<br />
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F
<br /> <br /> Nous sommes allés deux fois dans les Landes et pays Basque, j'ai de belles phots et randos, comme je sors pas et qu'elles n'ont pas encore été publiées je crois que je vais les chercher dans les<br /> archives et en faire des articles? la Rhûne et les Crêtes d'Iparla au moins. ça rafraîchira mes souvenirs. Bises<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Pour Zilbeti, il y a une pause, en attendant des rencontres officielles et tractations, mais ça va repartir plein pot, en plus il y a des risques sur les sources de la Nive côté français , la<br /> Nive affluent de l'Adour... Cette belle rivière de mon enfance que je retrouve à Campan, puis ici pas loin,  et enfin à Bayonne où j'ai vécu longtemps, elle m'a toujours suivi si j'ose<br /> dire...A moins que ce soit moi qui la suive !<br /> <br /> <br /> Zibous<br />
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F
<br /> <br /> Je connais moins cette partie, je n'y suis passé qu'en voiture. ce que j'aime pour m'imprègner d'un endroit, c'est y rester quelques jours, y marcher avec la carte , et manger dormir... ça reste<br /> un projet de voir les elfes et les lutins en Iraty et Zilberti avant que les Hêtres et les êtres des bois ne soient dispersés.<br /> <br /> <br /> Bonne journée et merci de rappeler ce combats en cours pour la forêt espagnole.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Ici je retrouve contes et fables de notre enfance qui nous ont enchanté, merci Pierre pour ce texte et j'adore le dessin tu sais, quel conteur tu fais, je crois que ce lutin ressemble à ceux que<br /> nous aimons rencontrer dans les promenades sylvestres...<br /> <br /> <br /> Bonne journée, comment te portes-tu ? Bises de Zoupie<br />
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F
<br /> <br /> Tu rencontres aussi des nains sylvestres?Je suis heureux qu'ils n'aient pas complètement disparu de nos forêts surtout en Iraty....<br /> <br /> <br /> ps: pour la santé c'est J-13 avant la prochaine radio.... ;-))Bises et salut des bois et forêts.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Dans Google si tu cliques sur "Marie-la-Misérable" tu auras la légende chez Wikipedia et la situation de la chapelle et l'endroit (Woluwe-St-Lambert') la commune où j'habite. L'endroit s'ppelait<br /> autrefois (et localement) Chapelle-aux-Champs.  C'était une belle forêt et des prairies où des joncs montaient jusqu'à la taille (j'exagère sans doute, mais j'avais seize ans à l'époque!) .<br /> J'en garde un si beau souvenir!<br /> <br /> <br /> Bonne soirée, Pierre.<br />
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F
<br /> <br /> Un endroit avec une histoire où je comprends que tu ais été impressionnée. merci bcp pour ce lien, Le Moyen-Age est une pèriode faacinante , j'ai découvert cet auteur  Michel de<br /> Ghelderode , je pense que je vais aller plus loin dans la lecture de ses oeuvres, j'aime son univers. Prohce d'Antonin Artaud que j'ai lu plus jeune je vois que les courants d'idées se<br /> rejoignent. Merci pour ces infos. Bonne journée.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> C'est un très beau conte, mais il n'est peut-être pas imaginaire ... Tu connais sans doute Yorik pour parler aussi bien de son monde, de sa forêt et de ses mares.<br /> <br /> <br /> J'aime beaucoup aussi cette " leçon de choses " très intéressante qui fait visiter la forêt. <br /> <br /> <br /> À suivre ?<br /> <br /> <br /> Bonne fin de journée chez toi, et chez Yorik ...<br />
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F
<br /> <br /> Merci pour ce compliment, Qui est Yorik? Tu as du remarquer que la forêt n'était pas si sauvage que celà, exploitée elle offre des richesses aux hommes et aux nains. Je transmettrai tes<br /> salutations à Yorik la prochaine fois que je passe près de l'étang à moins que la grenouille qui parle lui ait jeté un sort? Bonne soirée.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Mais ou est-ce que tu vas chercher toute cette inspiration!!!je sais pas quoi dire...j'Aime!<br />
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F
<br /> <br /> Faute de pouvoir marcher en montagne, je m'évade dans un imaginaire récréatif pour un peu que cet art soit créatif. Merci de ton passage.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> on peurt deviner des stéréotypes d'aujourd'hui et ce Léonard de Vinci qui vient de loin ...<br /> <br /> <br /> Bravo, c'est très subtil<br /> <br /> <br /> A bientôt<br /> <br /> <br /> JA<br />
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F
<br /> <br /> ça vient comme ça sans trop de préméditation, mon inconscient est très actif dans l'écriture imaginaire. Merci pour le compliment. Quand à Léonard, il est universel et intemporel.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Quel conteur tu fais Pierre, épatant !... j'ai encore gagné en sourires ce matin grâce à toi merci, t'embrasse toaaaaaaa :-)))<br />
