Vers le soleil. Autrans, Fontaine de la Molière.
Les heures des jours ont fait une pause.
Au solstice d'hiver , le balancier de mon horloge cesse de battre comme mon cœur a manqué de le faire en regardant le monde qui court, ses haines, ses mots de trop ou ses non-dits, les silences complices et les logorrhées stériles, verbiages d'ondes très courtes sans portée profonde.
Je viens vous offrir le soleil et la lumière, les espoirs par dessus les brumes du temps qui ne sont somme toute que passagères.
A quoi bon décrire cette montée à la Fontaine de la Molière, les heures, le trajet, les foulées longues sans hésitation et les pieds qui s'échauffent pour une première sortie d'hiver.
Les familles sont réunies pour les fêtes, les cris des enfants résonnent de joie dans les glissades, autour des bonhommes de neige, un adolescent chante sa joie sur le télésiège en me demandant d'en haut pourquoi je prenais ce chemin solitaire qui monte doucement dans le bois d'épicéa.
1300 mètres, la piste forestière est large, sous la mer de nuage Autrans prépare ses réjouissances de fin d'année : guirlandes illuminées, vins chauds, soirées, musiques, ambiance culinaire, enfin tout ce qui fait Noël. C'est loin en dessous, la solitude me permet d'entendre le crissement des peaux de phoques sur la neige encore gelée à l'ombre.
Je revois le vieux fayard, le hêtre couvert de mousse comme la barbe d'un grand-père que je n'ai jamais eu. Il attend depuis si longtemps, j'ai la certitude de le revoir, il est simplement là.
Sur le plateau, je prends le « Sentier des Génisses » elles viennent certainement là l'été et jouissent comme moi de ce paysage sans trace d'homme. Elles ont vu la taille des gentianes jaunes dont les sommités de graines dépassent encore d'une coudée le manteau blanc, promesses de chutes de neige encore à venir.
Je sors un morceau de pain aux noix et de chocolat assis sur une souche qui dépasse, la gourde de thé est encore très chaude. La pointe de Charande domine la Fontaine de la Molière, comme celle de Fond-Chaude par où je suis monté, elles ne coulent pas , l'hiver à figer leur murmure comme parfois il a failli figer mon cœur.
Mais aujourd'hui j'ai les larmes aux yeux, le monde est beau et je voudrais l'offrir, il est bien à nous tous n'est-ce pas, à ceux qui regardent ? à ceux qui ne veulent pas le prendre , pas le vendre, mais y entrer avec l'hésitation d'un amant timide.
Les Clapiers (les garennes sont sans doute endormies avec les marmottes?) méritent leur nom, des hauts et des bas de courtes montées vers Plènouze avant de rejoindre le monde et ses cris, portables, bruits de sacs, interpellations entre skieurs, glissades folles qui seront autant d'exploits de retour dans un cinquième étage urbain.
J'ai pris aujourd'hui le sentier solitaire. « Monsieur, pourquoi tu prends ce sentier aujourd'hui ? » un jour peut-être, plus intrépide un jeune choisira aussi de partir de traverse vers les étendues vierges où nul n'a encore foulé la blancheur de la neige, les sommets où le regard porte vers des horizons par dessus l'agitation des hommes , là où volent l'aigle royal, le chocard à bec jaune, le gypaète ou le vautour fauve de retour chez nous.
Pour vous : l'immensité et les espoirs de la lumière qui revient, je vous souhaite du Bonheur à venir.
Pierre
Carte 25 000 IGN Autrans 3235 OT
Distance 20 km AR, dénivelé 400 à 500 mètres, 3 à 5 heures.
Piste de la Molière, retour vers le nord vers La Sure et descente par les pistes sur le Stade de Neige d'Autrans.
Possible en raquettes, ski de fond, ski de rando, ski de randonnée nordique.