Ne demandez pas à Inlandir quel est son gîte. Ni d’où il vient. Il est vrai que son nom rappelle les eaux primordiales, et celui qui n’entend pas bien pourrait penser qu’il est de parenté avec la Gardienne de l’Eau. Nul ne sait si la forêt a engendré l’onde ou si les nuées ont fait germer la Sylve. Les plus grands philosophes en sont encore à parlementer sur l’origine des choses.
Peu importe, Inlandir est celui du dedans, de l’impénétrable, ses déplacements nocturnes sont les bruits qui font peur à nos enfants quand ils s’endorment un soir de bivouac, autour du feu qui meurt.
Sa rune est Fehu,
, la fertilité, l’origine de toutes choses. La mousse sous les
souches est sa couche, la cime des plus hauts épicéa est son belvédère, les écorces rugueuses des vieux pins cembros sont ses brosses pour le dos , les fayards lui offrent le lisse de leurs
troncs en guise de page blanche, les lichens mystérieux sont ses atours de fête. Le vent est le musicien de ses chants. La châtaigne, le gland, l’airelle, l’arbouse, la nèfle et le caroube sont
les mets de se hôtes.
Les feuilles des bouleaux, hêtres, mélèzes, merisiers, peupliers, charmes, alisiers, cornouillers et
sorbiers sont sur sa palette et sa toile jamais terminée.
Il n’est pas rare au cours de mes périples en forêt de penser qu’il est là, perché sur la fourche d’un chêne centenaire à 20 mètres du sol. A moins qu’allongé dans un tapis de myrtilles, il ne fasse une sieste réparatrice.
Il sait ce qui se passe, mais habitué à tant de changements, sa confiance en l’avenir est inébranlable, il en a vu d’autres. Les clairières que les hommes ont défrichées, rases de tout bois, ont tôt fait de retrouver leur aspect originel en sept septade de sept ans. Les troncs des grands arbres allongés sur les berges des rivières en crues retiennent des terres qui deviendront champs fertiles dans les années futures. Ses droits se font valoir même sur les sentiers qui relient villes et villages, il suffit q’une génération ne fréquente plus un chemin pour que troncs, racines, feuilles mortes constituent de multiples entrelacs inaccessibles.
Inlandir est la confiance même, quand tout est gelé, sec, aride, mort ou comme tel, quand les eaux d’Islandir ont fini de serpenter dans son domaine, il sait, il a toujours su que la moindre graine, le moindre insecte se réveille au printemps avec la constance du soleil du matin.
Sa couleur est le vert, c’est sous cet étendard qu’il rejoint la Grande Assemblée. Il a tant de chose à dire, tant de souvenirs, tant de contes. Il a vu les mers se retirer, les montagnes se soulever, il a vécu le passage des chasseurs primitifs en route vers les plaines de l’ouest. Il accueille les migrations des oiseaux venus des glaces arctiques, la remontée des derniers grands mammifères à corne vers les toundras boréales. Il nourrit les peuples gitans, les ermites solitaires, les tribus colorées comme des oiseaux des tropiques humides et lointaines, il abrite les pauvres et les deshérités dans les parcs des cités hostiles.
Comme un père généreux, c’est dans son univers que se tiendra la Grande Assemblée. Manosthéralitaf a bien proposer un lieu entre Sylve et Monts, mais Islandir n’a pas voulu en entendre parlé, jamais elle en revient vers sa source.
Les tensions ont bien failli monter sur les bordures sans limites précises, mais toujours Islandir est là pour jumeler, unir et pacifier. Les mégaphorbiaies entre montagne et forêt sont devenues des zones neutres et riches, l’aulne glutineux entremêle ses racines aux rocs effrités qu’un mince filet d’eau abreuve généreusement.
Inlandir sait, il sait que ce sont dans les petites choses, les microcosmes, les biotopes les plus discrets que se cache la vie, voilà pourquoi il a répondu oui à l’appel.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander



Pas de vent, nous profitons de ces derniers chauds rayons d’octobre devant
les sommets et la Combe de Savoie avant de redescendre par l’arête sud sur le








Et patati...et patata...