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F
<br /> <br /> :-)) moââ content, c'est une belle journée.<br /> <br /> <br /> <br />
I
<br /> Délicieux ce conte sylvestre avec ce nain attachant qui nous ramène dans l'atmosphère douillette des histoires de notre enfance . L'as tu rencontré dans les Chambarands ce croquant petit<br /> personnage?<br /> <br /> <br /> (Puis-je l'imprimer pour l'afficher ds notre médiathèque où ce mois de Novembre, nous exposons des livres sur le thème du bois et donc de la fôret ? J'attends ta réponse.) Merci pour ce moment<br /> agréable!<br />
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F
<br /> <br /> Bonjour Iserine, je suis content que ce conte te plaise, loin des montagnes suite à mon accident en août j'ai sous les yeux les vallonnements des Chambarans et l'humidité de l'automne.Sans<br /> permission de conduire, le pauvre nain  erre dans son territoire et doute que les histoires de notre enfance soient si douillette? Des sorcières avec des pommes, des marraines qui jettent<br /> des mauvais sorts, enfin on s'en tire souvent bien grâce à un chevalier de passage, une longue tresse blonde pour sauter par la fenêtre... Je t'envoie par mail cette petite aquarelle (format<br /> carte postale à l'origine) la résolution sera meilleure qu'en copie sur le blog, je ne sais pas du tout ce que celà va donner en A4?. Les textes peuvent être copiés. Je souhaite à la<br /> médiathèque une belle réussite sur ce thème. Bises.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Rien de tel cher Pierre, qu'un joli conte pour alléger la perspective du retour à la mine. En attendant tu as apporté un peu de douceur, du sourire à ma pause déjeuner. Faire un petit tour dans<br /> le souvenir des contes d'enfance avec Yorik, c'est plutôt agréable. Moi le jeu de mot de la scie continue de me faire rire. Il faut dire que Léonard savait vraiment tout faire.<br /> <br /> <br /> Bon mardi<br /> <br /> <br /> CaroLINE<br />
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F
<br /> <br /> Le lundi = retour à la mine? Hors du sytème scolaire et du monde du travail, je n'avais pas saisi de suite l'allusion. dans le passé (assez récent) je travaillais souvent dimanche et jours fériés<br /> alors je ne suis pas trop dans ce rythme vendredi RTT, samedi Fiesta, dimanche famille, et lundi boulot... tous les nians de mes contes s'apellent Yorik, pas trop innovant en matière de noms, je<br /> suis content que cette histoire t'ai détendue. Bonne journée de repos peut -être?<br /> <br /> <br /> <br />
Q
<br /> Je souris... j'aime beaucoup ton conte et ce personnage délicieux.<br /> <br /> <br /> Tu dis que tu ne raconteras pas la suite, mais si tu le fais un jour, je serai heureuse de la connaître.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Jolie rétrospective des contes et récits de mon enfance...<br /> <br /> <br /> Si tu la racontes à ton petit-fils, il adorera... dans quelque temps, bien sûr.<br /> <br /> <br /> Passe une douce journée à venir.<br />
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F
<br /> <br /> Si la grenouille bavarde me laisse un peu la parole ;-), mon petit fils j'espère aimera entendre les histoires plus que les écrans, il aime déjà beaucoup les arbres et les zoizos. J'irai lui<br /> chercher des Lutins bleus et des Papillos chez toâââ . Profites encore bien de ces vacances en famille avec tes lutins.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Magnifique récit qui m'a emportée à sa suite dans le beau petit monde de Yorik. Il y a rencontré ce curieux animal qui demande "T'es quoi toââ", un "oââ"..qui se répète tel que l'entend le<br /> Français. Le Belge l'entend différemment. Pourquoi? L'accent, peut-être? Toujours est-il que les forêts ayant été rasées pour les remplacer par des autoroutes, il ne reste des grenouilles<br /> d'autrefois qu'une brasserie-restaurant, où je vais parfois pour son ambiance et pour l'énorme grenouille en cuivre (??) apendue contre le mur: le "Kwak". C'est cet appel que chantaient les<br /> grenouilles d'autrefois dans les marais d'ici: "kwak, kwak, kwak"... Ou, si tu veux, "Toâa; toââ, toââ"... A deux pas, s'élève encore un vieux moulin à eau et la petite chapelle de<br /> Marie-la-Misérable. Des reliques. Merci de m'avoir entraînée dans un autrefois si bien écrit, Pierre.<br />
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F
<br /> <br /> "Kwak kwak une foâââ!" le modèle de la mienne est en fonte sur la terrasse, elle a été fondue par mon grand-père c'était son métier. Le coin que tu décris (Marie-la-Misérable quel nom j'aimerais<br /> en connaître la légende)doit être sympathique pour une ambiance autour d'une bonne bière, Belge bien entendu une fois!<br /> <br /> <br /> <br />